NOTICE SUR HOLLAR
cation des qualités physiques des êtres. 11 semble, en efl'et, avoir pris plaisir à exprimer sur le cuivre, avec les seules ressources du noir et du blanc, la nature solide et cornée des élytres du coléoptère, l'enveloppe velue de la chenille et du ver à soie, les yeux luisants de l'argus, Timpondérable légèreté de la demoiselle aux ailes membraneuses, aussi fines que la gaze, les écailles du papillon aussi menues que la poussière, et toutes les nuances de dureté, de poli, d'éclat, de transparence, de suavité, d'e délicatesse que peut offrir l'étude de ces insectes qui font la joie du naturaliste, mais qui n'avaient encore jamais eu les honneurs de la gravure. Il convient toutefois de se rappeler ici que Hollar avait eu pour maître Mathieu JMérian , dont la fille Sybille s'est rendue si célèbre par son talent à peindre les insectes et par son amour pour ses jolis modèles, amour qui alla jusqu'à lui faire entreprendre le voyage de Surinam. Peut-être dans l'intérieur de Mérian, Hollar avait-il pris le premier exemple de cette passion pour les infiniment petits de la nature. Il y avait, du reste, dans l'immense collection du comte d'Arundel , de quoi s'exercer à l'expression des mille nuances dont nous parlions tout à l'heure. Hollar en tira une suite de trente-huit estampes de coquilles, qui sont peut-être aujourd'hui les plus rares de son œuvre, et qui ne laissent rien à désirer sous le rapport de l'exécution et du rendu. Le comte d'Arundel se trouvant malade à Anvers , reçut le conseil de quitter cette ville pour aller respirer l'air de l'Italie. 11 partit donc en 1G46, dans l'espoir de rétablir sa santé; mais il mourut à Venise dans l'année même. Son départ et ga mort laissèrent son malheureux protégé en proie cà l'avidité des éditeurs d'estampes et des libraires, qui ne manquèrent pas de mettre à profit son talent et sa détresse. Il est remarquable, au surplus, que Hollar n'a jamais été l'éditeur de ses propres œuvres, dans un temps où c'était l'habitude de presque tous les peintres-graveurs de publier eux-mêmes leurs planches et de les vendre pour leur propre compte, quand ils avaient un capital suffisant ou des amis qui leur en tenaient lieu. Quoi qu'il en soit, Hollar, après la mort de son patron, continua d'habiter Anvers pendant cinq ou six ans qui furent employés par lui à graver un très-grand nombre de pièces, tant d'après la collection d'Arundel , que d'après les maîtres alors vivants dans les Pays-Bas ou morts depuis peu. Les grands paysages de Louis de Vadder, de Van Artois et de Wildens , les grands chemins de Breughel, les bocages de Paul Bril, les bambochades de Téniers, les enfants de Van Avont, les tableaux d'Elsheimer, les orageuses marines de Bonaventure et de
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Jean Peters, exercèrent alors la pointe de Hollar, et lùeii qu'il eût le talent de l'assouiilir à tons les genres, on peut dire qu'il ne fut pas également heureux dans l'imitation de tant de manières diverses, et que, par exemple, il rendit lieaucoup mieux les tons mystérieux d'Elzlieimer et la peinture précise de IJreughel que les vagues ocumantes des deux Peters. Les flots de la mer doivent s'exprimer en gravure par des travaux espacés et qui ne suivent pas trop fidèlement la direction des lames; autrement on court risque de donner aux eaux l'aspect de la filasse. C'est ce qui est arrivé à Hollar dans ses marines, comme à notre Callot dans ses batailles. Ce dernier, pour avoir suivi avec sa pointe la forme arrondie des nuages et des fumées, au lieu d'en exprimer les ombres par des tailles croisées, n'a produit que des étoupes. Les grandes vagues de l'océan n'ont été bien imitées que par les graveurs de Joseph Vernet ; elles attendaient encore le mâle et luisant burin de Balechou. Hollar a été plus habile dans ses paysages, qui sont toujours pleins de vigueur et d'accord; mais quelquefois on y trouve des figures gravées par Paul Pontius , et cette association n'est pas heureuse : le burin vif, propre, brillant et tournoyant de Pontius, si bien adapté à Uubens, n'est pas en harmonie avec la manière sobre et fine de Hollar.
