‹ Le trésor de la curiosité, tiré des catalogues de vente de tableaux, dessins, estampes, livres, marbres, bronzes, ivoires, terres cuites, vitraux, médailles, armes, precelaines, meubles, émaux, laques et autres objets d'art;Chapitre 3 sur 209 · IV LETTRE A I/AUTEUR · texte numérisé non relu

IV LETTRE A I/AUTEUR

Tamour et à Tambition que par la petitesse de son objel. Ce n'est pas une passion qu'on a généralement pour les choses rares et qui ont cours, mais qu'on a seulement pour une certaine chose qui est rare et pourtant à la mode.

Après avoir ainsi défini la curiosité, La Bruyère trace des portraits du curieux, il donne successivement le relief du ridicule aux fleuristes, aux curieux de fruits, de bâtiments, d'oiseaux, d'insectes et enfin aux curieux de coquilles, de livres, de vieux meubles et d'estampes. Ces trois variétés sont les plus connues et sont de celles qui doivent figurer dans notre préface. Je ne citerai de ces poriraits que celui du curieux d'estampes :

« Damocède (c'est-à-dire l'abbé de MaroUes) vous étale et vous montre ses estampes. Vous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni nette, ni dessinée et d'ailleurs moins propre à être gardée dans un cabinet qu'à tapisser, un jour de féte^ le petit pont ou la rue neuve : il convient qu'elle est mal gravée, plus mal dessinée ; mais il assure qu'elle; est d'un Italien qui a travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est la seule qui soit en France de ce dessin, qu'il l'a achetée très-cher, et qu'il ne la changerait pas pour ce qu'il y a de meilleur. J'ai, continue-t-il, une sensible affliction et qui m'obligera à renoncer aux estampes pour le reste de mes jours : j'ai tout Calot, hormis une seule qui n'est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages, au contraire c'est un des moindres, mais qui m'achèverait Calot; je travaille depuis vingt ans à recouvrer celle estampe et je désespère enfin d'y réussir; cela est bien rude ! »

Le curieux d'estampes est réellement plus sujet à manie que le curieux de tableaux. Les estampes les plus recherchées et pourtant les plus rares ne sont pas toujours les meilleures. La nécessité pour certains curieux de compléter l'œuvre d'un maitre graveur, les conduit nécessairement à rechercher le bon^ le médiocre et le mauvais; de ce

SUR LA CURIOSITÉ. v

qu*une estampe conserve une remarque ou de ce qu'il lui manque quelques tailles ou contre-tailles, qui font voir qu'elle est plus ancienne d'épreuve, il ne s'ensuit pas toujours qu'elle soit meilleure, car d'ordinaire les maîtres ont retouché leurs planches pour les améliorer et les cornpléter.

La manie pénètre aussi dans les préférences des curieux de tableaux : ainsi tel admirateur passionné de l'école italienne condamne sans pitié tout ce qui n'a pas été peint à Florence, à Bologne, à Rome, à Parme ou à Venise, et témoigne pour Rembrandt, Rubens et Van Dyck la même horreur que Louis XIV pour Téniers ; il ne tolère Le Poussin, Lesueur et Lebrun que parce qu'ils se sont formés sur les modèles de Rome, de Florence et de Bologne, et qu'il regarde l'école française comme une colonie de l'école italienne. Tel critique profond arrête la peinture au XV* siècle, n'admet que les fresques, et proscrit la toile et l'huile. Pour lui Raphaël donna le signai de la décadence, les Can'acbe sont d'abominables corrupteurs, et il fait un crime au Dominiquin d'avoir été leur élève.

De grands artistes dont le plus grand mérite est quelquefois d'avoir heureusement imité ces maîtres corrupteurs ou corrompus, ont professé cette hérésie du purisme exagéré.

Reynolds disait aussi que les écoles flamande et hollandaise ont cherché à s'écarter du grand style et à mériter des éloges par des qualités médiocres. Il trouvait les bambochades de Téniers, de Brauwer et d'Ostade excellentes en leur genre; mais il ajoutait : < Le mérite de ces ouvrages et l'estime qu'on en fait, sont en proportion de ce que ces sujets communs et bas, et la manière dont les passions y sont rendues, tiennent plus ou moins de la grande et belle nature. Ce même principe peut être appliqué aux batailles de Bourguignon et aux galanteries de Watteau ; on peut même l'étendre aux paysages de Claude et aux marines de

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