UNE HEURE A L'HOTEL DROUOT
Casimir Périer disait un jour, en visitant la galerie de tableaux d'un illustre amateur, ministre comme lui de Louis-Philippe : a Tout cela est fort beau, mais ce sont des capitaux qui dorment, »
Ce propos de banquier a de quoi révolter sans doute quiconque porte dans son cœur le véritable amour de l'art; mais une telle naïveté a du moins le mérite de la franchise, et vaut encore mieux, je trouve, que la fausse chaleur de certains financiers qui simulent la passion des Decamps, des Troyon, des Diaz, après s'être informés sous main du dernier cours.
Aujourd'hui, du reste, on pourrait répondre à Casimir Périer ou à ceux qui pensent comme lui , que Tacquisilion, bien dirigée, des objets d'art est un placement comme un autre, oui, un placement — qu'on nous pardonne cette expression maLsonnante. — Ainsi , l'esprit de spéculation peut vivre en bonne intelligence avec l'amour des belles choses, et, sans parler môme des jouissances qu'ils procurent, les tableaux anciens ou modernes, quand ils sont bien authentiques; les dessins, lorsqu'on y reconnaît la griffe du maître; les estampes, pour peu qu'elles soient belles d'épreuve, d'une bonne conservation (et à plus forte raison de Tétat recherché ) dorment d'un sommeil réparateur et profitable. L'admiration pOrte intérêt.
La double vente des curiosités et des tableaux de M. R..., à laquelle nous venons d'assister, a prouvé par chiffres que les œuvres de génie sont des valeurs aussi solides que l'Orléans et un peu plus sûres que les docks. Il est vrai de dire que la collection de M. R... avait été formée avec im entraînement généreux, un excellent goût, et par un homme qui, en la formant, était à cent lieues de toute idée de*spéculation. Soit par ses relations personneUes avec
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les artistes^ soit par son assiduité à suivre les ventes et sa promptitude à saisir les belles occasions^ cet amateur avait réiini depuis quelque vingt ans^ non-seulement ses tibleaux et des dessins d'un grand choix, mais des objets d'art et de curiosité d'une qualité si rare qu*il faudrait remonter jusqu'à la collection De Bruge pour en trouver de pareils.
Nous ne pouvons que signaler ici quelques-uns des meillleurs morceaux de la vente R...^ en marquant les prix d'adjudication.
La Pêche du thon, par Decamps, effet de nuit fantastique. Le peintre a su répandre sur cette scène vulgaire une poésie inattendue; il y a fait jouer tous les drames de la lumière et de la couleur. 2,000 fr.
Un Paysage historique de Cabat, conçu comme un Claude, exécuté comme un Poussin ; il fut peint dans cet heureux temps où tout le monde se passionnait pour la peinture, et il nous souvient qu'il faisait fureur au Salon, oà il contrastait avec les débordements du romantisme. 2,000 fr.
La Dernière Ptière de Marie Stuarï, C'est M. Stevens, de Bruxelles, qui a emporté ce tableau, pas plus grand que la main. La rareté des ouvrages de M. Delaroche, et aussi le prestige de sa mort, ont fait monter cette petite toile au prix de 10,000 fr. Ce n'est pas pour rien qu'une petite figure à genoux s'appelle Marie Stuart, et jamais on n'a mieux vu quelle est l'importance du sujet dans ce pays où l'amour de Tart est si tempéré que la pensée y passe toujours avant la peinture. La Dernière Prière de Marie Stuait est, du reste, un des tableaux les plus délicatement touchés de M. Paul Delaroche, et Ton peut ajouter le mieux sentis, pour un artiste dont le sentiment était contenu souvent jusqu'à la froileur. La pauvre reine, assistée de deux suivantes, est agenouillée à son prie-Dieu, entre le crucifix que Ton voit et la hache que l'on devine, la tète appuyée sur ses mains amaigries et blanches, toute frissonnante des contractions de l'agonie, toute pâle de la mort qui l'attend.
Un Alchimiste j d'Isabey; il est peint d'une couleur chaude, bitumineuse, mordorée, pleine de transparence et d'harmonie, dans* la manière mystérieuse de Rembrandt. Les comuec, les fioles, les fourneaux de brique, les vieux livres de parchemin, Isabey les a touchés avec l'esprit de Téniers, mais sans trop éparpiller sa lumière, comme il l'a fait souvent. Malheureusement, la figure humaine est ici la partie faible du tableau, ce qui n'arriverait point dans un Téniers ou dans un Rembrandt. On a payé 4,000 fr. ce laboratoire.
