XL PRÉFACE
livres de rente *, aucun prince, nous pouvons le dire, ne se montra dans la suite aussi généreux que ce monarque. Presque chaque année c'est un nouveau présent fait par lui et par la Reine *. Dès 1579, en février, le Roi et la Reine viennent à Chartres; ils y laissent des ornements de drap d^argent, à fleurons de velours rouge, aux armes de France, avec des orfraies sur lesquelles a il y a plusieurs représentations de la vie et actions de Notre-Seigneur et Notre-Dame, et autres mystères faits en broderies * »; au mois de septembre ils reviennent et présentent deux nouvelles chapes, pareilles à celles qu'ils avaient données au voyage précédent.
Le 7 mars, le 7 mai, le 9 juin, le 22 septembre 1 58 1 , le Roi et la Reine sont en dévotion à la Vierge pour obtenir un enfant *, et la veille de la Chandeleur 1 582, ils reviennent rendre grâces à Dieu de les avoir exaucés. C'est alors que Leurs Majestés offrent des présents admirables. Elles font porter à TotFrande par les ducs d'Aumale et de Mercœur un calice
' Adressée le i8 juillet lôyS, et lue au Parlement le 7 septembre de la même année. ''Souchet.)
^ Souchet, Histoire du diocèse et de la ville de Chartres, t, IV, p. i o5 et suiv.
' Bibl. de Chartres, Ms. 1012, p. 447.
* À cette occasion, un modèle de prières fut adressé, le 22 septembre 1 38 1 , à toutes les églises du diocèse de Chartres. Souchet, Histoire du diocèse et de la ville de Chartres, t. IV, p. 1 1 1 . En- donnant la date du 1 1 avril i583, comme celle à laquelle le Roi et la Reine viennent demander « à la Bonne Dame » un enfant mâle, M. Vergnaud-Romagnesi, dans sa Notice sur les vitraux de Notre-Dame de Cléry, Orléans, Gatineau, 1846, in-8'>, p. 7, commet certainement une erreur, Souchet, chanoine, ayant travaillé sur des pièces originales, et non sur les mémoires de TÉtoile.
PREFACE. XLi
d'argent vermeil ', un vase avec une horloge *, une croix d'émeraude enchâssée d'or * et garnie de pierreries, un tableau d'ambre gris couronné d'or et de perles ^ représentant la Vierge tenant son fils, et dont les visage et mains sont d'albâtre. Le 27 juin, c'est la grande lampe d'argent que le Roi envoie de Paris : le 12 avril i583, le Roi et la Reine viennent offrir à la Vierge deux petits enfants d'argent en maillot et les chapes de velours rouge cramoisi avec leurs armes ^ : il est probable, par exemple, que les luttes civiles de la fin de son règne lui firent oublier le chapitre ; car si nous le voyons encore à Chartres, les historiens ne nous signalent aucune nouvelle donation.
Henri IV, en se faisant sacrer à Chartres, devait aussi combler de présents le trésor de la cathédrale. Le nécrologe n a garde de l'oublier; au 2 des ides de mai (14 mai 16 10 et 14 mai 1643), nous lisons les décès de Henri IV et de LouisXIII, avec la longue liste des dons qu'ils ont apportés avec eux : des châsses, des tapisseries, des ornements d'église : et si nous réunissons à ces deux noms ceux de Marie de Médicis et d'Anne d'Autriche, nous voyons le trésor à son apogée, puisque ces deux reines font construire les deux dômes magnifiques destinés à contenir non-seulement
' V. p. 6 et pi. VI.
* Bibl. de Chartres, Ms. 1012, p. 444.
xLii PREFACE.
la sainte châsse^ mais le trésor entier du chapitre.
Les donations du dix-septième et du dix-huitième siècle sont peu importantes. Comme Charles IX, comme Henri III, Louis XIV fait appel aux argenteries du royaume, mais il ne touche pas au trésor de Chartres (du moins que nous le sachions), et les édits de 1689, de 1700, de 17 10 passent sans laisser de vides derrière eux.
