Ammiani Marcellini, XXXI, m
6. « Itaque duce Alavivo ripas occupavere Danubii : missisque oratoribus ad Valentem, suscipi se humili
prece poscebant, et quiete victuros se poUicentes, et daturos, si res flagitasset, auxilia Quae res adspernan-
ter a nostris inter initia ipsa accepta est, hanc ob causam, quod illis tractibus non nisi peracta aut sopita audiri procul agentibus consueverant bella. Verum pubescente iam hde gestorum, cui robus adventus gentilium addiderat legatorum, precibus et obtestatione petentium citra flumen suscipi plebem extorrem : negotium laetitiae fuit potius, quam timori, eruditis adulatoribus in maius fortunam Principis extollentibus : quod ex ultimis terris tôt tirocinia trahens ei nec opimanti offerret, ut collatis in unum suis et alienigenis viribus invictum haberet exercitum. » — Ammiani Marcellini, XXXI, iv, 1, 2, 3, 4.
7. « Proinde permissu Imperatoris transeundi Danubium copiam colendique adepti Thraciae partes, transfretabantur in dies et noctes navibus ratibusque et cavatis arborum alveis agminatim impositi : atque per amnem longe omnium difficillimum, imbriumque crebritate tune auctum, ob densitatem nimiam contra ictus aquarum nitentes quidam et natare conati, hausti sunt plures. » — Ibidem, XXXI, iv, 5.
8. Vers 430. — « Corillus rex Gothorum in regnum conscendit, et per xl annos in Dacia suis gentibus imperavit. Daciam dico antiquam, quam nunc Gepidarum populi possidere noscuntur. Quae patria in conspectu Moesiae trans Danubium corona montium cingitur, duos tantum habens accessus, unum per Bontas, alterum per Tabas. Hanc Gothicam, quam Daciam appellavere majores quae nunc, ut diximus, Gepidia, dicitur, tune ab oriente Roxolani, ab occasu Tamazites, a septentrione Sarmatae et Bastarnae, a meridie amnis Danubii fluenta terminant. » Jordanes, Hist. des Goths, IV (in fine).
mort d'Attila* (453) et la ruine de son empire, les Gépides obtinrent la Dacie", dont ils restèrent les maîtres jusqu'en 566, époque de leur soumission aux Avares.
Nous n'hésitons pas à rapporter le trésor de Somlyo à la première de ces occupations. En effet, le plus récent des médaillons date du règne de Gratien (375-383)^. Or, c'est en l'année 375 que les Goths de Transylvanie commencèrent à être menacés* ; peu après, sous la conduite d'Alaviva et de Fritigern, accompagnés de l'évèque Ulphilas, ils se rendirent dans le pays du bas Danube. Ils envoyèrent alors des ambassadeurs à l'empereur pour obtenir la permission de s'établir en Mésie. Mais ce fut en 381 que le roi Athanarik, après avoir caché ses trésors, s'enfuit de Transylvanie^ pour se réfugier à Constantinople. Cette suite de médaillons appartient donc aux empereurs dont le règne correspond au séjour des Goths en Dacie. La date du plus récent médaillon semble bien indiquer à la fois l'époque de l'enfouissement du trésor et le départ des Goths de la Transylvanie.
Les coupes et les fibules de Somlyo, d'une part, la monture des médaillons et la pendeloque antérieurement découvertes, d'autre part, paraissent être les produits d'un même art, dont la caractéristique réside dans l'emploi de globules d'or et le cloisonnage de pierreries.
Les globules d'or sont soudés sur le fond, tantôt isolément, tantôt par groupes, pour combler l'espace laissé vide entre les ornements de grenats*^; ils sont, parfois, entourés
1. Ibidem, cap. xvi. « Nec aliter ab Hunnorum dominio divelli potuit gens aliqua Scythica, nisi optata cunctis nationibus in commune, et Romanis, mors Attilae provenerit, quae tara utilis fuit, ut vita mirabilis. »
2. « Nam Gepidae Hunnorum sibi sedes viribus vindicantes, totius Daciae fines velut victores potiti, nihil aliud a Eomano Imperio, nisi pacem et annua solemnia, ut strenui viri, amica pactione postulavere. » Jordanes, Hist. des Goths, XVII.
3. Ammiani Marcellini, XXX, yii, 7, « post Gratianum filium in societatem suae potestatis adsumptum. »
4. Ibidem, XXXI, cap. ii. « Hunni Alanos Tanaitas armis aut pactis sibi adiungunt, Gothosque invadunt, ac suis sedibus pellunt. »
5. Ammiani Marcellini, XXVII, 5, 6 (comm en tarins). Sub Theodosio Imp. (A. G. 381) Atbanaricus Constantinopolim venit, a quo regio supremitatis honore sepultus, cum eodem quo venerat mense mortuus esset. — « Gothi duce Fritigerno cum Histrum traiicere, et in Achaiam se effundere decrevissent, Athanaricum, qui Romanis fidem inviolatam servabat, prius expellendum e sedibus suis putarunt, ne Romanorum copiis a fronte occurrentibus, ille a tergo sibi immineret. Pulsus itaque Atbanaricus, Gonstantinop. cum suis ad Theodosium confugit : a quo bénigne susceptus, cum eodem mense decessisset, regali sepultura ab Imp. honoratus est. » (Zosim., lib. IV, c. 34.)