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Une Charge de cuirassiers, Géricault y ^ mis toute la flirté de son style. Ses cuirassiers ne sont pas semblables aux grognards de Charlet^ qui déchirent la cartouche avec un lazsi ou un jaron; ce sont des héros sérieux, des héros épiques sous le casque moderne. Le tableau est creusé par la perspective aérienne : on crie sur le premier plan, on gémit dans le lointain. L'habile expert de la yente, M. Ferdinand LaneuTille, s'est rendu adjudicataire de ce Géricault pour la somme de S,S50 fr.
Un Troupeau de bœufs, de Rosa Bonheur. Toutes les bétes sont d'an bai brun doré, et se détachent par ce ton uniforme de la fraîche verdure d'un pâturage fleuri, où sautillent des bergeronnettes. Cette toile a été poussée à 8,500 fr. Elle les valait bien, ne fut-ce que par son exquise naïveté. Quand elle peignit son troupeau de bœuflB, la jeune artiste ignorait encore toutes les roueries de la peinture, mais elle en savait tous les charmes.
Un Arquebusier, de Meissonier, petite figure d'un modelé précieux, damasquinée au pinceau comme une pièce d'orfèvrerie. Le peintre y a sculpté finement tous les méplats d'un visage basané, tous les reliefs d'une riche armure, tous les détails d'un costume élégant et bien ajusté. 7,300 fr. c'est, sans doute, un prix énorme, mais c'est un prix fait. On se rappelle que Meissonier ayant vu dernièrement une maison de campagne, qui lui plaisait fort, proposa de Tacheter moyennant un tableau. Le marché fut bientôt conclu avec l'entrepreneur propriétaire, qui avait assisté, quelquefois, aux ventes de la rue Drouot. Le lendemain, en examinant de {dus près son acquisition, Meissonier trouva la maison un peu étroite, a Ne pourriez- vous, dit-il à rentrepreneur, me faire une maison plus grande? Je vous ferais, à mon tour, un tableau plus petit. — Plus petit? dit l'autre. — Vous savez, ajouta Meissonier, que plus mes tableaux sont petits, plus ils valent. »
Une Scène de carnaval, par Taunay, dans sa première manière, qui
. se rapproche de Greuze, et qui est la meilleure. La scène est d'ailleurs plus facile à peindre qu'à dire : Un satané pierrot ayant eu ridée carnavalesque de chevaucher un robinet de fontaine, fait rire les garçons jeunes et vieux, et scandalise mesdemoiselles Dorine et Toinette, qui se couvrent le visage de leurs mains — quelle horreur! — en laissant toutefois glisser un regard entre leurs doigts. Il y a toujours marchand, comme l'on dit, pour de pareilles gaudrioles : celle-ci a été payée 2,200 fr.
11 faut ajouter à cette énumération, des paysages de Marilhat et de Roqueplan, une marche d'armée de Chariot, qui n'est allée qu'à 8 ou 400 fr., je ne sais pourquoi; quelques bijoux de l'écrin de Diaz;
une saperbe Odalisque de Papety, d*im contour sévère, d'ane couleur riche et bien empâtée, mais qut étant de grandeur naturelle, a été adjugée à 3,000 fr. seulement, prix bien minime, s'il n'était expliqué par Texiguité de nos demeures; enfin, deux Guardi d'une qualité si belle, qu'un peintre les préférerait, je crois, môme à des Ganaletto. La lumière de Venise les inonde : on sent clapoter Teau bleue des lagunes; les figures s'y meuvent; les gondoles glissent en faisant étinceler leurs dents de fer. Le ton est fort et solide, et pourtant il reste méridional et lumineux. La Vtte du grand canal a été poussée à 4,100 fr.; là, Vue de la douane, moins belle en effet, à 2,600 fr.
