‹ Le tresor de Chartres: 1310-1793Chapitre 39 sur 70 · COUVERTURE DE MISSEL EN EMA · texte numérisé non relu

COUVERTURE DE MISSEL EN EMA

inférieure et quelque partie de la supérieure. Il a esté donné en 1 204 par Louis comte de Bloys et de Chartres. Il l'avait envoyé de Constantinople à Catherine, sa femme, pour en faire présent à Téglise avec une grande pièce de drap d'or dont il estoit enveloppé'. Ce prince estoit pour lors à l'expédition de la Terre Saincte où il mourut ayant été tué devant Andrinople. C'est sur cette relique que les chanoines font le serment à leur réception dans la cathédrale •.

Il y a un fort long travail à faire sur le chef de sainte Anne : nous en avons de'jà réuni les matériaux. Ce chef fut à Chartres Tobjet d'un culte particulier. Aussitôt reçu de Catherine de Blois ^, les chanoines créent un office spécial, ils cessent de prêter leur serment sur le chef de saint Théodore *. En 1276, le chapitre décide qu'une garde spéciale veillera sur le chef de la sainte {de custodia capitis Béœ Annce)^ et qu'il en sera payé huit sols au chapelain qui le gardera. (Registres de l'œuvre et Cartulaire de N. D. de Chartres, t. II, p. 197 )

Un bust de vermeil doré représentant un évesque ayant une mitre en teste (hauteur 26 pouces) enrichie degros chattons, garnis de toutes sortes de pierreries *. Il est revestu d'une chappe dont le col est bordé d'une orfraye d'émail

du fauxbourg de S. Jacques de Paris quand le Roi Henry 3 (Henry 4, il y a certainement erreur) fut devant ledit Paris à la Toussaint 1589. Les Souisses du Ré ayant prins les fauxbourgs, un desdits capiteines souisse nommé Michel Lalegt prist ledit housement, estant en un cristal perse garni en argent, le tout doré, garny de pierre fine, le xij de ault 1593 fut mis icy ledit housement. (/.)

1 II lui tomba en partage lors de la prise de la ville par les chrétiens. Souchet, chanoine de Chartres, qui était à même de la voir, nous dit dans son Histoire de Chartres qu'il n'y avait que le crasne ou derrière de la teste. T. Il, p. 55o.

' Ce buste est catalogué dans l'inventaire de i562, n<> 5, et dans celui du 26 brumaire an II. Pièces justiticatives, p. 116, 122.

' Biblioth. de Chartres. Ms. 1014, t. III, p. 89. — Nécrologe deN, D. de Chartres, 12 des kalendes d'octobre et 17 des kalendes de mai.

*Bibloth. de Chartres. Ms. 1014, p. 166.

^ Catalogué dans l'Inventaire de i562, n® 3, et dans celui du 26 brumaire an H. Pièces justificatives, p. 1 16, 122.

sur laquelle est peint en de petits tableaux aussi d'émail la vie de saint Lubin évesque de Chartres, dont le crasne est renfermé dans le bust '. Ce saint estoit de Poitou.

Entre ce bust et celui de sainte Anne % il y a contre la muraille un petit tableau de vermeil doré fermant à volets dans lequel il y a du bois de la vraye Croix. Il est porté par quatre anges. Les deux qui le tiennent par en bas sont debout, et ceux d'en haut sont représentez en l'air, les aisles estendues. Il est appliqué sur une croix d'orphévrerie, enrichie de pierreries. M. Jean Hervé, chanoine de Chartres, qui l'avait apporté de la Terre sainte, l'a donné à l'église '.

Proche du chef de saint Lubin, il y a un calice de vermeil avec sa pateine (hauteur 6 pouces) dont le pied est à 8 pans, sur lequel est peint en émail quelques histoires de la vie de Nostre-Seigneur. Il se voit aussi sur la couppe quelques uns des apostres représentez. C'est le calice de saint Yves évesques de Chartres qui mourut en 1 1 1 5 ; ce fut lui qui fit faire le beau jubé de l'église appelé Ambo à cause de ses deux escaliers.

