‹ Le tresor de Chartres: 1310-1793Chapitre 38 sur 70 · SECOND TRÉSOR · texte numérisé non relu

SECOND TRÉSOR

Le second trésor est semblable au premier tant en son dessein que dans sa situation, car on Ta élevé du mesme ordre d'architecture et du costé opposé affin qu'il y eut une mesme symétrie des deux costez du grand autel. Toute la différence qui s'y peut remarquer est qu'il y a sur le haut du dosme de celuy-ci une figure de S** Anne montrant à lire à la Sainte Vierge. L'on voit aussi dans les deux niches des costez de la porte, un S* Joseph et un S* Joachim, et au lieu des armes de Marie de Médicis, qui sont au premier, celles de la Reine Anne d'Autriche épouse de Louis i3, sont sur le second, comme estant celle qui a fait présent de ce beau cabinet, ayant donné trois mil livres pour le bastir et fut finy et achevé en 1662. Comme il est pareil au premier, on n'en fera pas une nouvelle description, puisque ce qui se trouve sur l'un se rencontre sur l'autre.

L'on voit à main gauche en y entrant, une grande châsse de bois doré', dont les principales faces sont composées de portiques enfoncez dans lesquels on a figuré des cœurs enflammez et d'autres ornements. Il y a un

^ Donnez par un duc d'Orléans, hauteur i8 à 20 pouces. (/.) ^Hauteur 3 pieds 5 pouces, largeur i3 pouces, hauteur 21 pouces. (/.)

évesque sur Tun des bouts tenant une crosse et sur l'autre une chemise de Chartres.

Il y a dans cette châsse deux sacs, l'un de velours rouge cramoisy et l'autre de salin bleu. Le premier renferme plusieurs petites boëtes et paquets où sont les reliques suivantes :

De Beata Anna Matre Beatae Marias.

De lacté Beatse Mariée Jacobi.

De vestimentis B. Marias Magdalenae.

De tunica et cilicio Beati Yvonis halauri *.

De loco montis Calvariae ubi Jésus Christus crucifixus fuit.

Uncia digiti S" Romani Episcopi et confess. qui dcmisso episcopatu in Anglia, vixit in eremo in minori Britannia et ibi finivit vitam in Christo.

Digitus S** Potentiani, archiepiscopi et martyris.

Reliques de S** Colombe.

De lapide ubi Christus lavit pedes discipulorum.

Le coutel de M' S* Thomas, à manche d'y voire et virollé d'argent *.

De sepulchro Christi Domini nostri.

De sancto Stephano Pontif. et martyr.

I Donnez en 1348 par Roger, arche vesque de Bourges, qui les avoit apportez de Bretagne. (/.)

* Et seint Tomas de Canteorbere,

De cui sanc ot illuec partie, Et son coustel d*auceserie.

{Poème des miracles de Jehan Le Marchand.)

C'est le couteau de saint Thomas de Cantorbéry, apporté en 1 177 par Jehan de Salisbury, nommé évéque de Chartres; il l'otfritau trésor avec un vase précieux renfermant du sang du Bienheureux Thomas. Cartularium B, M. Camutensis, 1. 1, p. 21. — V. Inventaire de i322. Pièces justificatives, p. 10 1.

II n'y a seulement qu'un manche, encore est-il cassé et sans virolIe. (/.)

Reliquiae S** Eustachij.

Pierre du torrent de Cédron.

Du Tombeau de Lazare.

Des pierres sur lesquelles Nostre Seigneur marchoit lorsqu'il dit : « Noliteflere super me, »

De lapide Getzemani.

De monte Sion.

De Portis Aureis.

Reliques de S* Jacques et de S** Mesme.

Dans le second sac qui est de satin bleu, il y a trois autres petits sacs attachez ensemble pleins de reliques sans nom.

Il y a encore dans cette châsse plusieurs autres ossements de saints, la plupart consumez par le feu et dont les noms ont esté perdus, de mesme que celuy d'un chef qui est enveloppé avec le tout dans un linge. L'on tient que c'est celui de S* Gervais', martyr, parce que les cartulaires portent qu'il y en a eu un dont on fut obligé de se servir du Reliquaire d'argent qui le renfermait pour des nécessitez urgentes. La mesme chose a pu arriver à celuy d'une coste de S* Odilon, abbé, donnée en 1347, laquelle ne se trouvant plus exposée a pu estre renfermée dans cette châsse en mesme temps que le chef de S* Gervais avec lequel il y en a une sans nom '.

