QUATRIEME FACE DE LA SAINTE CHASSE
Quoyque cette face soit moins veue et moins exposée que les autres, comme estant du costé de la muraille, elle ne laisse pas néantmoins d'estre autant remplie de richesses et de raretez que les autres.
Uon voit sur le panneau d'en bas une grande chemise de Chartres, qui en occupe toute la hauteur, elle est formée d'un fil de perles fines et remplie de seize ouvrages de filigrane travaillez et relevez en manière de rochers et de pyramides. Il y en a 8 dont les principales pointes sont remplies de grands diamants, et les 8 autres sont terminées par des perles très-belles. Le reste de ces rochers est enrichy de petits rubis, de petits diamants et de perles médiocres. Au-dessus de cette chemise, il y a une grande couronne d'or fermée, enrichie d'un rubis, de deux turquoises, de deux émeraudes et d'une amétiste qui est à la pointe. Le bas de la chemise est terminé par un cœur fait d'un rubis enchâssé en or soustenu par deux termesémaillez sous lesquels pend une grosse amétiste. Ce bel ouvrage a esté donné en 1640 par monsieur de la Poustoire, chantre de l'église.
Des deux costez de cette chemise, il y a deux boucquets de grosses perles ornez de panaches pendantes, aussi de perles fines.
Aux deux coins d'en bas de ce panneau il y a deux grandes roses d'or de filigrane d'une même structure. Leur bord est composé de douze tourteaux, dont il y en a six en émail et six autres embouttées en calottes cizelées sur le haut desquelles il y a des perles. Le milieu est fait de .différents émaux, par compartiments de cercles élevez les
uns par des arcs d'émail et de perles et les autres par des cintres de filigranes, accompagnez d'ornements et de perles.
Une croix d'or enrichie de quatre rubis et d'un saphir qui en fait le milieu, donnée par M. Guidon, chanoine.
Cette croix est signalée dans Tinventaire de 1 540, p. 1 1 1 .
Un tableau d'émail dans un quadre rond à feuillages d'or, représentant une Vierge assise tenant son fils, et à costé est un chanoine à genoux accompagné de ces mots :
3aco6\x6 be fCempfema*
Dans l'inventaire de 1 540, ce tableau est signalé, et Rouillard ajoute : « Un homme peint avec une couronne. » {Parthénie^ t. I, p. 198 et suiv.)
Une grande fleur de lys d'or, émaillée d'azur en demy-bosse, semée de petites fleurs de lys sans nombre. L'on voit sur le corps du lys un crucifix, et dans les deux fleurons, il y a une Vierge d'un costé et un saint Jean de l'autre. Au-dessous de la bande et dans la teste de la fleur de lys, il y a un chanoine priant avec ces paroles escrites sur un rouleau :
^pe^ pitié be moi^ ^eignewr, eefon boette miecticovbc.
Signalée dans l'inventaire de 1 540, Rouillard la décrit ainsi : « Avec un homme en manteau blanc, chaperon de mesme avec tonsure. » {Parthénie, t. I, p. 198 et suiv.)
Une grande rose composée de douze pointes qui sont remplies de perles de pierreries et de tétines d'or scizelées, ensuite desquelles est un tour de perles, d'émaux et de pierreries divisées par de petites bandes d'or soustenant un émail de diverses couleurs par compartiments.
Une couronne d*or de dix chattons garnis de rubis, ayant dans son milieu une estoile à six pointes d'émail vert, blanc et rouge.
L'on voit six de ces estoiles disposées en symétrie autour de. la grande chemise de fil de perles, trois d'un costé et trois de l'autre.
Une couronne de huit chattons garnis et ornez de feuillages au milieu desquels est une étoile d'émail à six pointes.
Une autre couronne d'or à huit chattons de mesme accompagnez de bobines cyzelées, ayant pareillement dans son milieu une estoile à six pointes.
Une aigle environnée d'un cercle d'or, dont les ailes, la teste et la queue sont émaillées; elle est ornée de quelques figures de croissants aussy émaillez.
Il est fort probable que nous nous trouvons en présence d'un travail byzantin rapporté de Constantinople par les croisés.