Le chef de saint Mathieu * apostre et évangeliste, renfermé dans un bust de vermeil doré, ayant sur les espaules une forme de mante antique (hauteur 17 pouces) *. Il y a sur le haut du front un boucquet de cheveux de vermeil

* La calotte ou haut de la teste seulement. (/.]

' Hauteur 5 à 6 pouces, largeur 4 à 5 pouces. (/.) ^ ' U devait accompagner en Terre sainte, lors de la première croisade, Etienne, comte de Chartres et de Blois, et revint sans nul doute avec Herpin, qui seul échappa au massacre de Ramla (19 mai 1102). Sou- CHET, Hist, de Chartres, lib. IV, t. II, p. SSy. V. Pièces justificatives, p. 99.

* Catalogué dans l'Inventaire de i562 et dans l'Inventaire de brumaire an II, p. 116, 122.

* En Bretagne, à l'abbaye de Saint-Mathieu, le corps de saint Mathieu y

qui se lève pour laisser voir le crasne du saint. Au bas du bust est un reliquaire fait en manière de portique couvert dans lequel il se voit, sur un satin rouge, un morceau du derrière du chef de ce S* Apostre dont le bust renferme la teste, puis la mâchoire d'en bas (ce reliquaire pèse 2 marcs 6 onces d'argent) *.

 peine le chef de saint Matthieu est-il dans le trésor que la piété des fidèles apporte des objets précieux pour le décorer. Le nécrologe de Chartres nous dit, au IV des Ides de septembre, qu'Amice, comtesse d'Evreux et de Montfort, • donavit eidem. ecclesie vas preciosum, argenteum deauratum, quod largo sumptu de proprio fecit studiose componi et miro opère atque gemmis eleganter formari, ad reponendum caput beati Mathei apostoli et evangeliste^ », MM. de Lespinois et Merlet nous indiquent pour cette donation, d'après l'écriture, 1 1 90 environ, mais il est possible de se tromper de quinze années à huit siècles d'intervalle; Amice ne put faire ce beau présent qu'après que Gervais eut offert à réglise le chef du saint, à son retour des croisades, en 1204.

Nous donnons aux Pièces justificatives les différents marchés qui furent passés entre le chapitre et Jehan Duhan, pour la confection du chef de saint Matthieu en i353 '.

Cette relique * a esté apportée de Constantinople en 1 2o5 par un comte de Chasteauneuf nommé Gervais % lequel en fist présent à l'église à son retour de l'expédition de la Terre sainte, en reconnaissance de quoy le chapitre luy

a esté, il n^y a plus que le chef, le reste a esté pillé par les Normands. 2* note. Le corps de saint Mathieu est à Salerne au dessous de Naples^en Italie. (/.) ' Pièces justificatives, p. 1 16, 122.

* Cartulaire deChartreSy t. III, p. 173.

* Pièces justificatives, p. 107.

* Mess" de Beauvais disent avoir aussi ce chef comme le patron de leur église. Les Bénédictins disent l'avoir dans leur abbaye de Saint Mathieu de Fine terre, en basse Bretagne. M. Tavernierdans son Voyage de Perse dit qu'au couvent de Saint-Estienne près Tauris en Perse on y voit le crasne de Mathieu l'apostre. (/.)

* Fondation pour son anniversaire en 1202. Archives d'Eure-et-Loir. Inventaire du chapitre, t. IV, p. 189.

DE L'ÉGLISE DE CHARTRES. fi

fait tous les ans un obit le dernier jour de Febvrier '.

Une main de vermeil doré sur un coussin de mesme (longueur 7 pouces, largeur 5 pouces, hauteur 5 pouces) posé sur un stylobate orné de rubis balets et agathe. L'on voit sur le dos de la main un écusson gravé portant trois foyers, deux et un, surmonté d'une estoile, et audessus del'écusson est une mitre passée dans une crosse*.

