PREFACE
était entourée d'une telle vénération qu'aucun temple ne pouvait rivaliser avec elle ; et si la munificence des princes put faire surgir, dans d'autres lieux, des basiliques plus gigantesques, la dévotion des fidèles ne sut, en aucun endroit, combler de plus de dons le trésor d'une église, couvrir de plus de richesses une châsse vénérée, dans laquelle se trouvaient d'ailleurs la chemise et le voile de la Bienheureuse Vierge Marie.
Les inventaires successifs du Trésor de Chartres que nous avons retrouvés, vont nous permettre de le reconstituer par le souvenir; ils vont nous montrer que là tout se trouvait réuni, et que depuis les ouvrages les plus délicats jusqu'aux pierres précieuses, qui n'ont de valeur que par leur grosseur et leur éclat, la richesse et le goût de notre pays s'affirmaient énergiquement.
Au neuvième siècle, la chemise de la Vierge, présent de Charles le Chauve ', avait encore augmenté la célébrité du sanctuaire chartrain; cette relique attirait de nombreux pèlerins, et l'authenticité dont semblait Tavoir revêtue la main royale qui l'avait donnée, la rendait l'objet d'une dévotion toute particulière qui lui fit traverser sans accidents la longue suite de neuf siècles, et permit au chapitre de sauver des désastres des guerres les objets précieux spéciale-
^ Elle fut offerte par Charles le Chauve, probablement lorsqu'il fit une donation, en 870 : « Regni xxx, Indict. m. » Nous en avons le texte dans le Ms. 10 14, p. 649, Bibl. de Chartres; il est imprimé dans le Cartulaire de Notre-Dame de Chartres : Lespinois et Merlet, Chartres. Garnier. 1861-65. 3 vol. in-4», 1. 1, p. 71, d'après l'original des Archives d'Eure-et- Loir, fonds du chapitre, caisse 64, P, i. V. planche XI, p. 48.