Parmi les dessins, on remarquait une aquarelle exquise d'Eugène Lamy, le Salon du duc d Orléans; une goaache mystérieuse et profonde de Decamps, le Divan turc; le Bonaparte de Boucbot, celui qui du haut des Alpes montre l'Italie à son armée, dessin rehaussé du tableau si connu que possède M. t)nbois l'amateur; enfin, une délicieuse miniature sur vélin de Fruytiers, fin mélange des qualités de Van Dyck et des grâces de Gonzalès.
Quant aux curiosités, bronzes florentins, figurines en ivoire de François Flamand, terres cuites de Clodion, biscuits de Dihl, candélabres de Gouthières, miniatures deCk)sway, de Fragonârd, de Hall, de Charlier, modèles de Fratin, coupes de jade ou d'agate orientale, cristaux de roche, verres de Venise ou de Bohème, tout était, chez M. R..., d'un goût parfait et de premier choix.
Aussi nous assure-t-on que M. R... a fait, sans le vouloir et sans l'avoir prévu, un bénéfice de 100,000 fr. sur sa collection. De pareilles aubaines ne sont désirables que pour les amateurs désintéressés, pour ceux à qui la fortune en fait l'agréable surprise.
E. DE BEAUMONT. Lutte de Jeunes Satyres. 205 fr. CHARLES DÉRANGER. Le Retour des champs. 600 fr.
Nature morte. 500 fr.
EMILE BÉRANGER. LeGraveur. 800 fr.
Les Fiançailles, i ,200 fr.
DECAMPS. Les Ruines. 2,130 fr.
La Pèche du thon. 2,000 fr.
Pêcheurs. 650 fr.
Les Muletiers. Aquarelle. 1,050 fr.
Passage du Défilé. Aquarelle. 3,000 fr.
Combat de Grecs contre des Turcs. Aquarelle. 245 fr.
Les Murs de Jéricho. Aquarelle. 315 fr. Le Divan turc. Aquarelle. 5,005 fr.
Chiens bassets. Aquarelle, i ,430 fr.
Garde-chasse à cheval sôus Louis XV. Sépia. 300 fr. Le Fumeur d'opium. Sépia. 400 fr.
Jeunes Filles lurques effeuillant des fleurs. Pastel. 1,000 fr.
Épisode de la Révolution. Estampe. i80 fr.
PAUL DELAROCHE. La Dernière Prière de Marie Sluart. 10,000 fr.
DIAZ. Vénus désarmant l'Amour. 610 fr. L'Éducation de l'Amour. 500 fr.
DORCY. Jeune Fille jouant avec des colombes. 80 fr. Petite Fille à la fontaine. 80 fr.
G É R 1 G A U LT. Charge des Cuirassiers de la garde impériale . 5,550 fr.
Première pensée du Naufrage de la Méduse. Dessin à la plume. 330 fr.
Le Baiser. Sépia rehaussée de blanc. 140 fr.
GIRARD. Saint-Just faisant peindre sa matlresse. 705 fir.
GIRODET. La Belle Elisabeth, modèle de prédilection de Tartiste. 3,100 fr.
Ce tableau avait été adjugé à la vente de Tartiste 9,500 fr.
G R E U Z E. Loth et ses filles. 900 fr.
GUARDL Vue du Grand Canal à Venise. 4,100 fr. Vue de la Douane à Venise. 2,600 fr.
Ces deux Guardi sont d'une beauté rare.
EUGÈNE ISABEY, Intérieur d'église au moment de la prière. 850 fr.
Une Tempête. Gouache. 107 fr.
Alchimiste dans son laboratoire. 4,000 fr.
KOEKKOEK. Falaises au bord de la mer. 610 fr. LANCRET. Le Chien remuant des pièces d'or. Sujet tiré dun conte de La Fontaine. 3,425 fr.
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LEYS. La Jeune Musicienne hollandaise. i;450 fr. Intérieur flamand. Aquarelle. 101 fr.
MARILHAT. Vue prise en Auvergne. 1,900 6*. Caravane dans le désert. Aquarelle. 1^700 fr.
MEISSONIER. L'Arquebusier. 7,300 fr.
PAPETY. L'Odalisque, 2,000 fr.
Jeune Italienne faisant un bouquet de fleurs. Aquarelle. 635 fr.
Vue du Saint-Sépulcre. Aquarelle. 900 fr.
CAM. ROQUEPLAN. Vue du Cours la Reine. 640 fr. La Gardeuse de Chèvres. 505 fr.