Il y a sur le poignet un reliquaire dans lequel l'on voit deux morceaux d'ossements portant cette inscription : De Sto Stephano, qu'on dit estre du premier pape de ce nom, et qui souffrit sous Valérien, l'an 260 de Notre- Seigneur. Ce fut à la prière de ce saint que le Temple de Mars tomba en partie, lorsqu'on l'y mena pour sacrifier.

Cette main est le commencement des reliquaires et joyaux qui sont du costé droit de ce trésor, derrière laquelle il y a un grand calice d'argent avec sa pateine pesant douze marcs et demy dont le pied est partie à pans et partie en demy cercles, sur lequel sont les armes de M. le mareschal Dornano, nommé Alphonse de Scorce, qui en fist présent en 1602 le jour de la Chandeleur.

A costé du reliquaire de saint Estienne est le chef de saint Théodore % martyr, enfermé dans une châsse à six faces, surmontées de frontons dont les tympans sont remplis de roses d'émail, et au-dessous règne un cordon de pierres précieuses faisant le tour de la châsse. Aux six angles, il y a des colonnes de vermeil sur le haut des-

* Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. III, p. 53.

* Armes de M' Jacques Fourré, natif de Mainvilliers près Chartres, évesque de Chalons. (/.)

' Indiqué dans l'Inventaire de i562.

quelles il y a de grosses agates ovales en forme de vases '.

La figure de saint Théodore est gravée sur la principale face, et au-dessous est une onice taillée représentant le bust de l'empereur Maximien sous qui ce Saint souffrit le martyre. Il y a plus bas une petite fenestre fermant à deux volets peints de rouge, sur lesquels il se lit en lettres d'or : « Le chef de M. Sainct Théodore », et au travers d'un crystal l'on voit dans la châsse la relique du saint. Sur le haut du fronton de cette face, il y a un vase de crystal taillé.

La couverture de cette châsse est composée de six noues et d'autant de faistes qui se réunissent tous au milieu du comble à un poinçon sur lequel est une grosse boule de vermeil qui sert de couronnement à ce beau reliquaire qui est meslé de vermeil doré.

Il a esté donné en 1 1 20 par Gepfroy de Lèves, évesquc de Chartres, lequel estant allé à Rome, comme un des légats du St Siège, en rapporta le corps, qu'il déposa

* Hauteur 17 pouces, largeur 9 pouces. Il n'y a qu'une calotte du chef, mais fort grande, prenant immédiatement au-dessous du nez; le dedans est enduit de poix ou de mastic noir. Il y a dans cette châsse deux escrits en parchemin, l'un de 1678 de Mess" les commis à l'œuvre qui certifient que dedans cette châsse est le chef de saint Théodore qui estoit autrefois, dans une châsse d'argent doré, laquelle fut prise avec plusieurs autres pour les nécessitez du Royaume sous Charles IX, et fut remis dans cette châsse sous Henry 3, laquelle fut béniste par M' de Thou évesque; l'autre escrit est un certificat de Pierre Mahon orph. qui atteste avoir refait cette châsse en 1376 et que le chef qui est dedans avoit esté dépouillé de sa i*"* châsse qui pesoit 19 marcs d'argent doré au temps de Charles IX, et qu'il fut encore pris en mesme temps en ladite église 120 marcs d'or, et 6 à 700 marcs d'argent de toutes sortes d'ouvrages des reliquaires de réglise par ordre du Roy, à cause des nécessitez du Royaume pour écarter les hérétiques, et qu'il fut bien osté de dessus la s" châsse 40 belles pièces d'or de plusieurs histoires, ce qu'il y avoit de beaux rubis baletz, émeraudes et belles perles qui furent vendues en i562 et par lui estimez à loooo liv., tant l'or, argent que pierreries et perles et qui furent employées pour le Roy et pour retirer les terres du chapitre vendues par ordre du Roy. (/.)

dans son abbaye de Jôsaphat qu'il avait fait bastir '. Ce St fut bruslé pour la vérité de l'Évangile après avoir mis lui-même le feu dans le temple de Sybelle la mère des Dieux*. Cestoit sur cette relique que les chanoines faisaient autrefois à leur réception le serment d'estre nez de légitime mariage, avant qu'ils eussent le chef de Ste Anne sur lequel ils le font à présent '.