Un ouvrage de filigrane en forme de rose dont le tour est à douze pointes, enrichies de perles et de bobines cyzelées, ayant dans le milieu un compartiment de six émaux qui en soustiennent un autre dans leur centre.
Au milieu du toit ou couverture de la sainte châsse, il y a une grande rose d'or enrichie de 8 gros chattons de mesme, accompagnez de boules aussy d'or faisant le pourtour et le quadre d'un Reliquaire qui est au milieu, dans lequel on lit au travers d'un crystal :
Reliques de St Paul, de St Remy, de St Germain \ de la Ste Vierge, de St Cosme, de St Damien, du bois de la Croix et du Sépulchre.
' Patriarche de Constantinople.
Au-dessus de ce reliquaire est une grande Jacinthe dans un chatton rond de vermeil doré et au dessus est une grosse teste d'adolescent faite d'une agate enchâssée en or et ornée de pierres précieuses. Autour de ce reliquaire sont les pièces suivantes, remplissant le reste de la couverture :
Une rose d'émail par compartiments de filigrane environnée de douze boucquets tant de perles que de bobines cyzelées par troches de trois.
Une couronne d'or de six gros chattons ornés de feuillages et garnis de différentes pierres.
Une grande gironde d'or de quatre pouces remplies deplusieurs pierresdont quelques unes sonttaillées représentant des figures de testes accompagnées de différents animaux se jouant ensemble : au milieu de cette gironde est un grosse calotte pointue à gaudrons, enrichie autour et sur le sommet de pierres précieuses.
Un ouvrage de filigrane à douze pointes vuidées à jour chargées de perles et de pierreries au milieu desquelles est une rose d'émail dont le cœur est formé d'un rubis.
Une couronne de dix grands chattons remplis de pierres accompagnées de bobines cizelées, au milieu de laquelle est un ouvrage de filigrane enrichi de perle5( fines et d'autres d'orphéverie, environnant un émail chargé de quatre fleurs de lys aussi d'émaiL
Une autre couronne de dix chattons de mesmc ornez de fueillages, a^^antdans le milieu un fermai! dV>r cnrîchy de perles et de pierres autour d'un rubis.
Un quarré d'or à jour, portant une rose d'émail ornée de quatre rubis et d'autant de perles.
Une couronne de filigrane chargée àt 1 3 pierres pré-
cieuses au milieu de laquelle est un gros saphir en cabochon.
Une autre couronne de huit pierres précieuses en chattons accompagnez de petites calottes cizelées , ayant au milieu un ouvrage d'orphévrerie enrichy de perles autour d'un émail sur lequel est une petite croix blanche.
Un ouvrage de filigrane composé d'un cercle accompagné de 4 demy ronds de cercle, semez de pierres et de perles, ayant dans son milieu une grosse épincelle.
Une couronne de six gros chattons environnée de fueillages dans laquelle est un ouvrage de filigrane à seize pointes enrichies de perles fines et de perles d'or cizelées, au milieu duquel est un émail de couleurs bleue, verte et rouge.
Une rose de filigrane environnée de perles fines et d'or, chargée d'un cercle d'émail qui est renfermé dans d'autres petits aussi d'émail, accompagnez d'ouvrages de filigrane et au milieu desquels est une grosse perle fine.
Deux couronnes d'or de mesme fabrique, portant chacune deux chattons de rubis et de turquoises environnez de fueillages, dans l'une desquelles il y a une teste d'homme gravée sur une pierre et dans l'autre un saphir.
Une rose composée de trois cercles d'or posez sur une croisée aussi d'or et remplis de différentes pierres diminuante de grosseurs à mesure qu'elles approchent du centre, au milieu duquel est un gros chatton accompagné de 4 autres petits.
Un ouvrage de filigrane à douze pointes chargées de perles et de rubis environnant un compartiment d'émail à 5 angles, sur lequel est une pierre précieuse.
Une grande 0^ gotique, enrichie de pierreries, sur laquelle est une Salutation angéHque dont les figures sont de relief. C'est la dernière pièce la plus apparente de la sainte châsse, laquelle est en outre toute remplie de bagues, de perles, de pierreries et d'autres plus petits joyaux et présents dans les intervalles qui sont entre les principales pièces.
