Properce, II, '-il
•5. Sur un vase de Mégure, les victimes amenées devant Athena en présence de la \ i< toire sont un taureau et un bélier, 0. Juin. De antiquissimis Minervae simulacris atticis, pl. III, 2; pour le bélier, cf. Raoul-Rochette, Monuments médit*, pl. XXXV; Minkhvi.m, Bull. arcL napol., VI, 1848, p. !I7.
couteau est encore plongé dans la plaie1. La dernière victime est immolée ; elle se débat dans les convulsions de l'agonie ; déjà le couteau est retiré du cou du taureau; la Victoire satisfaite contemple son œuvre. Les nombreuses répétitions de ce dernier motif font supposer quelque original célèbre de la meilleure époque de Part2.
Ces groupes de Victoires séparés et dominés par le Palladium se prêtaient admirablement, comme je l'ai déjà dit, à la décoration d'un vase d'argent de cette forme ; le sujet permettait d'utiliser le vase dans les temples des dieux aussi bien que sur les tables des particuliers. Est-il besoin d'ajouter que les Victoires séparées par un autel, par un candélabre, par un trophée, font partie du répertoire ornemental courant de l'orfèvrerie romaine et que, au premier siècle de notre ère, les ciseleurs de cuirasses ont reproduit avec prédilection un motif qui avait le mérite de convenir à merveille à l'armure d'un héros et d'en rehausser l'éclat3.
Des enfants ailés terminés en fleuron et donnant à boire à des griffons ornent le col des deux vases. Ce motif de convention est aussi un de ceux qui furent très en vogue à l'époque hellénistique et qui obtinrent le plus grand succès auprès des décorateurs romains. Sur les frises en marbre4, sur les reliefs en stuc5 aussi bien que sur les objets en métal0, il a été fréquemment employé. Des fragments de frise, conservés
1. J'ai dit plus haut, p. 50, que cette victime doit être une génisse. On ne peut reconnaître le sexe de l'animal qu'à son aspect extérieur; il est beaucoup moins vigoureux que le taureau auquel il fait pendant. De nombreuses mentions insérées dans les actes des Arvales, Corp. inscr. latin., VI, n. 2030 à 20i2 et sv., témoignent qu'à Rome on immolait des vaches à Minerve.
2. On le retrouve au revers d'une monnaie d'Auguste, Cohen, Mann, imp., 2e éd., I, p. 03, 8; plusieurs musées en possèdent des répliques en marbre ou en terre cuite.
3. Warwick Wroth, Impérial cuirasse-ornementation dans Journal of hellenic sludies, VII, 120 à li2; voir la liste du type IV.
i. Cavackppi, Raccolta, III, 30; Clarac, Musée de sculpture, pl. 195, 53 ; Vulpi, Latium, V, tav. XVI, p. 324, Mus. borb., II, tav. 53.
•"». A Pompéi, Notizie dcrjli scavi, 1893, p. 13..
<>. Notamment sur un des plus beaux casques en bronze du Musée de Naples, Mus. borb., III, tav. 00; sur deux trépieds en bronze, ibid., XV, tav. 0; cf. Niccolim, Caserma dei (jladiatori, tav. 2, 3, 7.
au Musée du Latran, en offrent des spécimens très connus qui proviennent, semble-t-il, du forum de Trajan1.
Un détail particulier et significatif complète l'ornementation du col. Sur le côté plat qui regarde l'anse, s'épanouit une belle fleur de lotus, reliée par une double tige au fleuron d'où sort le corps de l'enfant (fig. 48). Ce n'est pas sans raison que la fleur de lotus a été placée sur cette partie du vase. Évidemment il y a là un souvenir de l'usage tout à fait égyptien qui consistait à entourer de fleurs les cols des cruches, remplies d'eau et de vin, destinées au roi et au personnel de la cour. C'était un détail d'étiquette absolument nécessaire et, quand le roi et sa suite traversaient une ville, le premier soin des fourriers royaux était de se procurer des fleurs en quantité suffisante, afin de se conformer à cette règle2. Tous les gens de bonne compagnie avaient adopté cette mode ; les offrandes aux dieux étaient aussi accompagnées de fleurs. De là vint l'usage de peindre ou de graver la fleur de lotus sur tous les récipients (fig. 49) C'est donc un détail spécialement alexandrin et particulièrement intéressant à relever.
Les feuilles d'acanthe, très dégradées aujourd'hui, qui formaient aussi une fraîche enveloppe autour du fond de ces deux aiguières, dérivent de la décoration des anciens vases égyptiens dont la base était ornée de longues feuilles pointues ou de fleurs de lotus plus ou moins épanouies 4. Les peintres des vases rhodiens empruntèrent ce motif à l'Egypte 5. C'est d'ailleurs en Egypte que les Grecs ont trouvé les principes de toute la décoration végétale"; ils ont élargi le choix des feuil-
1. Benndorf-SchOne, Die antiken Bildwerke des lateranischen Muséums, p. 38, n. ;>9, 08.