‹ Le trésor de la curiosité, tiré des catalogues de vente de tableaux, dessins, estampes, livres, marbres, bronzes, ivoires, terres cuites, vitraux, médailles, armes, precelaines, meubles, émaux, laques et autres objets d'art;Chapitre 131 sur 209 · GRAVELOT. MU · texte numérisé non relu

GRAVELOT. MU

ments orageux, les conclusions brûlantes, que Grayelot se sert du détail avec une finesse rare et un merveilleux à-propos. Tel amour qui lutine un dauphin, tel groupe de cupidons qui se disputent un candélabre, sont pleins de signification; et si l'artiste pose sur un support une pendule en rocaille^ c*est qu'elle doit marquer l'heure d'une faiblesse. Assurément, c'est un fond banal, qu'une chambre Louis XV, avec ses consoles tourmentées, ses cartouches en oTale, ses hautes fenêtres^ ses dessus de porte encadrés dans des rubans de chène^ ou enchâssés dans des bordures de fieurs sculptées; mais quel charme n'y trouvons-nous pas, dès que cette chambre devient le théâtre d'un Décaméron tout parisien , des amours dtme Fiammetta du Marais? Rien de plus ordinaire sans doute qu'une porte entr'ouverte laissant voir la rampe d'un escalier de Jardin, les baliùtres d'une terrasse ou le treillis d'un cabinet de yerdure; mais quelle saveur vont avoir ces fonds, dans une vignette de Gra^ velot, dès qu'on saura que par cette porte va s'enftdr la volupté interrompue ou l'infidélité surprise ? Quant aux paysages, Gravelot y déploie une faculté d'invention prodigieuse, un sentiment de la nature tout à fait heureux, une grâce familière, et quelque chose qui sent les bergeries de Watteau, avec moins de Couitastique, sinon avec moins de charme. Le plus souvent ses paysages sont des parcs avoisinant le château du roman, des bosquets ornés de statues, rafraîchis par des fontaines et des jets d'eau, fermés par des grilles en fer ouvragé. On peut lui reprocher seulement, là comme ailleurs, d'avoir trop éparpillé sa lumière, et de n^avoir pas suffisamment ménagé des repos dans sa composition. Gravelot avait tant de goût, et on le savait si habile, que Voltaire et les autres auteurs lui abandonnaient le soin de choisir le sujet de ses vignettes, et le moment le plus favorable de la situation qu'il devait mettre en lumière. Le seul Jean-Jacques fit exception, et lorsque Gravelot fut chargé de dessiner les estampes de la Nouvelle Héloïse, le naïf Rousseau prit la peine de lui indiquer une à une toutes les scènes, de lui dicter les poses et la pantomime de chaque personnage, et de prévoir jusqu'au chifibnné du côstome de Julie, jusqu'à l'épée que ne devait pas porter milord Edouard. Il faut le dire, rien n'est plus amusant que cette gaucherie solennelle de Rousseau, disant à Gravelot : Le lieu de la scène sera «m bosquet! Et j'imagine que rentré chez lui, l'artiste devait rire de bon cœur de l'adorable bêtise du grand homme, et de cette prétention de lui apprendre, à lui Gravelot, son état. Nonobstant le guideàiie qu'on lui avait remis, Gravelot fit une série de chefs-d'œuvre en miniature, auquels rien ne peut être comparé, si ce n'est la

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suite des dessins que fit Moreau pour le même ouvrage^ et qui se trouvaient récemment dans la vente Renouard , où ils furent achetés par M. Thibaudeau.

Il est curieux qu*un homme qui passait sa vie à orner des livres, n'en ait pas éprouvé la satiété^ mais ^ au contraire, les ait aimés avec passion et toujours dévorés avec délices. Il ne sortait jamais sans avoir un livre dans sa poche ^ ordinairement Montaigne ; et ce goût pour (la lecture était si vif chez Gravelot, qu'il avait fini par le rendre sauvage. Sa sensibilité naturelle s'était aussi développée. par là ; il s'attendrissait au théâtre^ il s'émouvait jusqu'aux larmes de tout ce qu'il rencontrait de touchant dans les romans et dans le monde. Aussi , la froideur qu'on a remarquée dans ses dessins tient-elle à la manière dont ils étaient interprétés par le burin d(^ Lemire. Impatient quelquefois de se voir si imparfaitement traduit, Gravelot prenait la pointe du graveur, faisait mordre luimême ses petites figures, qui étaient alors grassement modelées^ pleines de chaleur^ enveloppées d'air.

Les amateurs connaissent les quatre-vingtrdix figurines que Gravelot dessina pour la loterie de TÉcole militaire , bagatelle amusante, rehaussée de madrigaux dont la plupart étaient de la façon de Gravelot lui-même. On connaît aussi son A Imanach iconologique, longue suite d'allégories, où Ton voit prendre une forme agréable aux idées les plus abstraites, et à tous les personnages du genre ennuyeux. Sous le crayon de Gravelot, la Forcê nous subjugue par sa beauté plus encore que par sa massue , la froide Logique nous intéresse, la sombre Médecine nous sourit, et la Grammaire elle-même. Dieu me pardonne ! est si gracieuse, que volontiers on se remettrait sur les bancs pour la fréquenter.

Gravelot mourut le 20 avril 1773, dans le premier mois de sa soixante-quinzième année , ne laissant pas d*enfants , bien qu'il eût fait deux mariages de fantaisie. Son nom , gravé en regard des œuvres du génie, ne saurait périr. Il vivra, du moins, aussi longtemps que ces livres deux fois précieux, qu'on emporte secrètement avec soi les jours de bouderie ou de rêverie, et qui procurent aux esprits délicats leurs plus fines jouissances : la littérature et l'art.

G RAY E LOT. Plusieurs tableaux peints par feu M. Gravelot. 16 liv.

DESPORTES. Deux tableaux d'animaux. 240 liv.

GRAYELOT. Une suite de quarante dessins in-quarto , à la plume et au bistre, pour les œuvres diverses de M. de Vol-

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taire. Ces sujets sont connus par les estampes qu'en ont faites les plus habiles graveurs. Retiré.

Une suite de trente-quatre dessins pour Tédition inoctavo des œuvres de Corneille. Retiré.

Cent dix autres petits dessins pour dififérents ouvrages de littérature. i29 liv. 5 s.

Un portefeuille rempli d'esquisses et de croquis de diverses compositions, par le même. 367 liv.

Plusieurs exemplaires des quarante-neuf estampes inquarto pour les ouvrages de Voltaire , gravées d'après les dessins de Gravelot. 684 liv.

Plusieurs exemplaires des trente-quatre vignettes pour le Corneille, non compris le titre. 292 liv. i5 s.

Suites de vignettes d'après le même pour le Boccace, la Jérusalem délivrée, la Secchia rapita. 244 liv.

Plusieurs suites des figures pour le Petit Almanach iconologique, du même. 121 liv, 15 s.

Les différentes évolutions militaires gravées d'après le^ dessins de Gravelot. 28 liv. 4 s.

Diverses vignettes pour différents ouvrages, d'après le même. 290 liv.

Divers sujets et culs-de*-lampe pour l'histoire de Tordre du Saint-Esprit, gravés par I^aurent Cars; plus, dix petits volumes d'almanachs iconologiques, reliés en maroquin. 293 liv.

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