RELIQUAIRE AUX PORTEURS
Hauteur : o, 22 ; largeur à la base : o, 25. CATHÉDRALE. — XIVe SIÈCLE AVANCÉ
Au moyen âge, que la canonisation fût faite par l'évèque diocésain ou le pape, est acte solennel autorisant le culte public entraînait de soi X élévation du corps du nouveau saint qu'on tirait de terre pour le placer en vus au-dessus de l'autel. Bientôt on substitua au sarcophage de pierre une châsse de métal précieux. L'intention était excellente, mais le résultat fut déplorable, car il s'ensuivit inévitablement deux choses : le morcellement des ossements, pour satisfaire la dévotion générale ; puis leur dispersion ou destruction quand, en temps de révolution, on se rua sur la châsse à cause de sa valeur intrinsèque.
De la facilité à détacher de notables fragments du corps naquit une confusion telle que certaines églises qui n'en avaient qu'une partie finirent, à la longue, par affirmer qu'elles seules possédaient la dépouille entière d'un saint vénéré. Les concessions ainsi faites à titre gracieux furent l'objet de démonstrations enthousiastes de la part des populations et du clergé : on organisait des procassions, la relique était exposée en grande pompe et, pour conserver le souvenir de cet événement notable, la liturgie locale lui consacra un office propre sous le nom d'office de la translation.
Le moyen âge, qui avait le sens esthétique au suprême degré, imagina de créer un type particulier de reliquaire, pour rappeler les cérémonies émouvantes de l'élévation, de la translation et des processions faites à l'anniversaire. Il en existe plusieurs de ce genre et un des moins curieux n'est assurément pas celui du trésor de Trêves. On les nomme reliquaires aux porteurs, parce que la châsse qui contient la
j4 RELIQUAIRE AUX PORTEURS
relique est soulevée sur les épaules de plusieurs dignitaires ecclésiastiques ou clercs, comme on avait fait lors de l'installation solennelle.
L'élévation était continuée par l'usage de placer la châsse à une certaine hauteur, de façon que les fidèles pussent passer dessous pour se mettre plus spécialement sous la protection du saint. La procession était figurée par la marche des porteurs, qui, par leur attitude, indiquaient qu'ils transféraient la pieuse relique dans le saint lieu où elle devenait désormais le but de pèlerinages et de prières.
Quatre lions accroupis, placés obliquement, ce qui constitue un des caractères de l'architecture du temps, supportent une haute plateforme moulurée, qui remémore le thalamus de l'exposition au-dessus de l'autel. Des pierres baroques, serties dans des bâtes à pans, à tranche moulurée et branlantes, c'est-à-dire mobiles sur leur pivot, sont réparties au pourtour du rectangle, au nombre de huit.
Quatre clercs, aux longs cheveux, en aube, sans ceinture à la taille, soulèvent la châsse sur leurs épaules, en s'aidant des deux mains, comme si le fardeau était très lourd. Contrairement à la coutume établie, ils sont affrontés, c'est-à-dire qu'ils sont au repos, étant arrivés à destination.
La châsse s'élève sur une plateforme, où sont poussées quelques moulures. Elle est à deux étages, le second en retrait sur le rez-de-chaussée, avec double façade sur les petits côtés et série d'arcatures continues aux flancs latéraux. C'est en somme une espèce d'église, construite plutôt par un architecte que par un orfèvre.
Les arcades, séparées par des contreiorts qui se prolongent en clochetons, abritent leur trèfle sous un gable fleuronné au sommet. De petites statuettes de saints y sont dressées. Il est impossible, faute d'attributs spéciaux, de désigner chacun d'eux : on remarque, entre autres, un évèque, une femme et une reine. D'autres statuettes sont aussi logées aux extrémités, en arrière des pignons et d'autres encore se voient sous le grand arc des façades des deux bouts. Leur attitude consiste à relever leur manteau d'une main et à gesticuler de l'autre.
Les reliques sont à l'étage supérieur, horizontalement, couvertes par un cristal, emboîté dans les amorces des pignons et formant la toiture de ce gracieux édifice de cuivre doré, bien conçu comme forme et élégamment exécuté.
Ci •