Le dessous de la châsse est remply d'une grande placque d'argent sur laquelle est gravée une Vierge et la figure d'un chanoine à genoux près duquel on lit ces mots « O^dttin
eueeque be (€ont6 ».
Nous devions nous demander comment saint Martin, évêque de Tours, avait pu donner une figure de chanoine placée sous la sainte Châsse, alors que cette dernière remontait à peine au delà du onzième siècle. Un manuscrit de la Bibliothèque de Chartres est venu nous éclairer • : « Le dessous de la châsse est rempli d'une grande plaque d'argent, sur laquelle est gravée l'image de la Vierge, et au-dessus des tours lui servant comme couronnement gothique, et à ses pieds la figure à genoux d'un chanoine qui les embrasse, sont ces mots : Martin, évesque de Tours. » Dans le texte, ces mots ont été rayés et remplacés en lettres fort anciennes par « FRAMAVDVS sacerdos canon icus 5" Martini Turonensis dédit hoc y*. Je me suis informé à Saint-Martin de Tours quand a vécu ce Framaudus ; on n'a pas pu me le dire, le nécrologe ayant été brûlé par les huguenots.
Et enfin sur les deux pignons et sur le milieu du faiste Ton y voit en amortissement trois grosses boules couvertes de très belles perles '.
Reste à remarquer que celuy qui a fait couvrir d'or cette sainte châsse se nommait Teudon, homme de qualité comme il parroist par le nécrologe de l'église, qui
' Ms. loii, p. 1 17. Bibliothèque de Chartres.
' Ces boules ont changé en des bouquets en forme d'aigrettes de perles ; au haut sont des crystaux. (/.)
porte qu'outre cette libéralité ce fut luy encore qui fîst bastir le frontispice de la porte Royale qui est entre les deux clochers de Téglise et qui contribua aussy beaucoup de ses moyens à la couverture de cette mesme église'.
La châsse ne fut pas ouverte depuis Teudon jusqu'en 1712, quoi qu'en dise Janvier de Flainville, qui prétend qu'Edouard d'Angleterre en i36o', lors de son entrée à Chartres, après la paix de Bretigny, demanda qu'on lui fît voir la relique '. Henri IV demanda aussi à voir la sainte Chemise le jour de son sacre; mais les chanoines ayant cherché quelque temps vainement la clef, le Roi se décida à les remercier de leur empressement, sans attendre plus longtemps*. Au dix-septième siècle, on introduisit une petite baguette d'or à l'intérieur, pour sentir ce qu'il y avait, parce qu'on ne pouvait l'ouvrir. Il est certain qu'elle devait être semblable, comme fermeture, à la châsse d'Aix-la-Chapelle, que le Père Martin eut tant de peine à se faire ouvrir en 1 840 *, l'ancienne orfèvrerie se contentant de recouvrir de plaques d'or un châssis en bois fort épais. Nous en avons du reste un exemple dans les petites châsses byzantines, où les plaques d'émail sont simplement clouées sur un bâti de bois à peine dégrossi.
Nous trouvons dans le Cartulaire de Chartres une charte que signe en 1 106 un Teudon. D'un autre côté, il est inscrit dans le nécrologe appartenant à la Bibliothèque de Saint-Étienne, antérieur à 1120. L'obituaire lui attribue la construction du portail royal • qui est du douzième siècle et la couverture de la châsse : il ne paraît donc ptis possible d'avoir de doutes sur l'époque à laquelle la châsse fut couverte de plaques d'or, et nous ne devons pas le confondre avec un autre Teudon, qui fit le portail de Saint- Père en Vallée en 991, sous Charles le Simple, que signale Brillon comme figurant dans les archives de Saint-Père et dans l'obit du même couvent"'.
* En 1706 on pesa la sainte châsse^ en Testât où elle est avec son branquart; elle est du poids de 93 livres. (/.)
' Pièces justificatives, i36o, p. 106.
' Ms. ion. Bibl. de Chartres, p. 336.
* Sacre du roi Henry IV. Arch, d*Eure-et-Loir. G. 447, G. 447 bis.
* Mélanges d* archéologie , t. II, p. 235.
<» Nécrologe de N. D. de Chartres, xviii des kalendes de janvier, t. III, p. 221.
^ Bibl. de Chartres, ms. iqi i, p. 77. Reliq,
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