‹ Le trésor de TrèvesChapitre 25 sur 47 · CROSSE · texte numérisé non relu

CROSSE

un autre gravé dans les Annales archéologiques, t. XIX, p. 121, avec cette désignation : « dans plusieurs collections de Paris et de Londres. » Le type a donc été reproduit plusieurs fois. Didron avait émis un doute sur son authenticité ; la présence de l'ange qu'il ne s'expliquait pas lui paraissait insolite. Nous ne partageons pas ses appréhensions : l'objet retourné dans tous les sens ne nous a rien révélé d'apocryphe, et, d'ailleurs, ses similaires ne sont pas absolument pareils.

Prise dans son ensemble, cette crosse ajoute un détail important au symbolisme traditionnel. Nous avons, comme ailleurs, le démon vaincu sous la lorme du dragon, qui s'agite impuissant sur la terre ; nous retrouvons en outre la verge d'Aaron avec sa luxuriante frondaison; enfin, nous signalons dans la tête du serpent, broutant un feuillage, le symbole habituel de la prudence et la figure du Christ qui a dit : « Estote prudentes sicut serpentes » (S. Matth., X, 15) et, par allusion au serpent d'airain : « Et ego si exaltatus fuero, omnia traham ad me ipsum. » (S. Joann., Xlï, j2.) L'erreur de Didron provient de ce qu'il a pris le serpent en mauvaise part : il lui répugnait, en effet, de voir un « ange portant sur sa tète et consolidant de ses deux ailes un serpent qui est le diable ».

Dans l'Apocalypse, l'évèque est appelé ange, car il est l'envoyé de Dieu sur terre; il a mission d'enseigner aux peuples la science du salut : « ad dandam scientiam salutis plebi ejus » (S. Luc, 1, 77). L'ange ici tient le livre des saints évangiles, parce que l'évèque, au jour de sa consécration, l'a reçu sur ses épaules, comme un joug à porter. La couronne gemmée rappelle la mitre précieuse; et, suivant la doctrine du Pontifical, tout cet appareil brillant n'a qu'un but, qui est de montrer à l'élu que l'Eglise attend de lui l'éclat des actes et des mœurs : « Quidquid illa velamina in fulgore auri, in nitore gemmarum et in multimodi operis varietate signabant, hoc in ejus moribus actibusque clarescat. »

Cet ange, l'évèque l'a directement sous les yeux, car il est son modèle, tandis que la courbe de la volute est tournée vers le peuple que sa vue doit guérir : <c Quum percussi aspicerent sanabantur » (Num., XXI, 9).

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