LE VOILE OE LA VIERGE
P'apris VilleinDin.l
C'est dans cette arche magnifique que Ton conserve la chemise que la Sainte Vierge avoit lorsque TAnge lui annonça qu'elle était choisie pour estre la mère de Dieu, et de laquelle aussi elle était revestue quand elle mist au monde le Sauveur.
En 1259, une transaction eut lieu entre l'évêque Mathieu et le chapitre, pour le salaire des ouvriers qui travaillaient à la châsse, et, par une ordonnance, l'évêque fut obligé de nourrir aussi ceux qui travaillaient aux tables de Tautel ^
Cette précieuse relique fut donnée en 876 par le Roy Charles I" dit le Chauve. Il Tavoit eue par succession de Charlemagne son ayeul, à qui Constantin Porphyrogénète empereur d'Orient l'avait envoyée pour reconnoissance des services qu'il lui avoit rendus, et particulièrement contre les Mores qui lui voulaient oster l'empire «.
Le Père Martin, dans ses Mélanges d'archéologie ', où il a étudié soigneusement les étoffes d'Aix-la-Chapelle dont il a laissé des dessins fort exacts*, ne parle pas de la chemise de la Vierge, qui cependant aurait été donnée au trésor par Charlemagne; il faut ajouter que Nicole Gilles prétend, dans sa Vie de Charles le Chauve, qu'elle fut rapportée à Chartres. Nous l'y voyons aujourd'hui. Mais il y a cela de curieux qu'une des étoffes trouvées dans la châsse de Charlemagne a une certaine analogie avec le tissu de
* Cartulaire de Chartres, t. I, p. 11 3.
^ Il est remarqué dans un vieil cartulaire qu'outre cette sainte chemise et ce voile, il y a encore plusieurs autres choses qui ont appartenu à la Sainte Vierge : et alia plura sanctuaria et jocalia Beatœ Virginis. Ainsi Ton voit dans cette châsse, outre une étoffe blanche comme linge ou soye salye qui est estendue dans toute la capacité de la châsse, un petit pacquet de linge noué autour d'une boëte ronde et longue de bois de la grosseur d'un pouce et demy de diamètre dont le bout qui passe est en cosne et en pointe comme une boëte à poivre de fer blanc. 11 y a aussi à un des bouts de la châsse une étoffe comme de droguet rayé, blanchastre à peu près comme celui des Égyptiens, et à Tautre bout. Ton y voit encore une autre boôte ronde plate dans laquelle apparemment, sont les attestations de ces reliques.
' T. Il, p. loi et 235.
* Ibid., planches XI-XIV.
5o INVENTAIRE DES RELIQ.UES
la sainte Chemise, et, renseignement plus précieux, une autre étoffe renfermée dans la châsse d'Aix, avec elle, porte le nom de Michel; le P. Martiri se demande si ce ne serait pas Michel, préfet de la Chambre sous Nicéphore. Justement c'est Nicéphore, nous dit Nicole Gilles dans la Vie de Charlemagne, qui aurait envoyé au puissant monarque de l'Occident les précieuses reliques renfermées à Aix, que plus tard Charles le Chauve emportera pour les distribuer à Saint-Denis et aux sanctuaires qu'il révérait particulièrement. Il se pourrait donc fort bien qu'il fût resté à Aix un morceau de la sainte chemise. Il est intéressant de voir ici combien Tétude de l'archéologie artistique peut venir en aide à la question religieuse.
Nous avons tenu à reproduire la chemise de la Vierge, qui, dans l'histoire des tissus, est d'un intérêt tout à fait capital. Peu d'étoffes de cette époque sont parvenues jusqu'à nous dans cet état de conservation : nous en retrouverons cependant un spécimen chez M. de Linas, dans ses Anciens Vêtements sacerdotaux », où il donne le dessin d'une étoffe qui se rapproche de celle de Chartres.
Dans le tome I*'" des Mélanges archéologiques, nous trouvons la description minutieuse des voiles ou chemise de la Vierge, faite par Mgr François de Mérinville, évêque de Chartres en 171 2. Nous la donnons aux Pièces justificatives, p. 118.