Dans ses jours de splendeur, le grand Roi ne manque pas de venir faire ses dévotions à Chartres devant la Vierge ' \ le chapitre consigne bien dans ses registres les chemises de satin brodées qu'il offre aux reines et aux dauphines, mais ne relate que bien peu de présents en réponse à son souvenir : nous n'avons à indiquer ici que la rose d'or*. Dans le manuscrit de notre inventaire, se trouvait une feuille détachée qui nous indique qu'elle pesait 2 marcs 6 onces 4 gros, « qu'elle avait été envoyée le samedi 14 décembre 1787 pour être exposée sur l'autel de la Vierge sous terre pendant neuf jours, pendant lequel temps s'est dit une meSse tous les jours pour la conservation de la famille royale; il y a trois roses, sur celle du milieu une amulette, ensuite elle est mise au trésor et portée par M. de Mérinville *s le pied de vermeil pèse 6 marcs 5 onces 2 gros, et les armes du Pape sont ciselées dessus ». C'était la rose
* MÉLY, les Chemises de la Vierge, p. 1 1.
• Ms. loi I (Reliq,), p. 92, à ms. 1016, p. 253. Ms. 40. 2* partie. Bibl. de la ville de Chartres. Pièces justificatives, p. 120.
' Évêque de Chartres.
PREFACE. xLiii
envoyée par le pape Clément XII à la reine Marie Leczinska, pendant que M. le duc de Saint-Aignan était ambassadeur, et qu'elle avait fait aussitôt porter à Chartres. Nous la retrouverons pour la dernière fois en 1792, sous le n' 143, dans l'inventaire du 1 8 octobre ' .
Nous arrivons aux tristes journées de 1793. Le trésor de Chartres semble inspirer un certain respect aux révolutionnaires eux-mêmes, et c'est avec d'apparentes hésitations qu'ils portent la main sur la châsse de la sainte Chemise *. 11 y a là d'ailleurs une mine de richesses si connues que le pillage s'organise méthodiquement. Une première visite a lieu en 1792, la mairie s'empare des grosses pièces de métal précieux; au commencement de 1793, les marguilliers ordonnent de brûler les tapisseries où il y a de Tor *; le 17 septembre, le conventionnel Sergent, craignant que les pierres gravées qu'il connaît depuis son enfance et qu'il aime tant, ne viennent à lui échapper, arrive de Paris avec Lemonnier ^, détache lui-même de la châsse les superbes joyaux et les emporte à Paris. Ils n y arriveront pas tous, et lui seul, je le crains bien, aurait pu nous apprendre ce qu'étaient devenues les merveilleuses montures qui les ornaient*.
' Pièces justificatives, p. 120, n« 143.
* PP. Martin et Cahier, Mélanges d'archéologie, t. I, p. 59. » V. p. 93.
* CouRAjoD, Journal de Lenoir, Paris, H. Champion, 1878, in-8% p. i36.
* Voir le camée de Charles V, p. 35.
xLiv PREFACE.
Enfin^ le i6 brumaire, les officiers municipaux feront mettre dans dix tonneaux les argenteries et cuivreries de la çy-depantcathédrale pour les envoyer à la Convention ' . Voilà le dernier épisode de l'histoire du trésor dont nous allons publier le catalogue^ car nous n avons plus, pour nous parler des splendeurs qu'il renfermait, que les inventaires que nous avons réunis et les pièces heureusement conservées dont nous pouvons aujourd'hui donner la description.
Pour étayer notre travail , nous avons parcouru les anciens papiers du chapitre. La révolution de 1793 en a laissé subsister quelques-uns, aujourd'hui soigneusement classés aux archives du département d'Eure-et-Loir, et à la bibliothèque communale de la ville de Chartres. Les inventaires, les fondations sont principalement aux archives; les actes capitulaires , les extraits d'actes capitulaires aujourd'hui perdus, mais recopiés au dix-septième et au dix-huitième siècle, à la bibliothèque de la ville : quant aux inventaires de 1793, ils se trouvent aux archives de la mairie.
Aux archives d'Eure-et-Loir, voilà l'inventaire de i353, le marché d'Alexandre de Vannes, de 1450 (G. 1 70), les inventaires de Jehan de Lacroix, de 1 545 (G. 437^ des commissaires de Charles IX pour subvenir aux nécessités du royaume, en i562 (G. 428), des commissaires de Henri 111 en 1578 (G. 429), du
* pièces justificatives, p. 122.