* En i562, fut vendu le reliquaire de Saint-Gervais, d'argent doré, pesant 6 marcs. Ce chef n'est composé que du devant ^u crasne, le reste de la teste n'estant formé que de petits sachets cousus ensemble remplis d'ossements soustenus par des osiers. L'on en a ouvert plusieurs pour y trouver quelqu'escrit ou nom, mais inutilement, il semble qu'il y ait eu deux pareils chefs. (/.)

N« 9, Inventaire de i562. Pièces justificatives, p. 116."

- Elle n'est pas entière. (/.)

Voir l'inventaire de i562. Nous n'avons plus les registres capitulaires de cette époque. •

Proche de cette châsse est un reliquaire de vermeil doré en forme de donjon eslevé sur un pied d'estail par 8 colonnes semées de fleurs de lys; le couronnement est en plate forme, orné d'agates et d'amétistes eslçvées sur les bords en manière de vases. Au milieu de cette plate forme, il y a un ange à genoux ayant les aislcs ouvertes et portant une boëte quarrée renfermant un morceau d'une ceinture de la Vierge.

La voûte de ce couronnement est faite en cul de lampe dont la pointe est formée d'une onice taillée représentant un homme a my-corps tenant un livre, et autour il y a plusieurs rubis et éméraudcs : cette voûte sert de ciel à trois reliquaires d'or qui sont dans le donjon.

Celui du costé de main gauche est un cylindre de crystal fermé de vermeil dans lequel est un morceau d'une coste de S* Louis, Roy de France, sur un taffetas rouge; cette relique a esté donnée en 1407 par le comte de Vendosme.

Dans notre premier inventaire de i3io*, nous voyons « imaginem Ludovici argenteam », probablement un reliquaire fait au moment où Boniface VIII, le 1 1 août 1 297, venait de déclarer saint Louis IX. Philippe le Bel, dans la distribution qu'il fit des reliques de son grand-père, n'oublia sans doute pas l'église de Chartres, à laquelle il devait, quelques années plus tard, apporter ses armes et les pendre en ex-voto à la chapelle de la Vierge.

C'est la fin du treizième siècle, l'époque à laquelle les reliquaires en forme de tombeaux sont remplacés par des statues et des bustes •.

Nous retrouvons encore cette y maige de S* Loys^dans l'inventaire de 1545, n*» II, tenant une coste dudit S* Loys. Il est probable que le comte de Vendosme ayant donné la côte dans le cylindre de cristal; on la. fit porter à la statuette qui était dans le

ï Pièces justificatives, p. 100.

* Labarte, les Arts industriels au moyen dge et à l'époque de la Renaissance, t. II, p. 1 1 .

3 Pièces justificatives, p. 112.

trésor, et qui contenait peut-être déjà quelque relique de Louis IX. Cette côte fut mise, au moment du sacre de Henri IV, dans la châsse de saint Serge et de saint Bacche.

Dans celuy du milieu qui est une petite boëte quarrée longue d'or^ay^nt une fleur de lys au dessus avec un rubis balais. L'on y voit du lait de la S*' Vierge qui est naturel, mais caillé et séché. Le derrière de cette boëte est orné d'une Vierge d'émail.

Le dernier de ces trois reliquaires est comme une tour de cristal dont le pied et le toit est d'or enrichy de perles et de rubis.

Il y a sur le haut du comble, en amortissement, une nacre de perle formée en perle d'une grosseur extraordinaire; sur l'amortissement se lit : « lilnU6 attictlCue

be^trae manne ^" iZnbo'Sici 0^atcUiaç. » Il ren^

ferme le pouce de la main droite de S* Louis de Marseille, cordellier et évesque de Toulouse et cousin du Roy S* Louis '. Il a esté donné en 141 o par le duc de Berry * qui Tavoit eu du Roy de Cicile son neveu; les lettres de ce Duc* expédiées en son chasteau de Melhun sur Yeure, portent que cette relique estoit accompagnée d'une figure d'or représentant l'évesque S* Louis, laquelle apparament a esté employée au mesme usage que le bust du chef de S* Gervais et le reliquaire de S* Odilon *.

Clémence de Hongrie meurt le i3 octobre i328 : dans son testament nous lisons : « Item, nous laissons et donnons à nostre très-chier seigneur et tres-amé cousin le Roy de France, nostre image de Monsieur S* Looys, fait en manière d'évesque, qui tient son doit, ainsi comme il est à tout son doit dessus dit. »

* Les reliques de ce saint reposent aux Cordeliers de Toulouse.

' Archives d'Eure-et-Loir. G. 444.

' Pièces justificatives, p. 108.