Le séjour de ce graveur dans les Pays-Bas nous a valu un de ses chefs-d'œuvre et un des plus étonnants : la Cathédrale d'Anvers. Faire une aussi belle gravure avec un pareil objet, captiver si fortement les amateurs avec ce qui ne devrait, ce semble, intéresser que les architectes, unir tant d'art à tant de précision, conserver son aspect de grandeur à un tel monument sur un simple in-folio, c'est là certainement un tour de force. Aussi la Cathédrale d'Anvers est-elle une des pièces les plus recherchées de l'œuvre de Hollar. Avant de quitter Anvers, il entreprit de graver des animaux et il commença des séries de quadi^upèdes, d'oiseaux, de poissons que nous lui verrons continuer en Angleterre, pour un peuple qui a toujom's attaché beaucoup de prix à ces sortes de représentations. Ce fut probablement en 1652 que Hollar retourna dans ce pays, devenu pour lui comme une patrie d'adoption. Les éditeurs de Londres, qui le connaissaient, recommencèrent naturellement à l'exploiter. H travailla dès lors pour tous les beaux ouvrages que la librairie anglaise mit au jour, tels que la Bible polyglotte, le Monasticon, le Virgile d'Ogilby, le Juvénal de Stapleton, la Cathédrale de Saint-Paul et le Warwickshire de Dugdale. Les éditeurs de ces livres de luxe étaient si contents de Hollar et craignaient si fort qu'il ne leur échappât, qu'ils lui
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choisirent uu logement dans la maison qu'luiLitait Faithorne, autre graveur, près de Temple-Bar, et le tinrent là ou dans leur propre maison en charte privée, lui payant son travail à l'heure, ou, comme dit l'auteur anglais, au sablier. « Others he worked for, as Stent, Overton, etc., printscUers, who kept liim in tlieir houses, confined to hard labour, and small pay, at bis usual method, by the hour-glass. » Les frontispices de livres l'occupèrent aussi et la plupart furent composés par lui-même. Mais les travaux qui contribuèrent le plus à montrer ses qualités de graveur, furent les nombreuses planches d'animaux dont il reprit à Londres la série déjà commencée à Anvers. Il avait publié dans cette ville deux magnifiques Lions, dont le dessin, de la main d'Albert Durer, se trouvait dans la collection d'Arundel; il grava encore d'autres lions d'après Ruheus, ainsi que d( s Léopards empoisonnés par des raisins. Il avait fait ensuite (en 1649) une pièce qui est fort rare et qui passe pour un de ses chefs-d'œuvre : le Lièvre pendu par la patte , d'après Peter Boel. En Angleterre, ce fut d'après Francis Barlovi^ que HoUar grava ses morceaux les plus précieux ou du moins les plus recherchés des amateurs, ses cygnes, ses hérons, ses grues, ses poules d'eau, dont il imita si bien le plumage et le duvet, ses autruches, ses canards qu'il représenta dans toutes les postures, barbotant, plongeant, volant en raccourci, ses faucons chaperonnés et autres oiseaux de leurre, ses hiboux à l'œil fixe et rond, sa taupe morte dont il exprime si bien le poil court et déhé, sa Tête de chat, qui est une de ses plus rares estampes et qui est accompagnée d'une inscription en bohémien.