PRÉFACE. xLv
chanoine Estienne, que nous publions aujourd'hui, petit in-8% relié en veau, de 1682 (G. 4o3), un petit cahier in-S* composé de quelques feuillets, pâle inventaire de 1 7 10 (G. 438), puis ce que les chanoines appelaient V armoire aux fondations, relevé fort exact du dix-huitième siècle, de toutes les fondations faites au chapitre depuis les temps les plus reculés (caisse 74) ; enfin l'inventaire du 26 brumaire an II (G. 429).
A la bibliothèque de la ville nous avons les actes capitulaires, gros volumes in-4* en parchemin, se composant sous le n* 1007 ^^^ volume allant de i3i4 à 1345, sous le n* 1008 de trois volumes comprenant les chapitres généraux, les chapitres ordinaires, les testaments des chanoines, les prêts de livres, allant de 1298 à 141 8; enfin sous le n" 1009 de six volumes, parmi lesquels deux surtout nous intéressent, parce que nous y trouverons dés renseignements précieux : l'un de 1298 à i345, l'autre de 1481 à i486.
A côté de ces documents sur lesquels nul doute ne peut s'élever, d'érudits chercheurs de la fin du dix-septième et du commencement du dix-huitième siècle, travaillant sur les papiers du chapitre maintenant disparus, ont relevé force notes, qui, ayant rapport à l'histoire de Chartres, sont venues se placer naturellement auprès des actes capitulaires. Brillon, Pintard, Janvier de Flainville sont les principaux de ceux qui nous ont laissé sous un format volumineux les travaux que nous avons étudiés.
XLVi PRÉFACE.
Des trois, incontestablement le chanoine Brillofi (commencement du dix-huitième siècle), sous le n' 1016, est de beaucoup le plus sérieux. 11 n'a pas fait d'histoire de la ville, il a coUationné dans les registres capitulaires des dates, des renseignements, qu'il classe fort méthodiquement sous des rubriques différentes, presque des fiches reliées, au milieu desquelles il est assez facile de se reconnaître. Son travail est par cela même revêtu d'un caractère de véracité qui nous fera souvent préférer son opinion ; dans un autre recueil de pièces nous trouverons quelques lettres de lui, nous les signalons seulement sous le n' 1017.
Pintard, greffier de Thôtel de ville, est moins scrupuleux. Son manuscrit, coté dans la bibliothèque du chapitre avant 1793, 0-8, est une histoire de Chartres pleine de renseignements qu'il est indispensable de contrôler avant de les accepter comme certains; il commet des erreurs évidentes, mais on n'en est pas moins obligé de tenir compte de ses indications, à cause des documents qu'il a eus sous les yeux et dont un grand nombre n'existent plus aujourd'hui.
Janvier de Flainville est avocat au Parlement (fin du dix-huitième siècle). Ses Recherches sur Chartres sont un véritable dictionnaire composé de nombreux volumes où les matières sont rangées par ordre alphabétique, et où se retrouvent toutes les indications utiles à l'histoire de Chartres. Il
PREFACE. xLvii
semble surtout avoir travaillé sur le manuscrit précédent, ce qui ne pourrait inspirer qu'une médiocre confiance, mais il a aussi parcouru le chanoine Brillon, ce qui donne à son travail un peu plus de crédit. D'ailleurs, il nous fournira l'inventaire du chanoine Brillon, que nous reproduisons aux Pièces justificatives; de plus, nous y puisons un précieux renseignement.
Il nous apprend en effet qu'au dix-huitième siècle il a vu deux manuscrits de l'inventaire de 1682, dont un annoté de la main du chanoine Brillon. Nous les retrouvons aujourd'hui dans la bibliothèque du chapitre et dans les archives d'Eure-et- Loir. Le premier ne contient effectivement que le texte, le second est rempli d'additions marginales qui vont jusqu'au premier quart du dix-huitième siècle. C'est ce dernier que nous publions, et dans toutes celles des notes que nous avons pu contrôler, jamais nous n'avons rencontré la moindre erreur.
Le manuscrit 1014^ in-4", est un recueil de vidimus, relevés sur les textes originaux ; on y rencontre des transactions, des marchés, des lettres, des coutumes; c'est une compilation volumineuse pleine de documents réunis au dix-septième siècle, dans lesquels on peut puiser en toute confiance. A la page 522, nous y voyons l'inventaire des objets attachés à la sainte châsse, pendant la première moitié du seizième siècle, inventaire signalé par le
XLviii PREFACE.
chanoine de Lacroix en 1 545 , mais que nous n'avions pu retrouver; de là aussi vient la lettre du chapitre, écrite en 1406 au duc Jehan de Berry; elle se trouve à la page 602.