6. En Russie, les objets ornés de globules d'or ou d'argent sont fréquents : « Des objets en argent que pro-
d'un léger fil d'or. Cette ornementation, qui ne se rencontre guère sur les bijoux romains, était en honneur chez les Étrusques dès les temps anciens et s'observe encore aujourd'hui dans les œuvres des moines du mont Athos, qui fabriquent des objets de piété pour les Grecs orthodoxes.
Le cloisonnage des grenats est aussi un trait distinctif des parures que nous étudions^.
curaient les Bulgares du Volga, ceux qui se distinguent surtout par leur élégance, sont les boucles d'oreilles, les pendeloques et les bagues, ornées de petits globules soudés avec symétrie. Les ouvriers orientaux avaient, sans aucun doute, emprunté cet art aux Grecs, chez lesquels il était fort répandu dans les temps anciens. Ils donnaient à cet art, qui consistait à orner les bijoux d'or de dessins en fil de même métal, ou de globules soudés, le nom de siXTtatfTTtxïi téx^ri; et, au sud de la Russie, il florissait encore jusqu'à notre ère, à Olbie, à Pantikapée et dans les autres colonies de la mer Noire. » Comte A. Ouvaroff, Étude sur les peuples primitifs de la Russie. Les Mériens. Saint-Pétersbourg, 1875, p. 108. — Recherches sur les antiquités du sud de la Russie, I, p. 121.
1. En France, les bijoux du tombeau de Childéric et les vases d'or trouvés à Gourdon, en 1825, les produits de ces deux trouvailles sont conservés à la Bibliothèque nationale. — L'épée et les parures trouvées à Pouan (Aube), en 1842 (voir Recherches sur le lieu de la bataille d'Attila, par Peigné-Delacourt. Paris, 1860, pl. let II). — Les fibules et parures découvertes à Gharnay (Bourgogne) (voir H. Baudot, Mémoires sur les sépultures des Barbares de l'époque mérovingienne découvertes en Bourgogne. Paris, 1890, pl. XII) ; plusieurs objets de la collection de M. Frédéric Moreau , exhumés de sépultures franques dans le département de l'Aisne (voir Alhum Garanda] ; les garnitures des épées de Rue-Saint-Pierre (Oise) (voir Danjou, Note sur quelques antiquités mérovingiennes conservées au Musée de Beauvais, 1856, pl. II), et de Joches (Marne) (voir Sépultures franques de Joches (Marne), extrait de la Revue archéologique, novembre 1880, pl. XX), etc.
En Suisse, la célèbre châsse de Saint -Maurice -en -Valais (voir Ed. Aubert, Trésor de Saint-Maurice d'Agaune, Paris, 1872, et de Linas, les Origines de Vorfèvrerie cloisonnée, t. III, Paris, 1887, pl. XI et XII).
En Espagne, les couronnes de Guarrazar, conservées au Musée de Gluny (voir Ferd. de Lasteyrie, Description du trésor de Guarrazar. Paris, 1860).
En Bavière, les fibules de Wittislingen (voir dans la Gazette archéologique, de 1889, Le tombeau de Wittisiingen au Musée national bavarois de Municli). — Ohlenschlager, ûie Inschrift des Wittischlinger Fundes. (Aus den Sitzungsberichten der philos. -philol. u. histor. Classe der k. bayer. Akad. der Wiss., 1884, Heft 1.)
En Angleterre, les fibules de Kingston, de Gilton et de Sibertswold (Kent) (voir Inventorium Sepulchrale, par Bryan Faussett, publié en 1856, par Ch. Roach Smith); les fibules d'Abingdon (Berkshire), de Wingham (Kent) et de Sittingbourne (Kent) (voir Yonge Akerman, Remains of Pagan Saxondom. London, 1852-1855, pl. XI, fig. 1, pl. XXIX, fig. 5).
En Belgique, la boucle du trésor de Tongres (voir : Éléments d'archéologie chrétienne, par le chanoine Reusens, et aussi les Publications de la Société de l'art ancien en Belgique, pl. XXIII, n" 7) ; la fibule de Marilles (Brabant) (voir Bulletin monumental, année 1889, et Catalogue officiel de V exposition rétrospective d'art industriel. Bruxelles, 1888).
En Italie, l'évangéliaire du trésor de l'église de Monza (voir : Frisi Memorie storiche di Monza, t. III); l'ornement désigné sous le nom de pectoral d'Odoacre, conservé à Ravenne (voir Ch. de Linas, les Origines de l'orfèvrerie cloisonnée, Paris, 1887, t. III, et Rahn, Jahrbûcher fiïr Kunlstwissench., Leipzig, 1868, p. 295, dans l'article : Ein Besuch in Ravena).