Jeune Fille prenant de Teau à une source. 510 fr. Le Chapeau de paille. Aquarelle. 390 fr.
MADEMOISELLE ROSA BONHEUR. Troupeau de bœufs à la montagne. 3,50Q fr.
TAUNAY. Scène de Carnaval. 2,200 fr.
BONINGTON. Paysage, soleil couchant. Aquarelle. 280 fr. Vue d'une Plage en Normandie. Aquarelle. 511 fr. Vue d'une Place en Italie. Aquarelle. 201 fr.
BOUCHOT. Bonaparte du haut des Alpes montrant à son armée les plaines d'Italie. Crayon noir rehaussé de blanc. 520 fr.
Cest le dessin du grand tableau, si remarquable, que Bouchot exposa au Salon deux ou trois avant sa mort
PH. FRUYTIERS. Dame de qualité entourée de ses enfants. Miniature sur vélin. 570 fr.
EUGÈNE LAMY. Salon du duc d'Orléans. Aquarelle. 630 fr. Intérieur du foyer de la danse à l'Opéra. Aquarelle. 300 fr. Intérieur de Saint-Étienne-du-Mont. Aquarelle. 365 fr.
TABLEAUX VENDUS APR^S DECès. — CHARLES PILLET ET A. PERROT, COMIflSSAIRES-PRISBORS; MBNNEGHBT, EXPERT.
BOILLY. Intérieur de eh|imbre àr coucher : une jeune femme appuie ses deux mains sur une porle pour empêcher d'entrer, tandis qu'un homme s'enfuit. Cette scène rappelle le Verrou de Fragonard. 830 fr.
J.-B. GREUZE. Têtede Jeune HOmme : son regard exprime rétonnement et répouvante ; il est vêtu d'un babil d'un gris bleuâtre. La peinture en est d'une qualité admirable et rare ; c'est Fétude eil grand d'une des plus belles figures de la Malédiction paternelle. 5,000 fr.
Tête de Jeune Fille : elle a un ruban bleu dans les cheveux ^ et un mouchoir blanc sur les épaules -, Texpression de la physionomie est douce et naïve. Greuze a peint cette figure avec amour dans une manière mixte qui n'est ni trop fondue, ni trop heurtée, avec des empâtements modérés et délicats. 4,145 fr.
MADAME LEBRUN. Portrait de Mademoiselle Duthé : elle tient un tableau dans les mains, et elle a un genou appuyé sur un canapé bleu où se trouvent des livres. 550 fr.
LE PRINCE. Une Fête de village au temps de Louis XVI : vers le milieu 4u tableau des dames élégantes et en riche toilette, dont une tient un parasol bleu, sont groupées derrière la baraque d'un charlatan forain qui montre des drogues à la foule. Composition capitale. Ce tableau est signé Le Prince, 1777. 1,165 fr.
Le Marchand d'esclaves, pendant du précédent : sous une tente, on aperçoit dans la demi-teinte,' une femme nue, dont le marchand exhibe les charmes à un oriental en turban , sans doute un recruteur du sérail ; d'autres
houris^ vôtues richement, sont assises sous la tente et à la porte avec un petit nègre. Signé Le Prince, 1778. 730 fr. • La Danse russe : auprès d'une tente dressée sur la gauche, un personnage revêtu de Tancien costume des Moscovites, une main sur la hanche, un bras levé, un pied en Tair^ danse avec une jolie paysanne, au son d'une guitare et d'un violon. Le Prince a gravé lui-même ce joli tableau en 1769, un an après Tavoir peint; il est en effet signé Le Prince, 17G8. Forme ovale. 4i5 fr.
La Récréation champêtre, autre tableau ovale, pendant du précédent : dans un paysage russe sont distribuées douze ou quinze figures ; ici ce sont deux enfants qui en traînent deux autres dans un petit chariot; là bas, ce sont deux jeunes filles qui sautent sur une bascule, et font plaisir à voir dans' leur naïve frayeur. Ce tableau est également signé Le Prince, 1768.^465 fr.
LOUTHERBOURG. Le Départ : une nombreuse société monte dans un canot pour rejoindre uti grand navire qu'on aperçoit en pleine mer. Ce tableau est digne de J. Vernot. 795 fr.