Les archives de la mairie de Chartres ont apporté aussi leur contingent aux pièces justificatives : sous le n** R. C. 22, l'inventaire du 18 octobre 1792 mentionne les argenteries enlevées au trésor de la cathédrale; le n" R. E. 9 devait nous donner le détail des richesses de Saint-Aignan. Sans nul doute nous y eussions relevé le tabernacle de Pierre de Mincy *, mais par une singulière fatalité, dans ces archives admirablement classées depuis peu d'années, le n' 49, le seul que nous désirions rencontrer, manque justement dans la liasse où nous comptions le trouver.
De l'évêché nous pensions ne rien rapporter : une pièce cependant nous a mis sur une bien bonne voie. C'est une copie faite vers 181 8, par M. Hérisson^ au cabinet du Roi, de l'inventaire des pierres gravées qui y furent déposées en 1793 par Sergent; une petite note y est jointe. M. Courajod, dans son Journal de Lenoir *, reproduit ce procès-verbal d'après l'original, ce qui explique pourquoi il n'a pas pu y ajouter les deux lignes que nous publions aux Pièces justificatives; elles montrent clairement que le conventionnel a tenu à remplacer la qualité par la quantité.
* Évêque de Chartres, 1 271-1287. V. p. xxi.
• L. Courajod. Journal d'Alexandre Lenoir. T. I, p. cxxvi.
PREFACE. XLix
Ici s'arrêtent nos manuscrits. Quant aux imprimés, les noms des écrivains modernes que nous avons cités parlent assez haut pour qu'il ne soit pas nécessaire de contrôler après eux les renseignements qu'ils nous ont donnés.
Nous avons disposé notre travail de façon qu'il fût facile de reconnaître immédiatement le manuscrit primitif du chanoine Estienne, de 1682. Dans l'intérieur de son texte, nous avons intercalé en caractères plus fins les discussions archéologiques et historiques que faisait naître forcément une étude attentive des pièces qui passaient devant nos yeux. Enfin nous avons reporté en note les gloses marginales, ajoutées au texte après coup, et pour qu'il fût impossible de les confondre avec les nôtres, nous les avons fait suivre de la lettre /.
Nous ne voulons pas sortir aujourd'hui de la question artistique; mais les renseignements précieux trouvés ici, joints à ceux que nous avions déjà recueillis, nous permettront de publier prochainement une étude approfondie des reliques d'origine orientale apportées à Chartres, soit par les croisés, soit par les princes de sang royal qui les tenaient de la munificence du roi Louis IX, leur ancêtre.
DE
Les Reliques sont en trois différents endroits du chœur de l'église, aux deux costez et derrière le grand autel.
Du costé de l'Évangile et entre les deux premiers piltiers du sanctuaire la Reine Marie de Médicis, espouse d'Henry le Grand ', y a fait eslever un dôme de trente à quarante pieds de haut, d'ordre corinthien '.
La face est composée de quatre grosses colonnes canelées, posées sur des pieds d'estaux dont les panneaux sont remplis decamayeux représentans des Prophètes et des Sybilles.
Dans l'entre deux de ces colonnes, il y a deux niches cintrées; celle du cpsté droit est remplye d'un Moyse portant les tables de la Loy, et dans celle de main gauche, il y a un Aaron vestu en sacrificateur, tenant un encensoir dans ses matns. Au dessous de ces niches on a représenté en basreliefs l'Annonciation et l'Assomption de la Sainte
' Cartulaire et Nécrologe de N. D. de Chartres. 11 des Idçs de Mai. T III, p. ii3.
* Le i3«pterabre 1610, Mgr l'évesque de Béziers.grand aumoanierde la Reine, et Mgr Hurault, évesque de Chartres, lïrent marché au nom de la Reine de la charpente el menuiserie de ce trésor avec Toussaint de ïaint'Jean, menuisier à Paris, moyennant i.aoo livres. |/.l
Vierge, et le dessus est orné de testes de chérubins posées sur des courbures de festons de drapperies garnies de franges et de houppes.
