‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 24 sur 149 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

MONUMENTS ET MÉMOIRES

Vase à boire (modiolus){] forme de gobelet évasé, muni d'une anse: groupe de trois squelettes anonymes ; Sophocle ; Moschion et un joueur de lyre; Zénon et Epicure. Planche VIII, n. 1 et 2.

Quatre guirlandes de roses en fort relief, dont les feuilles gravées sur le métal sont figurées à plat et dont les bandelettes sont indiquées au pointillé, entourent le haut de ce gobelet. Au-dessous de ces guirlandes se déroulent quatre scènes, jouées par des squelettes auxquels on a donné l'apparence de la vie ; elles sont accompagnées de seize légendes explicatives en grec, tracées au pointillé. Il est nécessaire de commencer la description au point où est représentée une colonne torse.

Scène I : trois squelettes anonymes. — Une base carrée sert de support à deux crânes et à une colonnette torse surmontée d'une petite figure drapée. Au-dessus du crâne de gauche apparaît une bourse accompagnée du mot

CO<£i sagesse.

Au-dessus du crâne de droite est figuré un objet allongé, entouré de bandelettes2, avec le mot

aOZAI opinio?is.

Aux deux tiers de la colonnette est suspendu un disque. La figure drapée qui surmonte la colonnette, et sous le vêtement de laquelle on

1. Ce nom doit être appliqué aux vases à boire, qui ont la forme évasée du modius. Il en existe une série dont je parlerai plus loin. Cf. Scaevola, Digr. XXXIV, n, 36, « cum in hereditate non sint nisi trullae, scyphi, modioli, phialae. »

2. Peut être est-ce un papyrus roulé? Le pluriel AOZAI est certain, tandis que sur le second gobelet il y a AOîEA.

reconnaît sans peine un squelette, est celle d'une des Parques disposant en maîtresse de la vie humaine,

KACO0U) Clotho.

C'est la Mort elle-même, c'est la fatalité qui tend les bras en avant vers les trois grands squelettes anonymes comme pour les attirer à elle. Le squelette du milieu est le personnage principal; il est représenté de face, occupé à fixer sur sa tête, avec les deux mains, une couronne de fleurs. A ses côtés s'agitent en dansant deux squelettes beaucoup plus petits dont les jambes et les bras sont simplement esquissés à la pointe : le premier, surmonté de l'inscription

TePVlC plaisir,

joue de la lyre ; le second bat des mains. Au-dessus du second, sont tracées ces quatre lignes qui expliquent la scène :

zcon MET A jouis pendant que tu es A a B€TOTA p en vie, car le lendemain a Y PION aah est incertain !

AON 6CTI

Le premier des grands squelettes tient de la main droite une bourse bien garnie, surmontée du mot

cpOONOi envies.

Il la porte en arrière comme pour la dérober aux regards, tandis qu'il présente au personnage couronné de fleurs un papillon, image de l'âme,

yyxion petite âme,

dont il serre délicatement les deux ailes entre les doigts de la main gauche. Le mouvement de ses bras et de ses mains indique la pesanteur du premier objet et l'extrême légèreté du second. Enfin le troisième squelette examine silencieusement un crâne qu'il soulève de la

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main droite à la hauteur de son visage, tandis que, de la main gauche abaissée, il tient une couronne de fleurs ornée de bandelettes,

angoc fleur.

Cette première scène, dont la légende en quatre lignes forme le meilleur commentaire, exprime nettement l'idée de la jouissance matérielle et indique les raisons qui, selon la morale païenne, doivent pousser l'homme à se livrer au plaisir. Après la mort, l'âme fugitive s'envole et disparait, semblable à un papillon ; du corps il ne reste que des ossements insensibles dont il est inutile de s'occuper. // faut jouir de la vie, car le lendemain est incertain !

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