Lettre du 10 février
VASES a verser: aiguières ornées de victoires sacrifiant a minerve;
POTS A CRÈME. VASES A BOIRE l ÉCUELLES AUX AMOURS ; ÉCUELLES AUX
présents d'hospitalité avec la signature du ciseleur; ÉCUELLES AUX
BRANCHES D'OLIVIER; CANTHARES AUX FEUILLES DE PLATANE; CANTHARES AUX RINCEAUX AVEC POURSUITES D'ANIMAUX; CANTHARES AUX GRUES ; CANTHARES
aux cigognes; gobelets aux squelettes; GOBELET ORNÉ de plumes;
cuillères a puiser; patères. vaisselle a manger ; salières; petites
coupes; supports; coquetiers; plat; ustensiles divers; phiales a oeufs.
Le service d'argenterie de table proprement dit de la villa de Boscoreale comprend des vases à verser, des vases à boire et de la vaisselle à manger. Les premiers sont au nombre de quatre et se présentent par paires.
Par sa forme tout à fait grecque, la première paire (n. 3 et 4)1 rappelle les magnifiques aiguières du temple du Villeret, autour desquelles se déroulent des scènes de la guerre de Troie '2. C'est l'œnochoé employée dans les sacrifices et pour les libations, c'est le vase ordinairement sculpté sur les flancs des autels consacrés aux dieux. Le goulot, en forme de trèfle, est en usage depuis le vip siècle; la panse du vase s'est modifiée suivant les époques; elle a ici un caractère particulièrement svelte et allongé. Dans les bas-reliefs delphiques, la Victoire ailée qui donne à boire à Apollon se sert de cette même aiguière :i ; c'est la forme la plus parfaite et la plus élégante du vase à verser.
Le sujet s'y adapte à merveille. Au centre, sur le côté de la panse
1. Voir plus haut, p. i" à .'i2 ; pl. III et IV; fig. III <;l II.
2. E. Rybelon, Le cabinet des antiques à la Bibliothèque nationale, pl. XVII cl XLI.
3. SnuREiBER, Die hellenistischen Reliefbîlder, XXXIV-XXXVI; Minervixi, Hall. arch. napol. , 1 855, tav. I , I .
opposé à l'anse, se dresse le Palladium ; à droite et à gauche, une Victoire amène une victime devant la déesse. L'espace à couvrir était très large à la base, mais il devenait de plus en plus étroit en se rapprochant du goulot; il fallait donc trouver une scène appropriée à la disposition de la surface. Celle-ci remplit toutes les conditions requises : le nombre, les dimensions et la position des figures permettent de résoudre les difficultés; les ailes des Victoires, en couvrant la partie de la panse restée nue, près du goulot, contribuent d'une manière heureuse à parfaire l'ornementation du vase.
Les Victoires sacrifiant des animaux appartiennent à un type très classique et rentrent dans la série des reliefs néo-attiques. Elles reproduisent, avec des développements nouveaux et sous une forme rajeunie, un ancien motif fort en honneur à la basse époque grecque4, dont les reliefs de terre cuite offrent des exemples nombreux 2 . On a proposé de voir dans ce motif si répandu une interprétation d'un groupe exécuté par Ménechme sur un ouvrage de Myron : « Menaechmi vitulus genu [Victoria1] premitur replicata cervice :î. » Que la Victoire agenouillée sur le taureau soit une invention de Myron ou qu'elle doive être rayée de la liste de ses œuvres 4, elle n'en fut pas moins adoptée comme un modèle d'ornementation courante5. Sur nos deux vases, la présence de Minerve amène un rapprochement avec les reliefs de la balustrade du temple de Minerve Victorieuse, à Athènes, où la déesse était représentée assistant à une scène de triomphe et de sacrifice. Un essaim de Victoires s'empressait autour d'elle et personnifiait sa puissance : les unes dressaient des trophées, les autres amenaient des victimes des-
1. On no peut songer à énumérer les sculptures offrant des répétitions de ce motif.
2. R. Kekulé, Die Balustrade der Athenà Nikf, p. 30 ; Campana, Opère antichr in plas/ica, LXXXV, LXXXV1.
3. Pline, //. N., XXXIV, 19. 30; cf. 0. Jahn, Dr/tkmae/rr und Forschungen, année VIII,
i. Elle n'est connue comme œuvre de Myron que par un témoignage fort suspect, Collignoin, Hist. delà sculpt. grecque, I, p. 403.
3. Sur le motit de la Niké pouGu-rousa, voir Cecil Smith, Nike sacrificing a bull, dans Journal of hellenic étudies, VII, p. 27."> ;i 285; pl. D (applique de miroir en bronze); pl. E. (pierres gravées).
ti liées au sacrifice ou apportaient des ustensiles sacrés1. Ici le sacrifice a lieu également en présence de la déesse qui apparaît, debout sur son autel, la lance en avant, dans l'attitude du combat ou, si l'on aime mieux, dans l'attitude même de la victoire.
Les autels, sur les deux vases, ne sont pas absolument semblables ; il est certain, cependant, que la scène se passe devant la même statue. Les petites différences que l'on observe sont insignifiantes et tiennent à l'habitude des artistes qui exécutaient des pendants analogues, mais jamais servilement copiés l'un sur l'autre. Quatre Victoires entourent le Palladium, offrant à la déesse des victimes de choix. La disposition des groupes rappelle celle des quatre taureaux de bronze, attribués à Myron, qui ornaient les angles d'un autel sous le portique du temple d'Apollon Palatin :
Atque aram circum steterunt armenta Myronis, (Juattuor artifices, vivida signa, boves2.
Afin d'éviter la monotonie dans une composition dont les éléments étaient symétriquement disposés, les quatre victimes sont différentes et les mouvements des Victoires correspondent à des phases différentes du sacrifice. Celle qui amène le bélier :; parait attendre son tour; elle flatte l'animal et lui présente une branche de feuillage pour obtenir de lui un peu de tranquillité. Celle qui lui fait vis-à-vis a déjà renversé en arrière la tète du cerf ou de la biche; elle lève le bras, prête à lui percer le cou avec l'instrument du sacrifice. Sur l'autre vase, l'acte du sacrifice est plus avancé : la victime vient d'être frappée, le
1. R. Kekule, Die Reliefs an der Balustrade der Athena Nike, Stuttgard, 1881. Kekulé ;i fait l'histoire du type de la Vietoire agenouillée sur le taureau, dont il produit plusieurs répliques d'époques différentes.