‹ Le trésor de BoscorealeChapitre 30 sur 149 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

MONUMENTS ET MEMOIRES

milieu du corps, restent immobiles, hésitant à faire un mouvement, et surtout un mouvement du bec, de peur que ce changement d'attitude ne profite à celui des deux qui aura eu la prudence de ne pas bouger. La scène est encadrée par deux tiges, l'une de blé, l'autre de millet.

B. Le même couple d'oiseaux se retrouve de l'autre côté du vase : ils sont encore en présence, près d'une tige de pavots en boutons, mais le serpent a disparu. L'un d'eux, sans doute le mâle, paraît avoir eu la meilleure part du butin; il conserve l'attitude digne et calme qui convient au plus fort ou au plus avisé. L'autre au contraire, la femelle, semble très agitée : irritée contre son compagnon, le corps penché en avant, les ailes frémissantes, le bec entr'ouvert, elle se prépare à lui porter un mauvais coup. Une tige de blé et une tige de millet encadrent cette scène de famille.

Diam., 0R',95. Haut, totale avec les anses, 0LU, 1 1 ; haut, sans les anses, 0m,10; haut, du pied, 0"',02.

Poids, 383 gr.

Ce vase a été très endommagé. Sur la face A (pl. XI, n. /), le relief est fendu sur plusieurs points, le corps d'un des oiseaux est défoncé; dans le bas de la panse, il manque un morceau important; les pattes de la grue placée à droite ont disparu.

Album Rothschild; Héron de Villefosse B, p. 7; Wintcr A, fig. 6; B, fig. 1.

Vase à boire (vont haras) ; forme ovoïde, avec deux anses surélevées: scènes de la vie des grues. Pendant du n. 11.

Planche XII, n. 1 et 2.

A. — Le sujet est le même que sur la face A du vase précédent; il est cependant traité d'une manière tout à fait différente. Les deux

grues en présence tiennent toujours un petit serpent, mais elles ont le bec moins relevé. L'oiseau de gauche, le mâle sans doute, est calme; celui de droite est, au contraire, très inquiet : ses ailes battent, ses grandes pattes se raidissent ; son cou est rejeté en arrière. Tout en ayant le pressentiment de sa défaite, la femelle ne paraît pas disposée à abandonner à son compagnon la proie dont elle s'est emparée. Une touffe de pavots et des épis de blé complètent le tableau.

B. — La paix est faite entre les deux oiseaux; la scène, de ce côté, présente le caractère le plus paisible. Le maie allonge le cou vers un épi de blé ; la femelle détire ses ailes et, d'un mouvement plein de souplesse, rejetant sa tête en arrière, elle se gratte le dos avec le bec. La position assez compliquée des ailes est rendue avec une perfection singulière. On retrouve la tige de pavots, les tiges de blé et de millet.

Les dimensions sont les mêmes que celles du n. 11.

Poids, 326gr,5.

Ce vase est fendu sur plusieurs points de la face A; le corps du mâle est défoncé. Sur la face B le corps du maie a disparu en partie.

Album Rothschild.

Les anses. Surélevées d'un centimètre environ et tout à fait finies, elles ont l'apparence de deux grandes oreilles placées de chaque coté de la panse. Attachées au-dessus du pied, précisément sur la ligne du terrain où se meuvent les oiseaux, elles sont fixées aux lèvres de l'orifice par deux petits bras.

Il n'y a sous les pieds aucune trace d'inscription.

Le mauvais état de ces deux vases et surtout leur usure excessive rendent impossible toute constatation an sujet de la dorure. Tons deux ont été consolidés.

MONUMENTS ET MÉMOIRES

Vase à boire (cantharus) ; forme ovoïde, avec deux anses surélevées: scènes de la vie des cigognes. Planche XIV, n. 1 et 2.