On peut dire qu'en parcourant l'œuvre de Hollar, on passe en revue la création tout entière, ou du moins tout ce qui , dans la création, touche au domaine de l'art. On y voit figurer tous les animaux domestiques : le cheval, l'àne, le chameau, le chien, le mouton, la vache, le cochon, la chèvre, le lapin, et tous les animaux sauvages : le lion, l'éléphant, la panthère, le léopard, le rhinocéros, l'hippopotame, l'ours, le singe, le loup, le sanglier et le cerf; et les oiseaux de haut vol ou de basse-cour, tels que l'aigle et le héron, la poule et le paon; et les poissons de mer, de rivière ou d'étang, et jusqu'aux grenouilles que Hollar nous montre dévorées par de grands oiseaux au long bec, emmanchés d'un long cou.
Ce n'est pas tout encore : les plus jolies fleurs viennent embellir cet œuvre aussi varié que charmant. La rose, l'œillet, le narcisse, l'anémone, l'impériale et la pivoine y sont gravés avec tant de grâce et de justesse dans le trait, qu'elles peuvent servir également à illustrer un livre de botanique et à orner le porte-
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l'cuilli; d'im .•uiiiitt ur. Kuliii les iilus lu.'.iux fruits ont trouvr plarc dans cet immense répertoire de toutes les beautés pittoresques de la nature; mais, au lieu d'être simplement groupés sur une table, comme on les peint habituellement dans les tableaux de nature morte, ils sont ici portés ou mangés par dos enfants. Ces petits Amours, gravés d'après Van A vont, et qui lutinent des chèvres, montent sur des panthères, ou dansent, avinés et riants, dans des bacchanales en miniature, ne sont pas les moins jolis ouvrages (le Hdllar, qui a su rendre le gras des chairs potelées de l'enfance par dos empâtements de points bien ménagés.
11 ne faut donc pas s'(Honner que Hollar ait dans tous les pays nno si grande réputation, sos estampes étant de nature à intéresser une infinité de personnes , tant par la manière délicate dont elles sont traitées, que par les objets qu'elles représentent. Pour les Anglais, en particulier, les ouvrages de ce maître ont un attrait de plus, non-seulement parce qu'il a vécu longtemps en Angleterre et s'est trouvé aussi mêlé à leur histoire que s'i} eût été un de leurs compatriotes, mais encore parce qu'ils retrouvent dans ses curieuses estampes les traces de leur existence d'autrefois, des renseignements précieux sur les mœurs , les coutumes et les costumes de leurs ancêtres. Les grands seigneurs, par exemple, sont enchantés de consulter l'œuvre de Hollar pour y reconnaître l'armure (le Charles 1er, ]eg armoiries de tous les chevaliers de l'ordre de la Jarretière, les habits de cérémonie des anciens lords, robes of nobilify; pour voir de quelle façon, sous quel vêtement, avec quelles armes leurs pères se livraient aux exercices de la chasse ou de la pêclie, aux périlleux amusements du sport. Les cbasses au cerf, au daim, au lièvre, au lapin, à la jerdrix, au faisan, sont pour eux des sujets qui n'ont pas uniquement l'intérêt de l'art. Il en est de même de la pèche du saumon et de cette pèche à la ligne qui , depuis des siècles , a le privilège de passionner tant de bonnes gens, invulnérables aux traits d'une éternelle ironie.