Bien des auteurs ont traité la question de la sainte chemise et discuté sa provenance. Nous ne voulons pas nous arrêter aujourd'hui à cette relique, que nous étudierons prochainement. Cependant, il faut dire qu'il n'est resté à la cathédrale de Chartres aucune pièce qui constate la donation, tout ce qu'on en avait ayant été brûlé lors de l'incendie général de l'église de Chartres en 1020'.
Il y a aussi, avec cette sainte chemise, un voile de la Vierge, comme l'ancienne chronique de Téglise le remarque au sujet du siège qui fut posé devant Chartres en 911 par Rollon', chef des Danois, 84 ans après la
* Ch. DE Linas, Anciens Vêtements sacerdotaux et anciens tissus,'^ds'\s, Didron, 1862. II« série, p. 22.
* iSoucHET, Histoire de Chartres, t. II, p. loi.
' V. Poème des miracles de N. D, de Chartres, par Le Marchand. Garnier, Chartres, i855, p. 79.
Merlet, Histoire des relations des Hurons et des Abnaquis du Canada avec le chapitre de Chartres, Garnier, Chartres, 18 58, 111-8".
DE L'ÉGLISE DE CHARTRES. 5i
donation de ces reliques, depuis lequel la châsse n'a point esté ouverte '.
Ensuite de cette Ste Châsse, il y a un grand reliquaire d'or ovale posé sur le haut d'une colonne de vermeil doré semée de fleurs de lys '.
Au milieu de Tovale il y a une croix d'un marbre grisâtre faite d'une des colonnes où Nostre Seigneur fut attaché et flagellé; les quatre extrémités sont enchâssées dans des virolles d'or sur lesquelles est gravé en lettres fort gothiques :
Oe ctnce Oomini noetti Jeeu CÇrtett
Cette croix est portée par deux anges qui en tiennent le haut et le bas sur un fond rustique en manière d'un ciel plein de nuages parmy lesquels on voit de petites estoiles d'or pendues à des chesnettes de mesme.
Le quadre de cette ovale est tout uni, mais assez large pour contenir huit reliquaires qui en font le tour et qui portent chacun leur inscription :
De Capillis Jesu Christi*. — De Vestibus Jesu Christi. — De Tunica Domini. — De Petra montis Calvariaî. — De Pannis infantias Salvatoris. — De Sepulchro Domini nostri Jesu Christi. — De Sudario Domini nostri Jesu Christi. — De Tabula nibificata sanguine Christi,
Immédiatement au-dessous de cette ovale est un rubis
> Ce siège eut lieu sous Gosselin, 47* éyéque de Chartres.
' Hauteur de Torale 9 à i o pouces, largeur y à H, f/or de Vovuic et au tableau de la Traje croix estimez Hoo liv. Hauteur de tout le reH<|uaire 23 pouces. L'ovale et la colonne que les Ancitn% nftmmtni le rotui et tuyeau ont été estimez 200 escus. Les anges et la base d'argent doré pèsent 27 marcs six onces, (/,)
' Deux cheveux de Nostre Sâf^ncur à\%fx>%tz en croix de saint Kt\âré, (/>)
d'un très-grand prix pour sa grandeur et pour sa beauté, il est dans un chatton d'or émaillé de blanc '.
Il y a sur la colonne un tableau d'or d'environ six pouces attaché avec un ruban dans lequel est enchâssé une croix à doubles bras recroisée faite du bois de la vraye Croix*.
Autour de cette croix, il y a une inscription grecque portant qu'au dedans de ce tableau, il y a d'une épine de la couronne de Notre-Seigneur :
EK TOT AnOY AKANeiNOY CTEa>ANOY.
TOT AnOY AieOY, AnOY HAOY PHNICMAïA :
AnO TOY AnOY CINAONIOY, TOY nOPa>YPOY IMATIOY, ÏOY AnOY AENÏIOY, ADO TH2 T1MIA2 ZÛNH2 TH2 BEOTOKOY, ADO TÛN AriUN CnAPTANÛN.
De la sainte Couronne, de la sainte Pierre, des raclures du saint Clou, du saint Linceul, de la robe de pourpre, de la sacrée serviette de laquelle il se ceignit lavant les pieds à ses apostres, de la ceinture de la vénérable Mère de Dieu, des langes sacrez ^
' Signalé dans l'inventaire de i562 et estimé 80 escus.