Un nid de cigognes, formé de branchages, est installé, un peu au-dessus du sol, sur un vieux tronc d'arbre, noueux et desséché ; de chaque côté du tronc cependant une branche a repoussé, chargée de rameaux encore verts1 : elle défend et protège les abords du nid. Autour de l'arbre circulent deux lapins, une écrevisse, deux grosses araignées et une tortue. A droite et à gauche du nid, s'élève un arbrisseau fleuri dans les branches duquel gazouille un petit oiseau; à Parrière-plan, on aperçoit le haut de deux autres tiges terminées par une fleur en forme de cornet, ainsi que deux petits oiseaux voltigeant de l'une à l'autre. Ce mémo décor est répété sur chaque face du vase ; il se retrouve aussi sur les deux faces du vase n. 14, pendant de celui-ci. 11 n'y a de modifié, dans chacun de ces tableaux, que la position des oiseaux petits et grands. 11 est évident que ces différentes scènes ont entre elles un lien commun, qu'elles se passent au même endroit; ce sont les épisodes d'une même histoire qui pourrait être intitulée : Un repas chez les cigognes, drame de famille en quatre tableaux. Les acteurs principaux sont trois cigognes : une vieille cigogne 2, perchée sur une branche voisine du nid, et un couple de jeunes cigognes.

A. — Le nid vient d'être envahi par un crabe. Le père et la mère, qui étaient allés chercher à manger pour leurs petits en les laissant

\. Le feuillage est indiqué par de petites larmes en creux et par des points.

2. Les auteurs anciens sont d'accord pour signaler la piété des cigognes envers leurs vieux parents; voir Plutarchi De solortia animalium, IV, 8; Plinii H. N., X,32; Petronii Salijricoii, LV. — Les quatre scènes qui se déroulent autour de ces vases doivent avoir été inspirées par quelque fable relative aux mœurs de ces oiseaux.

imprudemment sous la garde du vieil oiseau, trouvent à leur retour le crabe installé à la place des cigogneaux en fuite; l'un des petits s'est réfugié sur la branche où la vieille cigogne reste tranquillement perchée, sans se préoccuper du danger que courent les enfants. A cette vue, le père qui vient de s'abattre sur une branche voisine, attaque le crabe et, d'un vigoureux coup de bec, le transperçant au défaut de la carapace, il s'apprête à le jeter hors du nid. La mère, tenant dans son bec un petit serpent, arrive au nid et, les pattes posées sur le bord, elle semble défier tous ceux qui seraient tentés d'en approcher. La vieille cigogne, indifférente à ce remue-ménage, ne songe qu'à saisir le serpent apporté par la jeune mère; mais celle-ci n'abandonne pas sa proie et ne lui permet point de s'en emparer.

B. — Le calme semble être revenu : les trois cigogneaux, rentrés au nid, ouvrent leurs petits becs et tendent le cou en l'air pour attraper un morceau du serpent que la mère vient de leur présenter. La vieille cigogne, qui n'a pas renoncé à son idée, veut avoir sa paî t du festin et, abandonnant sa position tranquille de la première scène, elle se retourne du côté du nid où Ton dîne, les ailes battantes, le cou tendu, le bec entr'ouvert, l'œil plein de convoitises. L'un des cigogneaux en paraît très effrayé. Pendant ce temps le mâle, qui était allé chercher d'autres provisions, revient à tire-d'aile avec une sauterelle dans le bec. Les petits oiseaux, perchés dans le feuillage voisin, le regardent passer avec envie.

Diam. 0m,106. Haut, totale avec les anses, 0m,132; haut, sans les anses, 0m,115. Long, des anses, 0m,092. Haut, du pied, 0m,025.

Poids, 455 gr.

Traces de dorure sur la face B : dans l'intérieur du nid, sur les arbrisseaux de l'arrière-plan, entre les ailes de la vieille cigogne.

Album Rothschild; Mi'ion <lr Villcfosse G, fig. 3.

78 MONUMENTS ET MÉMOIRES

Vase à boire (cantharus); forme ovoïde, avec deux anses surélevées : scènes de la vie des cigognes. Pendant du n. 13.

Planche XIII, n. i et 2.

Le nid autour duquel se passent les scènes dont ce vase est orné est, comme il a été dit plus haut, le même que celui où se passent les deux scènes précédemment décrites (n. 13); on y retrouve les mêmes accessoires et les mêmes acteurs : c'est la suite des épisodes précédents.