Je dis que les travaux de Hollar ont un mérite qui expliquerait à lui seul la persistance de sa renommée. C'est qu'il n'est pas un de ses morceaux qui ne soit instructif en même temps qu'agréable à voir. Je ne parle pas ici des services qu'il a rendus aux amateurs en reproduisant des pièces rares d'Albert Durer et de Rembrandt, en copiant la Cérès du comte de Goudt, en gravant tant de belles planches d'après les plus grands maîtres, le Seleucus de Jules Homain, VEcce homo du Titien, le Salvatoj- mundi de Léonard, nue sainte Catherine de Raphaël , la Danse des morts d'Holbein et tant de belles peintur(=s d'Elzbeimer, et tant de magnifiques
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portraits de Van Dyck...; je parle des innombrables monuments que Hollar a gravés en Allemagne, en France, dans les Pays-Bas et en Angleterre, de ses Vues de grandes villes qui se débrouillent si bien et si nettement, malgré le soin donné à la distribution des lumières et des ombres et les sacrifices qu'exige l'effet, et dans lesquelles il sut corriger la froide précision d'un géomètre par le bon goût d'un artiste. La ville de Londres surtout fut l'objet des (•tudes de Hollar. il ne se contenta point d'en dessiner iilusieurs fois le plan, et dans les plus grandes dimensions connues en gi'avnrt — un de ces plans a presque deux mètres et demi de long — il giava un à un tous les monuments de cette ville, le palais de \Vhite-Hall, l'abbaye de Westminster, la Tour de Londres, le Royal-Excliange, la Piazza de Covent-Garden, l'église de Sainte- Marie dans le Southwark, la catbédrale de Saint-Paul, qu'il a dessinée juscpia Imit fois, de tous les points de vue, à l'intérieur et à l'extérieur, et les environs si célèbres et tant de fois visités, de cette même ville de Londres, Greenwicb, Riclimond, Windsor, et les maisons des plus opulents seigneurs de l'aristocratie anglaise, à commencer par celle du comte d'Arundel , dont Ilollur grava aussi la maison seigneuriale. près d'Albury, dans le Surrey. 11 n'est pas, soit à Londies, soit dans les comtés, un monument connu, tm tombeau remarquable, une église ou une chapelle offrant im intérêt historique, il n'est pas un beau monastère, tm curieux vitrail, un jardin fameux, qu'il n'ait gravé de sa pointe attentive et fidèle. Plusieurs de ces planches se trouvent dans la Description du Warivickshire de Dugdale.
Quelques années après la restauration du tronc de Charles IL Hollar fut envoyé à Tanger avec le lord Howard, gouverneur , pour y dessiner la ville et les forts, travail qui lui coûta une année entière. Avant de s'embarquer pour cette expédition, il avait pris une vue de Plymouth, et ayant relâché sans doute dans l'île de Jersey, il y dessina le château d'Elisabeth. Mais en faisant voile pour Tanger, il faillit tomber aux mains d'un corsaire turc dans le combat livré, en décembre 1669, par le Mary-Rose, à bord duquel il était, contre sept bâtiments algériens. Cette aventure maritime est racontée tout au long dans VAfrica d'Ogilby; elle nous a valu , du reste, une estampe de Hollar lui-même, estampe doublement intéressante qui servit à illustrer lanan^ation de l'écrivain. Le pauvre Hollar, après ce pénible et dangereux voyage, après une année perdue et des travaux utiles faits pour le compte du roi d'Angleterre, ne reçut pour toute récompense qu'une somme de cent livres stiMiliig. Il l'st \ rai (in'im lui donna Ir titn' dr
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Scenographus régis , et co t'iU iieiit-iHin une coiisolatidii iiom un artiste, à ([ni l'iiuinicni inipoitait jilns qne l'argent. Le, pins grand chagrin ijn'éjirnnva le niallienienx graveur, fut la perte d'nn fils plein d'espérances , qui inonrul à l'âge de dix-sept ans. George Vertue tenait ce fait de Francis Place, (|ui fut élève de HoUar, avant d'être son collaborateur, et qui , après la rnoit de son maître, écrivit au lias de ((uelques-uncs de ses planches : Quondàm discipulus. Quant à l'autour de tant de belles estampes, qui seraient aujourd'hui ime forttuie pour qui en posséderait une collection complète en premières épreuves, il mena jusqu'au liout la plus laborieuse vie qui fut jamais. Mais il eut beau dessiner et graver tous les monuments de la Grande-Bretagne, comme il avait dessiné et gravé presque toutes les villes que baignent le Dainibe, le Rhin et l'Escaut , la misère fut sa compagne assidue. Il mourut, le 28 mars 1677, dans Gardener's lane, et fut enterré sur la paroisse de Saint-Margaret Westminster. Comme il allait mourir, les huissiers entrèrent chez lui pour saisir ses meubles, et ses dernières paroles furent pour demander qu'on voulût bien suspendre l'exécution jusqu'à ce iju'il eût rendu le dernier soupir.