HUBERT ROBERT. Le Pont : vue d'un grand pont d'une seule arche qui occupe tout le tableau, et sur lequel s'élève un château-fort en ruines, changé en habitation rustique ; au-dessus des créneaux sont plantés des poteaux qgi portent une vigne. 350 fr.
La Fontaine : un joli paysage vivement éclairé du soleil; à gauche s'élève un monument en ruines. En pendant, le Manoir : vue d'un vieux château délabré, avec terrasse à l'italienne et balustrades, et dont le perron est garni devases de fleurs; sur le devant un gentilhomme du temps de Louis XV monte un escalier de jardin et salue trois dames. Les deux 645 fr.
VAN SPAENDONCK. Vase de Fleurs : magnifique bouquet de fleurs dans un vase posé sur un socle avec bas-relief; à gauche, une corbeille avec des roses; à droite,, un nid d'oiseaux sur lequel est posée la mère. 2,450 fr.
S W EB ACK. L'Hôtellerie : halte d^ cavaliers à la porte d'une hôtellerie ; on y remarque un beau cheval blanc, ce tableau rappelle les ouvrages de Ph. Wouwermans , et est le chef-d'œuvre de Sweback. T70 fr.
TAUNAY. La Bénédiction des troupeaux : c'est un grand paysage de la campagne de Rome, dans le goût du Poussin ; des femmes , dans le costnme de Frascati , amènent des troupeaux que bénit un moine en habit blanc. 695 fr. Deux ovales en pendants. Le premier représente un épisode de chasse : une dame élégante montée sur un cheval blanc, un gentilhomme en chapeau à plumes et son écu'yer qui s'arrêtent pour se renseigner auprès d'un paysan qui leur montre la voie. Le second est la vue d*une fontaine s'échappant de la base d'une colonne cannelée surmontée d'une statue. Les deux. 740 fr.
VAN DER HEYDEN. Vue d un quai de la ville d'Amsterdam : quelques arbres sont plantés devant des maisons à façades pittoresques, qui se reflètent merveilleusement dans le canal où l'on voit trois barques que Ton charge de marchandises et de tonneaux, et une quatrième plus petite avec un homme qui la conduit. Tout le monde connaît la rareté des ouvrages de Van der Heyden , les prix élevés qu'ils atteignent dans les ventes; celui-ci est d'une finesse remarquable, et il est enrichi de délicieuses figures dues au pinceau délicat d'Adrien Van de Velde.
Nous écrivions dans le premier numéro de la Gazette des Beaux- Arts, publication que nous avions projetée et qpi n*a point para par des circonstances indépendantes de notre volonté :
« La vente de la duchesse de Raguse, qui s'est faite au milieu môme de la crise financière, le 14 décembre, a été cependant une des plus heureuses de Tannée dernière. Pourquoi? Parce qu'on savait que les objets d'art qui étaient mis en adjudication avaient appai^ tenu pour la plu part à M. Perrégaux, et que la vente était sincère, en d'autres termes^ sans alliage. Il faut le dire aussi, rq[)ératioa a été bien conduite; le Catalogue, rédigé avec soin et par un homme des plus compétents, est resté dans les limites du vrai. Les tableaux
sur lesquels l'expert avait attiré particulièrement l'attention des acheteurs^ sont justement ceux qui se sont le mieux vendus. La tète de jeune homme de Greuze, un morceau admirable, une de ses belles études pour le tableau de la Malédiction paternelle, a été poussée à 5,000 fr., qui est le prix le plus élevé qu'ait jamais atteint une tète d'homme de Greuze; le Van der Heyden a été vendu 5,700 fr., et ce prix est considérable, eu égard, non pas à la qualité, mais à l'importance du tableau. Le Van Spaendonck est monté à 2,450 fr., et les Leprince, qui d'ailleurs étaient de son meilleur temps (1779), ont été adjugés à des prix qu'on n'aurait pas obtenus du vivant môme de l'artiste, à des prix de 800 à 1,500 fr. « Tout le monde approuvait la manière digne et franche dont l'expert a soutenu ses mises à prix, et prouvé qu'elles étaient en rapport avec la valeur réelle, en se portant acquéreur pour la sonune proposée. C'est seulement ainsi qu'on peut inspirer de la confiance aux acquéreurs. »