TOME V
Fie. 3.
(D'après une photographie de M. Vincenzo do Priseo.)
MONUMENTS ET MÉMOIRES
On est à la fin du mois d'août 79. Depuis plusieurs jours déjà le Vésuve gronde et mugit1. La chaleur est devenue étouffante; personne ne peut plus dormir, ni respirer dans les chambres étroites de la villa. La vendange est proche : les pressoirs viennent d'être nettoyés ; rien ne les encombre. Quoi de plus naturel que d'y installer le lit de la maîtresse du logis et les objets qui lui sont le plus familiers2? L'endroit d'ailleurs est particulièrement propice: on y a de l'air; un mur épais, faisant face au Vésuve et protégé par une solide toiture, en fait le coin le plus commode et le meilleur de la maison pour attendre les événements avec une sécurité relative. Mais, le 23 août, le Vésuve redouble de fureur; il vomit des flammes; les cendres et les pierres pleuvent de tous côtés; les tremblements de terre se multiplient bruyants et terribles, ébranlant les maisons jusque dans leurs fondements; d'épaisses ténèbres enveloppent la campagne : on ne peut ni se diriger, ni trouver son chemin. L'épouvante est à son comble, augmentée encore par la lueur des incendies et par la suffocante odeur de soufre qui se répand de tous côtés. Chacun se demande s'il vaut mieux chercher la mort au dehors ou l'attendre dans la maison3. Ceux qui essayent de fuir rentrent aussitôt, aveuglés par les cendres. Que faire? La maîtresse de la villa se résigne à attendre: deux hommes, peut-être ses intendants (procuratores) , dont les sceaux ont été retrouvés dans les fouilles4, restent avec elle à l'endroit qui semble le mieux abrité et où ils peuvent espérer encore échapper au danger qui les menace . Vain espoir ! Bientôt tous les trois sont étouffés et tombent