A. La vieille cigogne a laissé la jeune mère et les cigogneaux occupés à dévorer le petit serpent ; se dressant à l'improviste au-dessus du nid, le cou tendu, elle se jette maintenant à la rencontre du père pour s'emparer de la sauterelle qu'il apporte à ses enfants. Le maie, sans lâcher sa proie, retourne vivement le cou en arrière afin d'échapper à la tentative de l'assaillant. L'opposition entre l'attitude paisible de la mère, accroupie sur le bord du nid, occupée de ses petits, pleine de confiance dans la vaillance de son mâle, et les mouvements violents des deux autres cigognes se disputant au-dessus de sa tête, est exprimée avec un accent de vérité très frappant.

B. - Enfin la victoire reste au père de famille. Pendant que la mère, se soulevant à demi, tourne la tête en arrière et reçoit de lui l'insecte, cause de la dispute, la vieille cigogne, repoussée et vaincue, se retire en jetant sur l'heureuse famille un regard haineux. Deux des cigogneaux se penchent sur le bord du nid pour la poursuivre des yeux et du bec, tandis que le troisième contemple avec envie l'insecte apporté par le père.

Les dimensions sont les mêmes que celles du n. 13. Poids, 457 gr.

Album Rothschild; II ('ion tic Villefosse B, ]». 13; Monceaux, lig. 3; Winter A, fig.7;B, f.g. 2.

Les anses. Elles sont marquées d'encoches à l'intérieur et ont la même forme que celles des vases n. 11 et 12; leur exécution est infiniment plus soignée. Fixées à la panse, plus haut que les précédentes, par une partie aplatie, découpée en palmette et surmontée, après une légère dépression, d'une feuille lancéolée, tournée en sens contraire, elles tiennent à l'orifice par deux têtes de cygnes sortant au-dessous de deux volutes. A la partie supérieure est gravé un ornement en forme de fleur, d'où s'élance une fleurette qui sépare les deux volutes.

Le pied est orné, sur la partie circulaire de sa hase, d'une frise de 16 petites palmettes d'un relief discret, courant entre deux grènetis'.

Un élégant cercle de perles entoure le vase, au-dessous des lèvres, formant comme le cadre supérieur des scènes représentées.

La ciselure est soignée. A part un peu d'usure sur les parties saillantes, notamment sur les corps des cigognes, et quelques croûtes d'oxyde, ces vases sont dans un bel état de conservation 2.

Restes de dorure sur les deux faces : dans l'intérieur des nids, sur les arbrisseaux de l'arrière-plan, autour du corps des cigognes.

Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle, à deux anses : aliments et ustensiles. Planche XV, n. 1 et '2.

En commençant l'examen du vase près de l'anse à gauche on rencontre successivement un certain nombre d'ustensiles et de victuailles.

1. Ces deux vases, dans leur forme générale, dans la décoration des anses et des pieds, offrent la plus grande analogie avec les célèbres vases d'argent du musée de Naples, découverts à Pompéi à la fin de mars 1835, Museo BorOonico, vol, XIII, pl. XLIX; toutefois les ornements ne sont pas exactement semblables.

2. Il a fallu ressouder un petit éclat au-dessous du crabe sur le vase n. i3, lace A, et consolider l'enveloppe extérieure fendue du même cùté. C'est la seule réparation que cette paire de vases ait subie.

MONUMENTS ET MÉMOIRES

Un panier de jonc rempli de grosses crevettes est suspendu à un clou; les petites bêtes, en se portant toutes du même côté, ont dérangé l'équilibre du panier qui est déjà presque retourné, le fond en l'air ; elles se disposent à s'échapper: deux sont tombées à terre sur le dos et font les plus grands efforts pour reprendre pied et s'enfuir; la chute des autres est imminente. Une oie bien grasse tend le cou et bat des ailes d'un air effrayé, à la vue d'un lièvre mort qui est suspendu, la tête en bas, accroché par les pattes de derrière à un bâton de berger, noueux et recourbé; ce bâton a précisément la forme de celui qui porte en grec le nom de AayojpoAov (bâton pour chasser le lièvre). Ici on lit, au-dessus du bâton, le nom d'homme cabéinoc gravé en petits caractères. Une hotte en osier avec sa bretelle est renversée à terre; de belles grappes de raisin s'en échappent. Au-dessus de la hotte, sur une petite saillie en bosse figurant le terrain1, sont posées deux grives mortes; on les a placées près du raisin avec intention.