^ On ne sait pas le nom de celui qui a donné ce tableau, quelques-uns veulent que ce soit un nommé Henry fils d'Arnou (N'y a-t-il pas ici une confusion. Plus loin, p. xvii, 71, nous retrouvons un morceau du fust de la vraye croix apporté par Herveus, Arnoldi filius, canonicus.), mais on n*en trouve rien d'escrit, et il y a apparence que ce tableau a esté adjousté à ce reliquaire, car l'on ne voit pas qu'il en soit fait mention dans la donation que le duc de Berry a faite de ce reliquaire. Cependant l'on voit dans le Registre de l'œuvre de l'année 1406 que Ton chanta une messe devant rimage de la Vierge pour le duc de Berry qui avoit donné le joyau où il y a du fust de la vraye croix et deux angelots qui la soustiennent. (/.)
SoucHET, Hist, de Chartres, t. 111, p. 288. L'inventaire de 1822 fait aussi mention de ce morceau de la vraye croix et des reliques qui sont dessus. V. Pièces justificatives, p. 100.
^ Toutes ces reliques viennent de Constantinople; elles étaient dans différents palais de la ville. Nicolaus Thingeyrensis nous en donne le catalogue reproduit par le comte Riant dans les Exuvice sacrœ Const. T. II, p. 2i3.
Ce beau reliquaire est posé sur 8 ourses de vermeil doré qui sont aux 8 angles du pied ou soubassement '.
Il a esté donné avec les deux anges qui portent Tovale en 1406 par le bon duc Jean de Berry, en considération de quoy et pour reconnoissances des autres présents qu'il fisr à l'église, le chapitre ordonna une messe chantée tous les ans à son intention ^
Le Portefeuille archéologique de la Champagne reproduit de réglise de Jaucourt une monstrance du même style, avec deux anges pour porter le reliquaire, et des lions pour supports. Il fut donné au quatorzième siècle, comme le dit l'inscription, par Marguerite d'Arc, qui l'avait fait monter, tandis que le reliquaire venait certainement de Constantinople.
Nous le citons à titre de comparaison '.
Les comptes de l'œuvre de 1404 et 1406 constatent les messes chantées pour le duc de Berry, qui a donné un joyau d'or, aussy du fust de la vraye croix, et deux anges qui le soutiennent, et payé 40 1. 10 s. aux serviteurs du s' Louis de Chambly, qui a porté et rapporté ledit joyau *.
Au dessus de ce reliquaire et de la sainte chasse se trouve attachée proche du platfond du trésor une ceinture de quatre pieds et demy de long sur quatre doigts de large, faite de grains de porcelaine blancs et noirs, bordée de soye de porc-epy rouge, c'est l'accomplissement d'un vœu des Hurons. En février lôgS la nation des Abnaquis dans la nouvelle France envoya son vœu et remerciement à la Vierge, escrit en leur langue et traduits en latin, le tout dans une boëte de fer
' L'argent du soubassement de la colonne et des deux anges pèse
3o marcs. (/.)
* Voir, aux Pièces justificatives, p. 108, la lettre écrite par le chapitre au duc de Berry en rémercîment de ses dons.
' Gaussen, Portefeuille archéologique de la Champagne, Bar-sur-Aube. Jardeaux-Ray, 1861, orfèvrerie. Planche III.
* Bibl. de Chartres, Ms. loi i, p. 140.
blanc peinte avec ces mots : « Votum Abnaquiorum ^ » Entre cette ceinture et la sainte châsse on voit une grande médale d'or attachée au lambris sur laquelle est représentée d'un costé un saint Louis tenant d'une main avec un linge une couronne d'espines et de l'autre deux mains de justice, sur le revers il y a une couronne de lauriers au milieu de laquelle il se lit : A l'immçrtalité, et autour en plus gros caractères : Prix d'éloquence lôyS; et au bas de cette couronne, il y a : l'Académie françoise. Cete médale est un des prix fondez par M' de Balzac pour l'establissement et la perfection de l'éloquence françoise; M. l'abbé de Melun, prieur de Sauseuse ' et qui a esté chanoine de Chartres, réussit avec tant de succès sur le sujet de la composition proposé en lôyS, dont les paroles étoient « Abscondisti haec a sapientibus et rêvelasti ea parvulis », qu'il mérita la gloire de ce prix. Il en fist présent le 12 février 1681 à l'église par son testament, et en reconnoissance MM" du chapitre luy firent faire un obit solemnel avec représentation '.