Nous en avons signalé autre part une importante série provenant de la Crimée et du Caucase^. M. Odobesco a publié le trésor de Pétrossa, trouvé sur la frontière de la Roumanie et de la Transylvanie 2. Ferdinand de Lasteyrie et l'abbé Cochet ont interprété d'une manière tout à fait remarquable les trouvailles occidentales^, dont les plus célèbres sont celles du tombeau de Childéric^ et les belles couronnes wisigothes de Guarrazar que possède notre Musée de Cluny^.
Les parures, rehaussées de grenats cloisonnés, que nous avons mentionnées en dernier lieu, se distinguent de celles de l'Europe orientale par l'absence d'ornementation zoomorphique. Nous ne voyons, sur les bijoux royaux découverts en France, en Belgique, en Italie, aucune représentation d'animaux comme nous en constatons sur les joyaux de Somlyo et de Pétrossa.
Les opinions les plus. diverses ont été émises au sujet de l'orfèvrerie cloisonnée^. Cet art, — comme l'a écrit M. de Pulszky, — était assurément pratiqué durant la période comprise entre le iv® siècle après J.-C. et l'époque de Charlemagne, dans les vastes régions qui s'étendent depuis la Russie et la Hongrie jusqu'à l'océan Atlantique ; il n'a pas été importé de Byzance dans les États formés après l'invasion des Barbares, mais il y a été introduit par ces derniers. M. Hampel a très justement signalé l'influence de l'art oriental, de l'art sassanide, chez les nations barbares qui séjournèrent, durant les premiers siècles de notre ère,
1. J. de Baye, la Bijouterie des Goths en Russie. Mémoires de la Société nationale des 'Antiquaires de France, t. LI.
2. Alex. Odobesco, Notice sur l'Iiist. du travail en Roumanie. Paris, 1868. — Columna lui Traian. Bukarest, 1887. — Le Trésor de Pétrossa. Paris, 1889.
3. Ferd. de Lasteyrie, Histoire de l'orfèvrerie. Paris, 1877, chap. m.
4. Anastasis Childerici I Francorum régis, sive thésaurus sepulchralis , Tornaci Nerviorum effossus et commentario illustratus auctore Joanne Jacobo Chifletio. Antuerpiae, M. DG. LV. Cochet, le Tombeau de Ghildéric. Paris, 1859. — Ch. de Linas, les Origines de l'orfèvrerie cloisonnée. Paris, 1887. Belgique.
5. José Amador de los Rios, El aste lalino-bizantino en Espana y las coronas de Guarrazar. Madrid, 1861.
6. F. de Lasteyrie, Histoire de l'orfèvrerie. Paris, 1877. — Ch. de Linas, les Origines de T orfèvrerie cloisonnée. Paris, 1877. — Labarte, Histoire des arts industriels. Paris, 1872, t. I. — Bock, Der Schatz des Westgothenkônigs Athanarich gefunden in Jahre 1837 zu Petreosa in der grossen Walachei. Mitt. der K. K. Centralcom. Wien, 1868, b. XIII, p. 105-124. — Lindenschmit, Handbuch der deutschen Aller tumskunde. Braunschweig, I Lieferung, 1880, S. 75.
sur les côtes de la mer Noire et de la mer d'Azof^; il est assez naturel de penser que l'orfèvrerie cloisonnée a pu pénétrer de la sorte parmi les populations d'origine gothique.
Revenons aux parures de Somlyo. Elles sont ornées de véritables grenats, et, à ce sujet, il est bon de faire observer que souvent on a pris les grenats pour des verres de couleur. Dans l'Europe orientale, on employait des pierres précieuses et non des imitations; et, ce qui le prouve, c'est que les incrustations rouges conservent toujours leur surface polie; si elles avaient été en verroterie, une décomposition superficielle se serait produite^.
Les grenats des bijoux de Somlyo proviennent vraisemblablement des Indes ^. Telle est, du moins, l'opinion de M. Telleri, ex-intendant des mines de grenats du nord des Indes. A mesure que l'on avance vers l'Orient, on trouve, sur les ouvrages d'orfèvrerie cloisonnée, des cloisons ou des battes de plus en plus épaisses et profondes, ainsi que des tables de pierreries de couleur de plus en plus foncée^.
En résumé, les renseignements archéologiques fournis par la trouvaille de Somlyo prouvent à quel point l'étude des antiquités échelonnées sur la route de l'Orient est indispensable pour comprendre et interpréter les monuments occidentaux contemporains des invasions germaniques. C'est, en effet, de l'autre côté du Danube et sur les rives de la mer Noire qu'il faut chercher, suivant nous, le véritable point de départ de l'évolution artistique qui coïncida avec la chute de l'empire d'Occident.
1. Joseph Hampel, Der Goldfund von Nagy-Szent-Miklos. Budapest, 1885.
2. Telle est aussi l'opinion de M. Lindenschmit et du D"- Otto Tischler.
3. Il en est de même de ceux trouvés à Bakod et conservés au Musée national hongrois de Budapest. Les bijoux de Bakod ont été publiés par Ch. de Linas, les Origines de l'orfèvrerie cloisonnée, t. III. Paris, 1887, pl. VIII, fig. 1 et 5.
4. J. de Baye, les Bijoux francs de Marilles (Brabant). Gaen, 1889, p. 6 à 10.