*Ce fut en i562 que toutes les reliques de l'église furent portées par

Nous nous permettrons, grâce à l'inventaire d'aujourd'hui, de ne pas partager Tavis de M. Douet d'Arc'. En soulignant le mot doit^ il ajoute un peu plus loin qu'il faut entendre par là toute bague qui a plusieurs pierreries. Ici, avec l'explication que nous avons, « unus articulus dextrae manus », nous devons entendre le doigt de la main : reconnaissons d'ailleurs que saiis ce renseignement, il était impossible de comprendre cette expression.

Cette statuette disparut certainement avant 1 345, puisque dans notre inventaire, où est mentionné Tymage de S* Loys, on ne relève qu'un petit reliquaire d'or contenant le doigt de S* Loys de Marcille : n* 5i.

Le pied d'estal de ce donjon est de cuivre doré, il est sQustenu sur trois grosses consoles en manière de pattes de griffon, il y a sur le devant une cartouche aussi de vermeil remplie d'une chemise de Chartres d'argent sur un fond émaillé de bleu.

En suite de ce donjon et sur le fond du trésor, il y a une grande châsse couverte de vermeil doré par compartiments de lozanges remplies de fleurs de lys •; elle renferme le corps de S* Turien (s*" Turianus), évesque de Dol en Bretagne, qui vivoit du temps de Charles le Chauve et mourut vers 841 '.

l'ordre des commissaires du Roy dans Thostellerie de la Fleur de Lys, attenant à la montée de la porte Guillaume, où ils estoient logez et où on apprétia toutes les argenteries et les pierreries, lesquelles furent conduites ensuite à Paris et vendues par Tordre du Roy; Ton en rachetta partie; il n'y a que la sainte châsse, comme on Ta remarqué cy-dessus, qui ne sortit pas de Téglise, les habitants ne l'ayant jamais voulu permettre, et donnèrent des ostages pour la représenter; de dessus laquelle on osta néantmoins 40 belles pièces d'or de plusieurs histoires, ce quMl y avait de beaux rubis ballez, d'émeraudes et les plus belles perles pour estre aussi vendues. (/.)

Dans le Ms. 10 14, p. 642, nous trouvons les remontrances des habitants faites aux commissaires et consignées sur le procès-verbal à propos de Tenlèvement de la sainte châsse.

' Douet d'ârc. Nouveau Recueil de comptes de Vargenterie des rois de France, Paris, 1874. P. 10 et 48^ n* 86.

^ Longueur 23 pouces, largeur 14 pouces, hauteur 3o pouces. (/.)

' Les religieux bénédictins de Saint-Germain de Paris disent en avoir le corps; Thistoire de la vie de ce saint qui se lit dans le bréviaire de Chartres le dit aussi. (/.)

Ce S* est représenté de relief sur un des bouts de la châsse, dans un portique enrichy de pierreries et composé de dix colonnes isolées sur lequel il se lit :

« i^îc ennt îRefiquiae ^'* (tntianu »

L'autre bout est aussy orné d'un portique dont les jambages sont deux arcs boutans d'ouvrage antique, de vermeil à jour. Il est remply de la figure d'un évesque tenant sa crosse autour duquel sont les deux vers suivants :

Hœc nitet Hugonis argento capsa decani

Quem Deus in cœlis merito hoc mediante coronet.

Ce fut M' Hugues de la Ferté au Vidame (petite ville des environs de Chartres) Doyen de Chartres, comme il paroist par ces vers et qui depuis en fut évesque, qui le fit couvrir de vermeil vers l'an 1200 '.

Le bord et le faiste de la couverture sont accompagnez d'ouvrages à jour faisant une espèce de balustre. Il y a sur les extrémitez du faistes, deux boules cizelées de vermeil, servant d'amortissements aux pignons. Le bas de la châsse est environné d'un rang de diverses sortes de pierreries*.

Le chef de S*' Anne' est ensuite de S* Turien, dans la place la plus honorable de ce trésor, comme estant la relique pour laquelle ce second cabinet a esté construit *.

' V. Cartulaire et Nécrologe de Chartres, t. III, p. 106, et Souchet, Histoire du diocèse de Chartres, t. III, p. 24.

* Pour les reliques de saint Turien, voir le P. Mabillon : Extrait des actes des saints de l'Ordre de Saint-Benoît, p. 593, V partie du troisième siècle, et Histoire de France de Aymoin, Bénédictin : b* livre, c. 41, p. 348. (D'après le ms. loi i.)

« Hauteur 20 pouces. (/.)

* A Orcan, près Noyon, dans Tabbaye des Bernardins, on montre aussi

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