XXXII PREFACE
du manuscrit loi 2 * ; nous y trouvons à la page 3 17 : c Les schismes et les guerres ont osté pendant douze ans la cognoissance des choses remarquables qui se sont passées à Chartres. Cependant Jehan de Berry donne en aoust 1406 deux anges de vermeil doré qui soustiennent un morceau du fust de la vraye croix, enchâssé dans un ovale de crystal. Ces anges sont soustenus par de petits ours qui leur servent de base; il donne aussi une chappe en broderie à petit point représentant le couronnement de la Sainte Vierge avec grand nombre de personnes. Il donne encore une chappe en broderie sur laquelle étaient dépeints des ours et des vignes, en considération, comme on Ta cru, d'une dame appelée Ursine. Il avait déjà donné en 1384 une image de la Vierge émaillée, « Dame bleue », enrichie de pierreries et de perles^ laquelle est assise dans une chaise, tenant son fils auprès d'elle. » C'est aux pieds de cette statue qu étaient les cheveux de la Vierge *.
Un instant nous nous étions demandé si le triptyque dont nous donnons ici le dessin et qu on admire maintenant au musée de la ville de Chartres, n'était pas le dossier d'autel dont parle Souchet *. Nous y retrouvions précisément sainte Catherine et saint Jean, patrons de la famille de Jehan de Berry, si nous en croyons la tapisserie minutieusement
* Bibl. de Chartres.
' Souchet, Histoire du diocèse et de la ville de Chartres, t. III, p. 288.
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décrite par le chanoine Estienne '; le catalogue de l'Exposition rétrospective de 1867^ sous le n**23o5, lui donnait comme origine le quatorzième siècle, et Tinventaire de 1 545 * nous confirmait dans la certitude qu'il venait bien du trésor de la cathédrale, où,* dès cette époque, il était considéré comme pièce précieuse.
Mais à l'étudier de bien près, nous devons nous incliner devant l'opinion de M. A. de Montaiglon, le savant secrétaire de l'École des chartes. L'architecture se rapproche incontestablement de la fin du quinzième siècle; le caractère archaïque des figures ne peut être un indice bien prononcé d'une époque plus reculée, car il se retrouve fréquemment dans des pièces de tapisseries et des miniatures même bien postérieures. Dans une lettre que ce maître a bien voulu nous adressera ce sujet, il compare les figures des deux saints Jean aux statues du roi Jehan et du duc de Berry, sans pouvoir y trouver de ressemblance, et bien qu'il nous faille certainement voir dans les personnages de chaque panneau de côté le portrait des donateurs, nous attendrons de nouveaux renseignements pour nous prononcer.
Le don n'est pas fait au chapitre : nous mentionnerons cependant ici les livres d'heures adressés par Jehan de Berry à Martin Gouge, évéquede Chartres \ Us prouvent l'intérêt particulier que le duc portait à
' Pièces justificatives, p. 1 14, n" 40.
• Delisle, Gcuçette des Beaux- Arts, t. XXIX, p. loi et 108. Les Livres d'heures du duc de Berry,
xxxnr PRÉFACE.
tout ce qui touchait à la cathédrale : à peu près à la même époque (1404)^ nous rencontrons la donation du comte de Vendôme ^ inscrite sur un tableau d'or'.
Puis c'est Jehan Taranne, le célèbre changeur^ le fournisseur attitré du duc de Berry, qui, sans nul doute pour complaire à son royal client, fait en 141 6, année de la mort du prince, un piédestal à la statue de Notre-Dame Bleue, que le duc avait offerte en 1384 *.
Les Anglais, maîtres de Chartres, n'ont garde d^oublier la Vierge. Nous trouvons leurs dons signalés dans les inventaires; un autel portatif est parvenu jusqu'à nous, et nous Tavons reproduit *.
A partir de ce moment, le Trésor de Chartres est assez connu et assez riche pour attirer la convoitise des gens de guerre ; les vainqueurs veulent y puiser, et le chapitre ne doit chercher qu'à dissimuler ses richesses. La contre-table d'or du maître-autel était une merveille; l'inventaire de i562 nous en donne une description *. Le concile de 1450 ^ en avait ordonné la vente, et elle avait été remplacée par des broderies. Mais l'ordre avait-il été réellement exécuté, et n'avait-on pas voulu seulement la cacher pendant quelques années encore?
* Pièces justificatives, p. ii6.
* Bibl. de Chartres, ms. loii (Cowc), p. 126.
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Le manuscrit 1014 ' semble bien net à cet égard; nous y lisons à la page 481 : « Anno Domini 1450, 1 8 avril. Le contre-table caché pendant dix ans fut retiré et^ à cause du mauvais état du bois, réparé par Gérard d'IUiers, orfèvre, et replacé à lautel la veille de l'Ascension. » Ici les dates sont très-précises, mais c'est simplement un acte capitulaire, et le Concile put parfaitement en ordonner autrement. Cependant le manuscrit 1014 nous apprend encore que ce le contre-table d'argent doré, garni de perles et de pierreries, représentant les mystères de la Rédemption, sauvé des pillages et des guerres, fut pris en i523 avec l'argent de la châsse de saint Piat ». Puis nous la verrons encore une fois dans l'inventaire de i562-, elle n'avait donc pas été vendue*.
Pourtant vers cette époque la disposition du maîtreautel subit une modification. Nous avons le marché d'Alexandre de Vannes, du 28 février 1457*, qui nous apprend le changement fait sur le grand autel. Le manuscrit ion {chœur) y page 126, nous donne le détail du nouvel agencement ; « Quatre colonnes de bronze à l'antique, portant chacune un ange qui tient un chandelier de ïnesme métal, font le carré de sanctuaire, par le moyen de quatre traverses, couvertes de lames de cuivre, garnies de fleurs de lys.
' Bibl. de Chartres.
' V. p. 96. Elle fût vendue le 5 janvier i563 à Pierre Hotman orfèvre sur le pont au Change, à Paris, moyennant i i,i36 livres 12 sols 6 deniers (Archives d'Eure-et-Loir). Pièces justificatives, p. 1 16.
' Pièces justificatives, p. 109.