Un reliquaire composé de deux cylindres de crystal en manière de croix, l'un posé de champ et l'autre debout *. Dans celui qui est couché, il y a des reliques de St Luc évangéliste et de St Vincent martyr. Les deux bouts en sont fermés par des couronnes de vermeil, et sur le milieu est élevée une croix accompagnée d'une lance et d'une esponge. Ce reliquaire est porté par un chérubin ayant les aisles estendues sur le haut du second cylindre qui est debout et taillé à pans, au travers duquel on lit sur un veslin :

De Sti Marci evangelistae corpore.

Dens Sti Sixti primi Rhemorum Pont.

Ce cylindre est posé sur un pied ovale de vermeil doré orné des instruments de la Passion. Il y a sur le milieu de ce reliquaire un beau rubis ovale d'un costé et une émeraude de l'autre.

Un reliquaire appelé des Maries*, fait d'un cylindre de

* Près de Lèves, village voisin de Chartres. (/.)

* Le 27 septembre 1670, M»" de Neuville évesque de Chartres leva les ossements de ce saint qui estoient sous l'autel de la chapelle saint Maur de l'abbaye et les mist dans une châsse qui se conserve à l'abbaye. (/.)

' D'après Nicolaus Thingeyrensis, le chef de saint Théodore était dans un palais de Constantinople. C* Riant, Exuviœ sacrce Constantinopolitance, t. II, p. 214.

* Hauteur i3 pouces, longeur 6 pouces, cylindre de champ. (/.)

* Hauteur 1 1 pouces, longueur du cylindre 3 pouces. (/.)

crystal taillé à pans et couché, sur lequel il y a une Vierge tenant son fils. Il est posé sur la cyme d'un petit donjon antique d'orphévrerie à jour dont la base est un pied de vermeil doré à six pans ornés de lézards. Ce cylindre est remply des reliques suivantes dont les noms se lisent au travers du crystal, sur deux morceaux de vélin qui en font les deux faces : sur celuy du devant il se lit :

Hic sunt istœ reliquiœ : \* De lacté Beatœ Virginis.

De ligno crucis béait Pétri apostoli.

De ossibus Beatorum Paiili et Bartholomei.

De ossibus B. evangelistorum Lucœ et Marci.

De Sancta Margareta.

Sur le veslin qui est au derrière, il y a, comme une suite du précédent :

Ceciliœ; Vincentij ; Nicasii ;

Germani Paris., Eîigij Noviomen, \

Et Evurtij Aurel. * episcoporum; Ydoli

Abbatis; Dens Sti Sixti primi^

Remorum pontijîcis, de vestibus Bernardi abbatis.

Toutes ces reliques sont dans un pacquet de tafetas rouge avec lequel il y en a un autre, où il y a des ossements des Maries meslez avec de la terre de leur tombeau, et c'est d'où ce reliquaire a pris son nom, car il fut présenté en 1449 sous ce titre par M. Tarchevesque de Tours, qui le porta luy-mesme en une procession qui fut faite dans une église en chappe de soye pour leur réception.

Un grand calice.

' Saint Eloy, évesque de Noyon.

' Evurtius, évesque d'Orléans.

•' La dent ne s'y trouve plus. Elle a été reportée dans le reliquaire précédent.