Sur le costé de main droite du trésor et ensuite du reliquaire ovale, il y a un ange d'argent tenant une main d'or percée et vuidée en compartiments, par le dessus * dans laquelle est celle que saint Thomas l'apostre mist dans le costé de Notre-Seigneur * lorsqu'il s'apparut à ses disciples après sa résurrection ".
* Pour plus amples détails lire : Merlet, Histoire des relations des Hurons et des Abnaquis du Canada avec le chapitre de Chartres,
^ Mathieu de Melun de Maupertuis. (/.)
^ Pèse quatre onces deux deniers valant 200 liv., prix d^orphèvre, il est cependant du prix de 3oo liv. (/.)
* fauteur 2 pieds, la main pèse un marc 5 onces. (/.)
^ Il y en a aussi une au trésor de Saint-Denis qui est en chair et en os. (/.)
* II n'y a que la moitié de la main gauche, savoir le doigt annulaire et le
Les vers suivants sont gravez autour du poignet :
a Hsc est illa manus qua Didimus dum dubitasti '
« Vivere post mortem Christum tangendo probasti. »
Entre ces deux vers, il y a un saint Thomas à genoux mettant la main dans le costé de Notre-Seigneur.
Cet ange est posé sur un socle d'ébeine à quatre faces dans des trois desquelles il y a des reliquaires pratiquez dans son épaisseur couverts de crystaux et ornez de plaques d'orphévrerie '.
Dans celui du devant il y a des os de sainte Anastasie veuve romaine martyrisée sous l'empereur Dioclétien *.
Dans celuy de main droite il y a des ossements de saint Yves avocat de Bretagne, et dans celuy qui est à gauche il s'en voit de sainte Agate vierge et martyre qui souffrit sous Decius.
Sur la face de derrière, il se lit sur une plaque d'argent que M"" Maquet d'Abbeville, chanoine et théologal de Chartres, a donné cette figure pour porter la main de saint Thomas, et que M"" de Raimbaucourt a exécuté sa volonté après sa mort en 1648 comme son légataire.
Proche cet ange, il y a un soleil de vermeil ou Porte-
petit doigt dont le dernier os du bout manque. Ces deux doigts sont accompagnez de leurs os du métacarpe jusqu'au poignet. M" de Vienne en Autriche disent en avoir le doigt index, les religieux de Saint-Denis veulent aussi l'avoir dans leur trésor. (/.)
Nous retrouvons aussi un index dans les Exuvice sacrce Constantinopolitance, t. II, Lectiones Suessiones, p. 33 et 35. Et là il est plus explicitement indiqué, comme le doigt que saint Thomas posa in latus Domirii, et -que Baudoin, comte de Flandre, envoya à Soissons en 1204.
* Cet ange fut fait du mois d'aoust et de septembre 1 554 de l'argent que plusieurs de M" les chanoines donnèrent pour cela. (D'après les registres capitulaires, le 3 octobre i554). (^O
' Il y a à Rome une église dédiée en son nom qui a titre de cardinal. (/.)
Dieu, enrichi de rubis, d'émeraudes et d'amétistes '. 11 est porté par deux anges ayant les aisles estendues émaillées de bleu et posez sur des tailloirs soustenus par des consoles.
' Il y a au dessus un dais de vermeil, porté par 4 milors dont le tour est remply de pierreries pendantes', en manières de franges et de houppes; sur le haut est une croix de cristal taillé sur les deux faces accompagnée de six boules de mesme, dont il y en a quatre qui servent d'amortissement aux coins du Dais et les deux autres sont aux costez de la croix ^
Ces milors sont élevez sur des stylobates qui sont sur les quatre coins d'un grand plinthe de vermeil doré, orné de moulures dans le milieu desquelles il y a une scotice remplye de rubis et d'émeraudes en cabochons. Ce plinthe est posé sur quatre pâtes de griffon aussy de vermeil, et tout ce bel ouvrage repose sur un autel portatif de marbre environné de placques d'orphéverie, aux quatre coins duquel il y a 4 boëtes remplies de différentes reliques *.
