TOME V
MONUMENTS ET MÉMOIRES
à contenir du vin ; on y enfermait aussi d'autres provisions. Quelquesunes posées à terre et placées en dehors des files ont contenu de l'huile; deux sont encore presque remplies de grains, l'une de blé, l'autre de millet. Plusieurs sont usées et ont été restaurées avec des attaches en plomb ; d'autres sont neuves ; les plus anciennes sont timbrées d'un nom de fabricant; les neuves portent seulement un chiffre; toutes ont la même à forme et peu près la même capacité1; elles sont fermées avec un grand couvercle en terre cuite. Dans l'angle sud se trouve un grand vase en plomb (/) reposant sur un cadre en maçonnerie et soutenu par une plaque de bronze au-dessous de laquelle on pouvait allumer du feu. Un peu plus loin, près de la porte du grenier à fourrage (U), une citerne (m) interrompt la ligne des jarres.
De l'autre côté du passage (0) existent cinq chambres (P. P. P. P. P.) qui servaient à loger le personnel de l'exploitation agricole. Chacune contient un ou deux lits avec l'attirail nécessaire aux occupants; de petites niches sont pratiquées dans la muraille pour poser une lampe. Deux chambres ont leur entrée sur le passage. La première, la mieux installée et la plus voisine du pressoir à vin, est percée d'une fenêtre qui donne juste en face la porte du cellier et permet de voir en un clin d'œil ce qui s'y passe. C'est donc un poste de surveillance, aussi bien pour le pressoir que pour le cellier ; il devait être occupé par un homme de confiance. Entre ces deux chambres s'ouvre une large pièce, sorte d'antichambre, dans laquelle existe à gauche un puits en maçonnerie. A côté du puits on pénètre dans une troisième chambre où est placée l'entrée d'un des conduits souterrains qui mettaient en communication les bois de la presse. En face existe une quatrième chambre2 symétrique. Entre ces deux dernières chambres, au fond de la grande
1. Elles contiennent approximativement 11 à 12 hectolitres. On peut calculer que dans une bonne année le domaine devait fournir environ 800 hectolitres de vin, car 72 de ces jarres étaient destinées à contenir du vin.
2. A une époque qu'il est difficile de préciser, cette chambre a été fouillée à l'aide d'un puits, et dépouillée de son modeste mobilier.
antichambre, se trouve un espace aménagé également pour servir de logement 1 .
Le passage (0), situé entre ces chambres et le cellier, était couvert, bien chaud et à l'abri des courants d'air. Ce motif le fît choisir pour y installer les provisions d'huile. Cinq grandes jarres à huile sont disposées le long du mur du cellier.
Au fond, une porte met ce passage en communication directe avec un petit pressoir à huile (Q). La presse occupe l'angle à droite de la muraille du fond; ses bois étaient identiquement disposés comme ceux des presses à vin et fixés aussi dans des cavités maçonnées (o.o.o.); aux points p. p. étaient les entrées des conduits souterrains. L'huile tombait directement du pressoir dans une vasque (R), divisée en deux compartiments à l'aide d'une cloison percée : c'est là que se faisait le décantage. Au-dessous de cette vasque est encastrée dans le sol une grande amphore (q) où on versait l'huile décantée. Une nouvelle épuration se produisait et finalement l'huile était envoyée dans un bassin rectangulaire (S) en maçonnerie, bien cimenté, véritable réservoir où elle se clarifiait définitivement avant d'être portée dans les jarres. La pièce voisine (T) contient le moulin à broyer les olives avec ses accessoires et tous les ustensiles nécessaires à la manipulation de l'huile.
Le cellier à vin communique avec une grande pièce de forme allongée (U) servant probablement de grange pour les récoltes et voisine d'une terrasse (V) aménagée pour le battage des grains. Un peu au-dessus du sol extérieur, un double bassin maçonné (r) recevait, à l'aide d'une conduite en terre, l'eau de pluie tombée sur la terrasse.
Telle était la disposition de la villa. Les fouilles de M. V. de Prisco n'ont pas seulement fait connaître le plan de l'habitation, elles
1. Au-dessus de ces chambres et au-dessus du grenier à fourrages (U) existaient d'autres chambres (cf. Mau, Ausgrabungen, p. 138, et Pasqui, lig. 74). C'est là qu'on a trouvé la patère en bronze ornée d'une curieuse représentation de Scylla (Pasqui, fig. 75), aujourd'hui au musée de New- York, ainsi que le sceau en bronze de L. Caecilius Aphrodisius. L'escalier en bois qui conduisait à cet étage se trouvait dans le passage (0), pivs de l'entrée du cellier à vin.
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ont permis de reconstituer pour ainsi dire les derniers moments de l'existence de ses habitants. Tout le mobilier a revu la lumière; il a été retrouvé presque intact; chaque objet était à sa place. Par une circonstance heureuse, et contrairement à ce qui s'est passé pour la plupart des maisons de Pompéi, personne n'était venu, après la catastrophe, dépouiller la villa de Boscoreale 1 : pendant plus de dix-huit siècles elle avait gardé son secret. M. Pasqui est entré au sujet du mobilier dans des détails intéressants auxquels on pourra recourir avec profit. Il suffira d'en rappeler quelques-uns.
Il faut, pour cela, pénétrer de nouveau dans les bâtiments qui viennent d'être décrits : il est maintenant facile de s'y diriger. Une solide porte en bois à deux battants, peinte en rouge, s'ouvre intérieurement pour donner passage au visiteur. En dehors, à hauteur d'homme, une petite sonnette en bronze encore en place permet au passant de s'annoncer et de se faire ouvrir.
Le passage réservé aux charrettes, entre le réservoir à eau et le grand cellier aux provisions, est encombré par un matériel considérable, réuni peut-être pour une nouvelle construction ou pour des réparations projetées. Ce sont de nombreux reliefs en terre cuite de différentes dimensions, ornés de palmettes, de rinceaux, de masques de théâtre ou de têtes d'animaux2, des tuiles timbrées de lettres osques,etc. Au milieu de ces matériaux on remarque deux superbes cuves oblongues en bronze, de grandes dimensions et recouvertes d'une très belle patine : l'une d'elles est ornée de quatre têtes de lion entourées d'anneaux mobiles1 (fig. 2). Cette partie de la villa ne paraît pas être
1. Une seule fouille, signalée plus haut, a eu lieu dans une des chambres de l'exploitation, c'est-à-dire dans une partie de la villa où il n'y avait rien de précieux.