En continuant l'examen de l'autre côté du vase (pl. XV, n. 2), on remarque une branche de laurier qui semble prise sous l'anse à gauche ; une caisse à fleurs, de forme ronde, cerclée, montée sur trois pieds et munie d'anneaux; trois grosses raves à feuilles frisées; un sanglier vivant, assis sur son train de derrière et contemplant une amphore couchée devant lui. Au-dessus du groin de l'animal est placé intentionnellement, sur une petite saillie en bosse, un énorme couteau recourbé, muni d'un manche rond, qui doit servir à le dépecer. Ce qui suit mérite une attention particulière ; ce sont des pièces d'argenterie. Sur un support rond, pareil à ceux qui sont décrits plus loin sous les n. 31-32 (pl. XXII, n. 1 et 2), est posée une patère cannelée, munie d'un manche terminé en tète de cygne; au milieu de la patère se dresse une élégante aiguière, ornée de cannelures sur

1. Sur ces bandes de terrain, voir plus haut p. 40, note 1. Au bas de Ja panse une saillie circulaire un peu mouvementée figure le terrain sur lequel les objets sont disposés. Les champignons, les grives, la corbeille de fruits, le couteau, placés au-dessus de ce plan général, reposent chacun sur de petites bosses de terrain qui constituent des supports particuliers: en même temps ils représentent un artifice de perspective.

si

le haut de la pause, à goulot bilobé et à anse surélevée, se rapprochant par sa forme des vases décrits sous les n. 3 et 4. Enfin, sur une table ronde, soutenue par trois pieds en forme de griffes de lion, ou distingue une aiguière, un brûle-parfums et une pyxide à couvercle : ce dernier objet repose sur un petit support pareil à ceux qui sont décrits plus loin sous les n. 33-36 (pl. XXII, n. S). Le brûle-parfums est placé sur un support analogue mais plus grand, autour duquel apparaissent quelques morceaux de braise : la partie ovoïde et le pied du brûleparfums sont cannelés; les anses mobiles sont pendantes; le couvercle a l'apparence d'une tour crénelée1.

Sous une anse, le chiffre /// est gravé sur la panse du vase.

Diam. avec les anses, 0"',148; diam. sans les anses, 0m,107; diam. sous le pied, 0m,061. Haut., 0m,06.

Poids, 526 gr.

Album Rothschild; Héron de Villefosse R, p. 16; Thiébauït-Sisson ; Winter A, fig. 5; B, fig. i.

Vase à boire (scyphus); forme d'écuelle, à deux anses : aliments et ustensiles. Pendant du n. 15. Planche XVI, n. i et 2.

En commençant encore l'examen près de l'anse à gauche on rencontre successivement : une manne d'osier, très profonde, de forme ronde, renversée à terre et dont le couvercle semble être pris audessous de l'anse; un lièvre vivant; des champignons ; une branche de grenadier chargée de trois fruits mûrs ; deux grives mortes ; un panier à provisions en osier, muni d'une anse et renversé à terre : les fruits qu'il contient (grenades, etc.) s'échappent.

1. Cf. Th. Schreiblb, Alex. Tor., p. 174-, fig. 131. Ce brûlerparfums a une certaine analogie avec celui du trésor d'argenterie de Tarente publié par (i. Pathuni dans les Nntizic degli scavi, 1896, p. 379, fig. i et dont une des anses est donnée sous la fig. 7. Le fragment reproduit par Patroni sous la fig. 8 appartient au couvercle qui avaii l'apparence d'une grosse pomme de pin; ce n'est pas le débris d'un autre vase, comme il l'a cru.

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