De cette exposition, il ne reste plus que l'autel portatif, dont nous donnons ici le dessin. L'abbé Brillon pense qu'il a. été donné
^ Au-dessus de cet ange et contre le lambris du trésor est une médalle. de cuivre doré de la Reine Marie de Médicis, 2™« femme du Roy Henry 4. Elle est dans un quadre façon d'ébeine, orné de plusieurs pierreries enchâssées en argent. La plus élevée et celle qui est au-dessus de la teste de la Reine est une agate gravée en creux représentant le bust de Henry 4, dont le vestement est blanc. Cette médale a esté dorée et ornée aux fres de l'œuvre en 1701, pour honorer la mémoire de cette grande Reine qui a fait faire le premier trésor et donné la lampe d'or qui est devant. (/.)
- Hauteur 16 pouces, longueur 12 pouces, largeur 6 pouces. (/.)
' Sur ce dais il y a deux chemisettes cizelées et amboutées, ce qui témoigne que ce ne sont pas les Angloisqui ont donné ce soleil. (/.)
* Il a esté donné par les Anglois lorsqu'ils possédaient la ville vers 1420. (/.)
en i36o, au momentda traité de Brétigny'; mais le c l'orfèvrerie nous paraît se rapprocher plutôt du quinzième siècle; ce serait donc à la dernière glose qu'il faudrait s'en rapporter.
Nous pouvons aussi nous demander pour quel motif les chemises ciselées sur le dais devraient prouver que ce ne sont pas les Anglais qui ont fait ce présent. Qu'ils aient donné ce porte-Dieu en i36o, comme le dit Brillon, ou en 1420, comme le dit notre Inventaire, les chemisettes n'étaient pas plus à un moment qu'à l'autre les armes du chapitre; en 1450, Renaud de Paris, chevecïer du chapitre, la prit comme armes, et ce n'est qu'au commencee siècle, comme nous avons essayé de ie démon-
trer^, vers i5i4, que ie chapitre la prit définit! armoiries. Si ces petites chemises n'ont pas été ajoutées depuis, ce qui pourrait fort bien être arrivé, elles signifieraient peut-être que le porte-Dieu était offert spécialement à la sainte chemise renfermée dans la châsse.
Un S' Georges à cheval de vermeil doré, perçant un dragon avec une lance'. Il est comme dans un désert remply de quantité d'animaux venimeux, parmy lesquels l'on voit à genoux cette fiile qui devoit servir de proye à cet effroyable monstre dont l'AfFrique estoil infectée et
' Bibl. de Chartres, Ms. loi [, p. i3,
* Mélï, Chemises de la Vierge.
' Hauteur i5 poui:es, longueur li pouces. [/.)
qui en fut délivrée par ce généreux soldat. Il y a un os du coude de ce saint dans un reliquaire posé sur le devant et au dessous duquel est couché sur ce terrain, un grand écusson portant les armes de Lorraine accompagné de ces mots : Nicole duchesse de Lorraine m'a donné.
Cette princesse en fist en effet présent en i634, comme une pièce des plus rares de son cabinet*. Il n'y avoit point pour lors de relique, mais le présent parut si beau, qu'il obligea M' d'Estampes évesque de Chartres et qui depuis fut archevesquc de Reims, d'escrire à Mess" de S* Germain des Prés qui ont le bras de S* Georges* pour leur en demander; ce qui luy fut accordé, car le 22 décembre i635, Dom Grégoire Tarisse, général de la congrégation de S* Maur, luy envoya ce morceau qu'il fist appliquer à ce bel ouvrage qui est de vermeil doré et se démonte en plusieurs endroits.
Valo, chanoine d'Amiens, rapporte de la Croisade, en 1206, à révêque Richard de Gerberoy, le bras et le doigt de saint Georges, qu'il avait trouvé miraculeusement à Constantinople' : les Exuviœ sacrœ nous apprennent plus loin* que les princes obtinrent à Constantinople des reliques, et que le doge envoya à Venise, pour mettre dans sa chapelle, le bras de saint Georges (1204). Il est donc assez difficile de savoir où sont les bras véritables de saint Georges. Nous devons présumer qu'il faut entendre ici par bras un des os du bras. Saint Germain de Paris, vivant au sixième siècle, en avait sans nul doute obtenu un très-authentique de l'empereur Justinien.
Cette petite statue disparut en 1792. Nous la voyons figurera ce moment sous le n° i38, dans l'Inventaire du 18 octobre 1792, que nous donnons aux Pièces justificatives. Il fut mis sous scellés dans
* Le procureur du Roy s'opposa à la réception de ce présent, à cause qu'on était alors en guerre avec la Lorraine, mais on ne laissa pas de passer outre et de le recevoir. (/.)
