TOME V. Il
MONUMENTS ET MÉMOIRES1
Eu continuant de l'autre côté du vase (pl. XVI, n. 2), on trouve : dix pieds de céleri (?), liés en botte ; un cochon de lait, les quatre pattes attachées sous le ventre et hurlant de toutes ses forces ; une tortue. Au-dessus de la tortue, est représentée une élégante corbeille d'osier fin, en forme de coupe, contenant des fleurs, des légumes (fenouil, raves), des fruits (grenades, pommes de pin), et un petit vase en forme d'askos ; une guirlande de feuillage, ornée de bandelettes, tombe gracieusement des bords de la corbeille et en fait valoir les contours. Vient ensuite une gaine damasquinée, chargée de deux grands couteaux de cuisine et munie de sa bandoulière ; puis une marmite à pied sur le ventre de laquelle est gravé le nom d'homme cabeinoc; enfin une aiguière à fond plat, sans pied.
Sous l'une des anses, le chiffre VII est gravé à la pointe sur la panse du vase. La même anse porte extérieurement plusieurs encoches.
Les dimensions sont les mêmes que celles du n. 15.
Album Rothschild; Héron de Villefosse E, p. iljl ; Monceaux, p. i; Thiébault- Sisson; Winter A, fig. 4; B, lig. 3.
Les anses. Un peu massives, en rapport du reste avec la forme du vase, elles se composent d'un demi-anneau et d'un poucier. Elles adhèrent à la partie inférieure de la panse par une attache plane en forme de trèfle ; elles tiennent à l'orifice par deux bras découpés en chénisques. La surface du plateau servant de poucier se termine par deux tètes de cygnes que sépare une coquille 1 ; le reste de la surface est rempli par une fleur et par deux rinceaux servant de tiges à des rosettes posées sur les bras en chénisques, à l'endroit où devrait être l'œil de l'oiseau; cette fleur et ces deux rosettes se composent chacune de neuf globules. Le demi-anneau est orné extérieurement, à la partie proéminente de sa courbe, d'une rosette à neuf globules, réservée, dans un losange en creux. Toute cette décoration est exécutée sobre-
I. Le même motif se retrouve sur les manches des patères, n. io-16, p. 10i.
ment. Au lieu d'être horizontal aux lèvres de l'écuelle, le plateau du poucier, légèrement soulevé par le demi-anneau qui le supporte, descend en pente vers l'intérieur du vase.
Sous les pieds il y a quelques traits peu distincts.
La conservation de ces deux vases ne laisse absolument rien à désirer. Ils nous sont parvenus dans un tel état de fraîcheur qu'on est en droit de croire qu'ils sortaient des mains de l'orfèvre en l'année 79. Â l'intérieur la dorure est encore conservée, ainsi que sur les bords extérieurs de l'orifice. Les reliefs ne paraissent pas avoir été dorés.
Les objets représentés rentrent dans la catégorie de ceux que les anciens appelaient £evia, présents d'hospitalité1. L'artiste a mis tous ses soins à en rendre les moindres détails.
Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle, à deux anses : branches d'olivier. Planche XVII, n. î et 2.
Deux branches d'olivier avec leurs feuilles et leurs fruits entourent la panse de ce beau vase ; elles sont étroitement nouées par leurs extrémités inférieures. L'une est chargée de 14 olives, dont 13 en très haut relief et 1 en relief plus petit; l'autre est chargée de 15 olives en très haut relief. Chaque branche passe sous une des anses entre l'anneau et la volute, de sorte qu'elle semble être soutenue par un support : on a la sensation d'une branche naturelle maintenue autour de la panse.
Jl est impossible de représenter la nature avec une; exactitude plus scrupuleuse. Le bois, les feuilles, les fruits sont rendus avec un réalisme véritable. Les arrachements des branches, la forme des feuilles, leurs moindres détails, leurs plis ou leurs déchirures, l'affaissement des jeunes pousses à l'extrémité des branchettes quand la sève se
1. Cf. Philostrati De Tyanensi Apollonio, VI, xv; Imagines, I, xxx; II, xxvi.
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trouve arrêtée dans sa marche, rien n'a été oublié. Près des anses l'artiste a figuré plusieurs feuilles à moitié coupées ou arrachées.
Diam. avec les anses, 0m,19o ; diam. de l'orifice, 0m,12; diam. sous le pied, 0m,074. Haut., 0m,081.
Poids, 650 gr.
Album Rothschild; Claudius Jacquet, p. 364; Héron de Villefosse E, p. 462.
Inscr. — Sous le pied (fig. 16) se lisent plusieurs inscriptions :
1° En caractères pointillés et réguliers : M(arci) Atti(i) Clari.