Une Vierge d'argent * tenant son fils sur le bras gauche et une pomme de la main droite. Elle est sur un pied ovale en bosse; proche d'elle il y a une femme à genoux dont les armes sont sur le devant du pied. Elle représente Mad* Marie de Luxembourg, veuve de Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, laquelle a donné cette figure en reconnaissance de la guérison qu'elle obtint en 161 8 par l'intercession de la Ste Vierge pour Mad* la duchesse de Vendosme sa fille, qui estoit abandonnée des médecins, comme il se voit sur le bout du pied où l'on a gravé ce qui suit :

Cette image est donnée par la duchesse de Mercœur pour accomplir un vœu quelle a fait à Nostre-Dame de Chartres pour la duchesse de Vendosme sa file qui estoit à l'extrémité de maladie dont elle a guéry. 161 8.

Ensuite de cette figure, il y a dans un enfoncement proche la porte de ce trésor, deux grands chandeliers d'argent d'environ cinq pieds de haut (pèsent 40 livres chacun, valant 80 marcs, qui font en tout 160 marcs) dont l'ordonnance est composée d'une grande base formée de trois cartouches portées par autant de griffons et remplies des armes de France; au-dessus de ce pied est un gros vase en cul de lampe sur lequel est une colonne accompagnée de ses moulures portant un balustre en fusée au haut duquel est le bassin où se posent les cierges *.

' Hauteur i3 pouces. (/.)

* Présentés le 24 août i632 par Mad« la marquise d'Alluye, de la part du Roy Louis i3. F^e Roy fist un pareil présent dans le mesme temps àSaumur et à N. D. de Liesse. Ces deux chandeliers ne sont pas égaux en hauteur, il y a peu de différence néantmoins; Ton dit qu'ils furent dépareillez par mégarde lorsqu'à Paris on en fist la distribution. Ceux de Saumur ne sont pas égaux non plus. (/.) V. Pièces justificatives. Invent. 1792, nf* 106, 107, p. 120. On retrouve justement cette différence entre les deux flambeaux. •

/ C'est un présent que fist le Roy en lôSy. Il donna aussi 5oo livr. de rente à prendre sur la généralité d'Orléans pour y entretenir des cierges de cire blanche pendant les services des grandes festes.

Au-dessus de la porte de ce lieu et du reliquaire des Maries, Ton voit les armes de guerre dont on dit que Philippe 4 le Bel estoit revestu à la bataille qu'il donna aux Flaments à Mons en PucUe, entre l'Isle et Douay, où il défit le 1 7 aoust 1 3o4 six mil hommes ' . Ce roy s'estant en cette action trouvé dans un péril évident de sa personne se voua à la Ste Vierge, et après s'estre tiré du péril et avoir remporté la victoire, il vint à Chartres en rendre grâces à Dieu, et y offrit ses armes qui consistent en un casque couronné d'or, une cotte de maille, et un coltin de mesme, un corcelet couvert de satin rouge et semé de clous dorez, une cotte d'armes de velours violet, sur laquelle sont six grandes fleurs de lys d'or en broderie, trois devant et trois derrière, une camisole de sandal* brocquart rouge picqué, ayant au costé droit une teste de lion en broderie d'or tenant en ses dents une grosse boucle de vermeil, des cuissarts, des brassarts, des brodequins, des gantelets dont les doigts sont chargés de bossettes de vermeil doré taillées en pointes de diamants, un sabre couteau ou petite épée ayant son foureau de velours dont la boutrolle et la virolle sont semez de dauphins et de fleurs de lys; la garde qui est aussi de vermeil porte sur son pommeau

1 D'après les registres capitulaires de l'église, quelques historiens en mettent jusqu'à 25,ooo. (/.) V. Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, t. II, p. 246.

* Dans les inventaires du quatorzième siècle nous le trouvons écrit cendal. C'était une étoffe de soie se rapprochant du taffetas.

LES ARMES DE PHILIPPE LE BEL ET DU DAUPHIN CHARLES ^ [Uiatc de Chartrei.J

deux écussons du Dauphin de France. Ce coutteau est attaché par une boucle à un ceinturon violet fort étroit semé de fleurs de lys et de dauphins de vermeil.