Au milieu de ces colonnes est l'entrée de cet édifice : la porte qui est à deux battans est semée de fleurs de lys d'or sur des panneaux d'azur, entremesiées de doubles M couronnées et d'escussons de France et deMédicis *. Il y a au-dessus un cintre remply d'une grande cartouche bombée et chargée des armes de Henry 4 et de la Reine que deux anges soustiennent d'une main et tiennent des palmes de l'autre.
Ce cintre semble contribuer conjointement avec les colonnes à soustenir la corniche sur lesquelles elle est posée. Au milieu de la frise est une pièce de marbre noir environnée d'un quadre d'or pendant. Le reste est remply de grains de chaplet disposez en festons dans lesquels il y a des noms de JESUS MARIA.
De cette corniche s'élève une manière de cul de four ou grande cocquille renversée, formée par la couppe du dosme qui est en saillie sur le devant de l'ouvrage. Le fond est en eschicquier par bandes d'or dont les lozanges d'azur sont remplies de testes de séraphins.
Aux deux costez de cette coquille, il y a des balustres en forme d'attique qui se vont joindre aux pilliers de l'église par des pieds d'estaux portant une boule sur laquelle est une fleur de lys florentine qui leur sert d'amortissement.
Le dosme est de figure ovale et d'une élévation bien proportionnée au dessus de la corniche. Il est terminé
* Les cinq pâlies florentines.
par un entablement sur lequel pose la calotte qui lui sert de couronnement; elle est travaillée en gaudrons dont les costez estant d'azur donnent plus d'éclat à de doubles M d'or qui sont dessus accompagnées de rinceaux et de fleurons. Sur le haut est une Vierge tenant son fils entre ses bras, posée sur une plinte, portée par quatre consoles en forme de pied d'estail. Tout l'ouvrage est doré et très bien accomply. Il s'appelle le Premier Trésor.
Au devant de ce beau cabinet pent une lampe d'or qui tombe du haut de la cocquille où un ange semble la retenir; elle est du poids de 23 marcs, mais d'un travail qui surpasse beaucoup la matière \ C'est encore un présent de cette pieuse reine Marie de Médicis qui ne l'a pas donnée seulement, mais aussi l'a fondée de 36o liv. de rente pour y entretenir jour et nuit un cierge de cire blanche ardent *.
Cette lampe fut volée le 2 5 juillet 1690, et ce vol donna lieu à un procès célèbre par Terreur judiciaire qui y fut commise, mais malheureusement reconnue trop tard 3.
C'est dans ce magnifique lieu qu'on a mis une partie des Reliques. On y voit à main gauche en entrant une châsse à jour de vermeil doré, en forme de pavillon * environné de huit tours. Le comble est en croupe, sur lequel il y a quatre tableaux peints en émail; le premier représentant un empereur armé et couvert d'un manteau royal avec ces mots : Saint Henry; le deuxième est une Vierge tenant son fils, le troisième est une figure équestre
* Prix 18,000 livres, donnée le i3 mars 1609 à Tofferte de la grand'messe. (/.)
'A prendre sur je domaine de Dourdan qui estoit son appanage. (/.)
* Arch. d'Eure-et-Loir, G. 340.— Bibl.de Chartres. Ms. 1012. P.619.
* Longueur 9 pouces, largeur 5 pouces, hauteur i5 pouces. (/.)
IxNVENTAIRE DES RELIQUES
représentant Henry 4, et sur le dernier sont les armes de France. Sur Tun des faces de la croupe, il y a un saint Pierre gravé, et sur Tautre un saint Paul. Le bord de la couverture, le faiste et les arrestiers sont ornés de balustres aussi de vermeil, et les amortissements des poinçons sont revestus d'amétistes taillez à facettes des deux costez. Sur le milieu du feste il y a un Donjon de crystal remply de Reliques, au haut est un gros mouton de vermeil tenant une banderolle dans un cercle aussi de vermeil *.
Comme cette châsse • est à jour. Ton voit au travers deux os des bras de saint Serge et de saint Bacche, martyrisés à Sergiopolis en 389.
Elle porte cette inscription :
ZÉêou àOXriTaç àdeXcpouç ispY^oov xai Bax/ouv.
Id est, Honora martyros fratres Sergium et Bacchum.
Ces deux saints avaient une chapelle à Chartres, près de la cathédrale ; elle fut détruite au commencement du dix-huitième siècle 3.