II (vasa), p(ondo) IV, s(emissem), semunciam, scrvpula VI.
[Ces vases appartiennent a\ M. Attius Clarus. La paire pèse A livres i / 2, nne demi-once, 6 scrupules (= 1494"',008).
Le poids actuel des deux vases est de 1 320 grammes.
2° En caractères tracés légèrement, avec une pointe, par une autre main et d'une manière négligée : Holconi(i).
3° D'une autre main plus assurée ; les lettres sont tracées nettement à la pointe par-dessus les premiers caractères du nom de M. Attius Clarus, et sont tournées en sens contraire : Cal( '....) Sat( '....). 4° Suivent d'autres caractères dont l'explication m'échappe. Les inscriptions tracées à la pointe sont sans aucun doute postérieures à l'inscription au pointillé. Ces vases ont donc appartenu d'abord à M. Attius Clarus, puis à un Holconius, membre de cette famille Holconia si puissante et si nombreuse à Pompéi ; ils ont appartenu aussi à un troisième personnage Calfventins?/ Safturninus?)
1. Ces trois noms de famille se retrouvent à Pompéi, Corp. inscr. latin., IV, p. 437, et X. p. 1063.
si toutefois ces deux groupes de lettres désignent un seul individu. De toutes façons ce vase porte au moins les noms de trois propriétaires différents, mais il n'est pas possible d'établir un ordre d'ancienneté entre les deux derniers.
Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle, à deux anses : branches d'olivier. Pendant du n. 17 l.
Deux branches d'olivier entourent la panse ; elles sont chargées chacune de 15 olives; le nœud qui les réunit n'est pas très serré. L'arrangement est analogue à celui du n. 17; le travail est moins poussé. L'artiste ne s'est pas attaché aux détails réalistes: par exemple, il n'a pas reproduit des feuilles coupées ou arrachées ; toutes les feuilles sont plaquées sur la panse ; aucune ne se détache au moins par la pointe, comme sur l'autre vase. L'imitation de la nature est moins frappante et moins rigoureuse. Entre les deux pendants il y a une différence très appréciable, entièrement à l'avantage du n. 17 2.
Diam. avec les anses, 0m,195; diam. de l'orifice, 0m,118 ; diam. sous le pied, 0m,072. Haut., 0m,084.
Poids, 670 gr.
Inscr. — Sous le pied (fig. 17) on retrouve, tracés à la pointe, trois des noms relevés sous le pied du n. 17 :
1° En caractères grêles et légers : Holconi(i) ;
1. Ce vase, analogue au précédent, n'est pas reproduit sur les planches.
2. On remarquera aussi que les dimensions des deux vases ne sont pas exactement les mêmes, et que le n. 18 est un peu plus liant que le n. 17.
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2° D'une main plus assurée et aux deux extrémités d'un même diamètre : Cal — Sat
Le trait qui suit C/fiL et celui qui suit HOLCONI paraissent être des traits parasites.
Sur le cercle proéminent du pied, on observe beaucoup de petits traits. C'est la partie du vase qui portait sur le buffet et qui, par conséquent, était exposée à être rayée chaque fois que le vase se trouvait en contact avec un corps plus dur que sa propre matière.
Les anses. Elles ont la même forme que celles des n. 5 et 6 (voir p. 56). Au lieu de se maintenir sur la ligne horizontale des lèvres du vase, les pouciers s'abaissent en s'éloignant de la panse.
Comme dans la décoration principale, on remarque dans les anses de ces deux vases quelques dissemblances : les plateaux du n. 17 sont plus épais et plus longs que ceux du n. 18; il y a aussi quelques petites différences dans la forme des anneaux et dans celle des volutes.
Sur le vase n. 17, au-dessus du poucier d'une anse, est tracée à la pointe la lettre £; a l'intérieur de l'anneau de la même anse est tracée la lettre I\. Sous la volute de l'anse opposée, se trouve une croix1.
Les olives sont creuses. L'une d'elles, sur le vase ri. 18, est à moitié brisée ; sur le même vase plusieurs sont déformées. On ne peut constater aucune trace de dorure.
Vase à boire (cantharus)* !; forme ovoïde, à deux anses : feuilles de platane. Planche XVII f, n. 1.
Quatre branchettes de platane, attachées deux à deux et délicatement disposées autour de la panse, constituent toute l'ornementation.
1. Les liras des pouciers sont découpés suivant la figure 75, 3 de Schreiijer. Alex. Tor. , p. 68, mais les volutes sont plus détachées et les plateaux plus allongés.