* Saint Germain, évesque de Paris, estant à Constantinople, eut ce bras de l'empereur Justinien, qui lui en fist présent. (/.)
' C'« Riant, Exuviœ sacrœ Constantinopolitance, 1. 1, p. Sq.
* Ibid,,x. 11, p. 262, 205, 271.
DE L'ÉGLISE DE CHARTRES. Sg
la maison commune; depuis, il n'en a plus été question. Cest ainsi que nous savons qu'il pesait 26 marcs.
Derrière ce présent et dans un enfoncement, il y a une grande croix de vermeil doré enrichie de pierres précieuses fort grosses, elle sert aux processions et aux cérémonies solemnelles ' .
Proche de cette croix, il y en a une autre aussi de vermeil accompagnée d'un pied, sur laquelle il y a des trophées de la Passion de N. Seigneur gravez (hauteur 23pouces, pèseS marcsS onces); elle sert aux jours solennels sur Tautel pendant le S* Sacrifice, elle a esté donnée par Mess" de la ville d'Issoudun*, qui députèrent deux échevins pour la présenter en action de grâces d'avoir esté préservez de la contagion par l'intercession de la Vierge à laquelle ils s'étaient vouez dans le temps de la maladie.
Au dessus de ces présents, l'on voit sur la muraille deux tableaux d'albastre peints. L'un représente un Jésus à genoux sur les instruments de sa Passion, et l'autre est un ex-voto d'un religieux de S* François qui présente un enfant à la Sainte Vierge. Ils sont de mesme grandeur et lesquadresd'ébeine; Madame la Mareschale de S* Luc les donna en 1640.
Proche la porte est un bâton de brésil viroUé d'argent en plusieurs endroits', au haut duquel est une grosse fleur de lys à quatre fleurons de vermeil, environnez d'une couronne de mesme, enrichie de trois cordons dont deux sont de rubis et de turquoises, et celuy du milieu
* Hauteur 34 pouces. (/.)
- Donnée le i5 avril i63o. (/.)
^ Hauteur 5 pieds 6 pouces. (/.)
6o INVENTAIRE DES RELIQ.UES
est un gros fil de perles. C'est le bourdon que le Roy Jean portoit en ses pellerinages, il sert à présent de baston cantoral aux petits solemnels. M' Thiersault chantre et chanoine y a fait mettre la fleur de lys *.
D'après le Ms. 1012 de la Bibliothèque de Chartres, en i36o, après la paix de Brétigny, les rois Jean et Edouard entrent dans Chartres et vénèrent les reliques*.
D'après les registres capitulaires, le roi Jean vient à Chartres en 1 36o, die lunœ post synodum, il y fait ses dévotions et donne peut-être son bâton quand il rend le pain et le vin offerts à lui par le chapitre ^.
Un autre baston cantoral de vermeil doré au haut duquel est un donjon fait de trois colonnes qui soustiennent le dôme sur lequel est une lanterne à jour *, ayant sur la pointe un tiercelet ouvrant les ailes; au milieu du donjon, il y a une Vierge assise tenant son fils entre ses bras et au dessous sur le baston est attaché un écusson portant d'azur au tiercelet d'or qui sont les armes du mesme M' Thiersault % chantre, qui a fait ce présent en iSSg, le i3 may. Il sert aux grands solemnels.
Le samedy 20* jour d'octobre i582, Monsieur Nicolas Thiersault, chantre et chanoine, présenta au chapitre deux couvercles d'argent vermeil doré sizelé pesant onze marcs 2 onces.
Au dessous de la S** Châsse, il y a un grand canon de
* L'inventaire de 1792 nous apprend qu'il pesait 3 marcs 2 onces 4 gros, p. 1 20.
3 SoucHET, Hist. de Chartres, t. III, p. 21 3. Il alla rendre grâces à Dieu de sa délivrance à Notre-Dame de Boulogne, à Saint-Denys en France et à Chartres.
* Hauteur 5 pieds 6 pouces, pèse i5 marcs 5 onces. (/.)
* Nécrologe de N. D. de Chartres, 4 des ides de mai.
PUIKCHE XTI.