L'on y remarque encore un petit vase d'argent damaâr quiné en forme de cuillière couverte sur lequel sont gravez plusieurs chasteaux sommés de trois tours qui sont les armes de Gastille *. Il renferme deux morceaux du boys de la vraie croix et une petite pierre de la montagne du Calvaire.
1 Sur le haut duquel a esté adjouté un rubis balais, donné en i6g6 par le sieur Pavix horlogeur. (/.)
' Au moment du sacre de Henry 4. on mit dedans la coste de S' Louis indiquée au n» 11 de l'inventaire de i545. Pièces justificatives, p. 1 12.
* V. Chronique des arts, i885. P. i65. Pour la question des reliques, V. C»« Riant, Exuvice sacrce Constantinopolitanas, t. II, p. 229.
* Les registres de l'œuvre en font mention. (/.)
moïse et pharaon.
|Mu»*e de Chartres.) — Tapis$erie provenant de la cathédrale de Chartres.
Sur le haut des deux tours qui sont sur le devant de cette châsse, il y a des cilindres de crystal; dans celuy de main gauche, y a une dent de saint Barthélémy, dans çeluy de main droite il y a deux petites esquilles de saint Paul apostre.
On lit sur le pied de la châsse que Henry 4 fist ce pré-, sent le 28 février 1694, jour qu'il fut sacré Roy de France en cette église. Il le présenta luy-mesme à Tofferte de la messe qui fut célébrée par M' de Thou, évesque de ce lieu, qui le sacra avec la sainte ampoulle que mess" de Marmoustiers apportèrent. Il présenta aussi un vase de vermeil; et deux pommes *, Tune d'or, l'autre d'argent.
L'église fut tendue lors du sacre des tapisseries de la Couronne.
Nous nous trouvons ici en présence d'un problème assez difficile à résoudre. Il y a quelques années, la fabrique de la cathédrale de Chartres vendait de vieilles tapisseries : nous pouvons aujourd'hui les admirer au Musée de la ville et même en reproduire une ici : elles sont cataloguées comme un don de Nicolas de Thou, évêque de Chartres. En cela, on n'a fait que suivre l'opinion de Félibien *, qui ajoute même que « hors celles du Roy, il n'y en a pas de plus belles ». Nous venons de voir que l'église fut tendue en 1694 des tapisseries de la Couronne, et nous savons qu'il y avait à la cathédrale deux sortes de tapisseries : les ordinaires et les belles 3. Félibien nous dit que les tapisseries de de Thou « avaient été faites en Flandre sur les dessins que Raphaël fit pour les loges du Vatican, où est représentée l'histoire de l'Ancien Testament, et qu'il y avait 10 pièces ». Là il fait évidemment erreur, car nous avons retrouvé la donation de de Thou*; il donna 1 1 pièces de tapisseries, dont la principale représente les trois Rois
' Nous voyons d*après les anciens inventaires que les pommes servaient à mettre du feu sur Tautel pour les encensoirs et pour chauffer les mains du prêtre pendant la messe.
• Entretien sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, t. I, p. 245. ln-4». i685, i* édit. Paris.
' Service des queues et sous-queues. Arch. d'Eure-et-Loir, G. 5o5.
* 1578. Arch. d'Eure-et-Loir, G. 471.
adorant Notre-Seigneur, et lo livres de rente pour les entretenir; ce sont là des sujets tire's du Nouveau Testament, et non de TAncien. Ce ne sont donc pas les nôtres.
En parlant des tapisseries du Roi, Félibien a-t-il entendu dire celles que le roi Henri IV avait données lors de son sacre ou celles du garde-meuble? A-t-il confondu les diverses tapisseries du chœur de la cathédrale? Ce qu'il fallait retrouver, c'est ou bien le marché, passé devant M* Cornu, notaire à Chartres en i594, pour tendre les tapisseries de la Couronne ^ ou bien rinventaire de 1684; ces deux pièces sont malheureusement perdues. Quant au manuscrit du sacre de Henri IV', il est muet sur ce point. Nous inclinerions cependant à penser, après les recherches que nous venons de faire, que les tapisseries du Musée de Chartres furent prêtées par la Couronne en 1 594, au moment du sacre de Henri IV, et laissées en don à la cathédrale avec les nombreux présents que le Roi fit à cette occasion.
Voici les marques qui sont tissées dans les bordures de ces tapisseries :
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