AVANT-PROPOS
il convenait cle placer à la portée du grand public, dans un volume écrit en français, les points les plus intéressants pour l’histoire de l’art que l' examen du Trésor de Saint Marc permet de mettre en lumière.
Lorsque l’ éditeur m’ a fait l’honneur de s’ adresser à moi pour écrire ce volume, j’ ai accepté son offre si gracieuse sans me dissimuler que j’ entreprenais peut-être une œuvre au dessus de mes forces. Néanmoins comme j’ai pu faire une étude particulière du trésor de Saint Marc et que d’ailleurs une partie de mon travail sera puisée directement dans l’ouvrage de Monseigneur Pasini, j’ espère que mon œuvre ne sera pas trop imparfaite. Je demande pardon d’avance à l’auteur italien si je n’ai pas toujours bien rendu sa pensée. Le proverbe traduit or e traditore n’a jamais cessé d’être vrai et, en archéologie surtout, il est bien des nuances qu’ il est difficile de faire passer, sans les altérer, d’une langue dans l’autre.
L’histoire du trésor de Saint Marc est trop intimement liée à l’un des faits de notre histoire nationale, pour que les Français, en dehors même de ceux qui s’occupent d’ études archéologiques, puissent manquer de s’ y intéresser ; la plupart de ces richesses proviennent du sac de Constantinople en 1204, et représentent la part attribuée à la République par les Vénitiens et les Latins alliés pour renverser le vieil empire d’ Orient. Je me garderais bien de faire l’apologie d’un véritable acte de vandalisme; il ne faut pas cependant oublier que c’est ainsi qu’ont été sauvées bon nombre d’œuvres d’art byzantines que les Turcs auraient plus tard irrémédiablement détruites. C’ est là sans doute un argument de faible valeur pour plaider les circonstances atténuantes; je les réclame toutefois sans nie dissimuler combien nos vénérables ancêtres en sont indignes.
Deux mots d’explication au sujet du plan du présent ouvrage. J’ai cru bien faire en le divisant en deux parties; dans une première partie je trace l’histoire sommaire du trésor, de son origine, de sa décadence; j’expose son état actuel et je fais ressortir 1 intérêt artistique des pièces les plus remarquables. Dans une seconde partie,
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je décris un à un, plus ou moins longuement, tous les objets renfermés dans le trésor ou reproduits dans les planches de l’ouvrage italien. La Pcda d’oro fait l’objet d’un paragraphe à part dans lequel je résume le très remarquable travail publié par M. Veludo sur eet admirable monument d’ émaillerie. L’ensemble du trésor de Saint Marc est donc décrit complètement ici, et ce volume pourra suffire à ceux qui 11e voudront étudier le trésor qu’au point de vue artistique et surtout au point de vue de la forme des objets ; car c’ est là une mine inépuisable de modèles charmants qui, je l’espère, ne sera pas perdue pour l’industrie moderne. Quant aux archéologues, il leur faudra toujours recourir à l’ouvrage de Monseigneur Pasini, plus complet, plus étendu, et où ils seront toujours surs de trouver une réponse à leurs questions.
Pectoral et couronnes d’or enrichis de pierreries et de perles échues aux Vénitiens comme part de butin de Constantinople avec les Français en MCCII. Musée Civique, Arch. Gradenigo, vol. 219, p. XXXill.
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Constantinople acant sa conquête par les Turcs. (D'après le De historüs aetatum muiidi de Hartmann Schedel, Nuremberg, 1493).