Il donna aussi son cheval dont la représentation a esté longtemps exposée contre le gros pillier de la croisée de la nef du côté de l'épistre, laquelle estant tombée de vermouleure et de pourriture n'a point esté restablie. Il fonda aussi un service solennel le 17 d'aoust, appelle Nostre-Dame de la Victoire en mémoire de celle qu'il remporta à pareille jour en i3o4 par les secours de la Ste Vierge, à laquelle il fist aussi présent de cent livres de rente à perpétuité; Ton expose ses armes au jubé du costé de la nèfle jour de cette feste \

Il y a bien de l'apparence que ces armes ne sont pas pourtant celles de Philippe le Bel, puisqu'elles portent des dauphins meslez de France, estant certain que le Dauphiné n'appartenait pas encore à la couronne; joint à cela qu'elles sont si petites qu'à peine un enfant de 12 ou 1 5 ans s'en pourroit-il servir et par conséquent eussent-elles esté moins propres à Philippe, qui estoit un homme fait, âgé de près de 40 ans lorsqu'il gagna cette victoire. Ce qu'on en peut dire après beaucoup de recherches est que celles de ce Roy ne paraissent plus, et que celles-cy sont celles de Charles V dit le Sage, qui fut le premier Dauphin de France, et qui estant Régent du royaume pendant la détention du Roy Jean son père en Angleterre (en i36o), fist la paix avec l'Anglais dans Brétigny village proche de Chartres, n'ayant pour lors que

* Elles ont esté vendues. (/.) Celles qui ont été vendues le 1 3 juin 1 525, moyennant 25 écus soleil, étaient les armes de François Le Vavasseur, seigneur d'Eguilly et sénéchal de Rouergue.

8o INVENTAIRE DES RELIQ.UES

dix à onze ans; aussi nos anciens les ont-ils toujours appellées les armes du petit Roy. Comme cette paix fut conclue à la veiie de TÉglise et par miracle visible de la Vierge, Tarmée des Anglais qui estoit extrêmement nombreuse et puissante, en état de s'emparer du Royaume, ayant esté foudroyée par une tempeste horrible dont celle des François qui estoit faible et en très-petit nombre fut préservée dans le moment qu'elles estoient prestes d'en venir aux mains, ce prince vint à Chartres en rendre grâces à Dieu et à la Vierge, et y laissa ses armes pour marque qu'il ne tenoit cette paix que de la main du Tout-Puissant.

A lire la description du chanoine Estienne à propos des armes offertes à la Vierge de Chartres, il est assez difficile de reconnaître quels sont les souverains qui les ont offertes en ex-voto. D'après tout ce que nous savons, d'après les documents tirés de Souchet et des Registres capitulaires, d'après le chanoine Brillon, enfin d'après les armures conservées au Musée de Chartres et qui y furent déposées le 18 octobre 1792*, il y avait à la cathédrale de Chartres deux armures. Nous les reproduisons ici. L'une, grande, est attribuée à Philippe le Bel; l'autre, petite, à Charles V. Une erreur a pu naître de ce fait, qu'en 1 328, Philippe de Valois, en remercîment de la victoire de Mont-Cassel, vint en dévotion à Chartres, et racheta ses armes et son cheval, qu'il avait fait vœu dé donner*.

C'est incontestablement là l'origine de la confusion qui fit croire pendant longtemps qu'on ne pouvait avoir les armes de Philippe le Bel, puisqu'il les avait rachetées. Il ne faut cependant qu'examiner les dates pour voir ce qu'il en est. C'est en i328 que Philippe de Valois racheta ses armes et son cheval; c'est en 1804 que Philippe le Bel entra dans la cathédrale. Ce qui fait que nous ne trouvons pas la donation des armes de Philippe le Bel en 1 804, c'est qu'il les donna au mois de septembre, et comme il y avait . interdit sur la ville et banlieue, suspension du chapitre, tout ce qui a été fait

* Voir Pièces justificatives, p. 120, n" 140, 141, 142. 'Ms. 10 12, p. 285, Bibliothèque de Chartres. V. Pièces justificatives, p. 102. '

Page 1