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MONUMENTS ET MÉMOIRES
pas de victuailles sur les reliefs. Il existe une série de phiales analogues en argent, en bronze et en terre cuite1. On les désigne sous le nom de plats à œufs ; généralement le nombre des cavités ne dépasse pas douze". Dans l'argenterie de Hildeshehn, il y a une pbiale de cette espèce dont les cavités correspondent à la forme et à la dimension d'un œuf de poule 3 ; certainement cette phiale a pu être utilisée pour faire passer des œufs aux convives pendant le repas. Sur beaucoup d'autres exemplaires, et sur les nôtres en particulier, les cavités sont plus petites. La destination de ces plats n'est donc pas fixée d'une manière certaine.
La technique de ces deux phiales brisées n'est pas la même que celle des grandes phiales décrites plus haut. La décoration tout entière est repoussée sur une seule feuille d'argent, assez mince, qui devait être soutenue par une doublure plus forte ; il n'y a pas d'emblème mobile. Le style des reliefs est fort médiocre.
Les fragments d'une grande feuille d'argent, bordée de moulures, offerts par MM. Ganessa (n. 101) 4, proviennent certainement d'un placage. Cette feuille recouvrait un plateau rectangulaire en bois (repos itorium) qui servait pour apporter les mets et la vaisselle pendant le repas. Le bois s'est décomposé; il n'en est resté aucune trace. Sur le vase apulien représentant l'exposition funèbre d'Archemoros, on remarque des petites tables à quatre pieds, chargées d'argenterie, que deux des assistants portent sur leur tète 5 ; elles peuvent donner une idée de la forme et de l'emploi de ce plateau.
Le récipient en forme de demi-phiale (n. 95)°, qui ressemble à un oiseau entr'ouvrant ses ailes, n'appartient pas nécessairement au ser-
1. Minervini, Buli. arch. napolit., III (1845), p. 55; n. s., I (1852), p. M, pl. I, n. li.
2. Voir cependant un exemplaire en bronze avec 29 cavités, Mus. bôrb., V, tav. 59. :;. HoLztu, p. 99, taf. XIII, 1.
i. Voir plus haut, p. 129.
• i. Ed. Geuhard. Archemoros xaid die Hesperiden, dans Abhandl. der k. Akademie der Wissensch., hist. philol. Klassc, 1836. pl. 1. 0. Voir plus haut, p. 12i-125; pl. XXX, 2.
vice de table. C'est un objet très original sur la destination duquel il est assez difficile de se prononcer.
Au moment de terminer une tâche que je rêvais plus complète et que j'ai dû abréger, en me bornant à une description, suivie de quelques observations sur chaque pièce, sans aborder la technique des vases, sans étudier en détail les petites inscriptions que portent plusieurs d'entre eux, il me sera permis d'ajouter un mot. L'influence alexandrine a été très forte et très profonde, dès les premiers temps de l'Empire romain sur toutes les productions de l'art industriel ; elle apparaît sur nos vases d'une façon frappante, dans la forme, dans la technique, dans l'ornementation, dans le choix des sujets. Le modèle en stuc de Berlin, trouvé dans le delta du Nil l, fournit un type de vase bien déterminé qui a été rapproché avec raison du gobelet de l'Apothéose d'Homère. Les gobelets aux squelettes et le gobelet à semis de plumes d'oiseaux sont exactement du même type et personne ne contestera le caractère alexandrin des sujets qui les décorent ou de leur système ornemental. Les vases aux grues nous transportent sur les bords du Nil ; les vases aux Amours caractérisent justement l'atmosphère intellectuelle des artistes d'Alexandrie ; même nos grandes aiguières, dont les reliefs dérivent d'une source grecque plus ancienne se rattachent à l'Egypte alexandrine par un détail qui devient presque une estampille d'origine, une fleur de lotus cachée derrière le col ; ce détail indique en même temps la confusion ou plutôt le mélange qui s'était produit entre les modèles de l'art néo-attique et ceux de l'art alexandrin Incontestablement, à l'époque romaine, il y a des vases d'argent alexandrins : il y a aussi beaucoup de vases d'argent, exécutés en Italie sous l'inspiration des modèles alexandrins. Peut-on s'étonner d'en rencontrer à Pompéi où tout le mobilier artistique consiste en objets d'importation gréco-égyptienne? Peut-on s'étonner d'en trouver sur une cote ouverte aux navires venant d'Egypte, à deux pas du port de Pouzzoles