‹ Le trésor de TrèvesChapitre 3 sur 47 · Croix de procession, en cuivre (xvie siècle · texte numérisé non relu

Croix de procession, en cuivre (xvie siècle

10. Statuettes de la Vierge et de saint Jean, en argent doré (xvi° siècle). 20. Livre d'heures, de la Renaissance, plein de suaves miniatures.

INTRODUCTION

2 1 . Reliquaire de la vraie croix, en argent repoussé et doré (commencement du xviie siècle).

22. Lunette de l'ostensoir, en or massif, rehausséde onze diamants, xviii'' siècle.

Le trésor de la cathédrale n'est pas unique dans la ville de Trêves. Nous avons donc cru opportun et avantageux de grouper autour de lui les objets qui sont de nature à le compléter.

L'église Saint-Mathias nous a fourni le splendide reliquaire de la vraie croix, chef-d'œuvre admirable du xin0 siècle. A regret, nous avons omis la ceinture de saint Oswald (vn° siècle), quatre fragments filigranes et gemmés pour bandeaux de châsse (fin du xn° siècle), deux pitacium de reliques (xnf siècle), un tableau en orfèvrerie de la crucifixion (xiv° siècle), trois boîtes de consécration d'autels en plomb (xvi° siècle); une chasuble brodée et historiée (xvip siècle), un calice en cuivre doré (xvi° siècle); une chasuble et deux dalmatiques brodées de fleurs (xvii0 siècle); des cartons d'autel manuscrits, à cadres d'argent (1772).

Nous eussions aimé à faire connaître le bel ostensoir de Saint-Paulin (xviii" siècle). Ici une mention seule est possible, comme pour le mobilier de Saint- Gengoulf, qui comporte : une cuve baptismale en bronze, avec les noms des fondeurs (xnc siècle); cinq boules de senteur, en argent doré (xin0 siècle); une boîte à Agnus, en émail translucide (xivc siècle); un bassin armorié (fin du xiv1, siècle); une monstrance pyramidale, de style flamboyant (xv° siècle); un calice d'argent doré, avec sa patène (1483); un bénitier en bronze, avec inscription pieuse (xvc siècle); un médaillon sculpté en nacre et représentant la Résurrection (commencement du xvic siècle); deux émaux peints de Limoges (xvic siècle); une coupe d'ablution, en noix de coco, montée en cuivre doré (xvi° siècle); un ostensoir (fin du xvn'1 siècle), plusieurs médaillons en verre églomisé (xvnc siècle).

A la bibliothèque de la ville, nous avons fait choix de deux miniatures du xc siècle et de la couverture du Liber aureus, laissant avec tristesse l'évangéliaire d'Egbert, récemment édité avec planches par le docteur Kraus et la couverture, en cuivre historié et gravé à l'effigie des bienfaiteurs de l'abbaye, du cartulaire de Prum (xif siècle).

vi INTRODUCTION

Malgré ces additions, qui comportent huit planches, c'est encore le trésor de la cathédrale à qui reviennent tous les honneurs, comme à l'aîné et au plus digne.

Nous avons lu, avant de rédiger nos notes, tout ce qui a été écrit sur la matière. C'était un devoir de probité littéraire. Mais, il faut bien le dire, les descriptions ne sont pas toujours exactes, pas plus que les attributions. Notre rôle a donc été en particulier, après avoir montré chaque objet, de rechercher sa provenance, le lieu et le procédé d'exécution, la patrie et l'atelier de l'artiste, la date précise, les caractères qui le distinguent, de façon à pouvoir lui assigner une place à part ou tout au moins le classer parmi ses congénères et contemporains. En cas de désaccord avec nos devanciers, nous avons loyalement écouté et pesé leurs raisons, en sorte que notre appréciation est toujours le résultat d'une enquête sérieuse et impartiale.

La description a été faite, moins pour renseigner les archéologues qui savent voir, que pour apprendre aux personnes studieuses, mais novices, la méthode d'observation et d'investigation. Môme corroborée de remarques topiques, elle eût été sèche et aride, si nous n'avions appelé la liturgie et le symbolisme à notre aide pour la vivifier. Grâce à ces deux sciences, on pourra pénétrer la pensée intime de l'artiste et saisir la destination de l'objet, surtout quand, c'est le cas trop souvent, il a cessé d'être en usage.

L'art décoratif tient, depuis plusieurs années, une place considérable dans les préoccupations des érudits, des artistes et des éditeurs. Nous n'avions qu'à suivre la voie tracée pour répondre aux besoins actuels. Nos planches offriront une collection de types variés, sinon tous à reproduire fidèlement, du moins à consulter à titre de documents. Il y a là d'excellents modèles, en dehors de la banalité et de la routine, pour châsses, coffrets, reliquaires, livres liturgiques, baisers de paix, portes de tabernacles, peintures s ur mur et sur verre, etc. C2 sera le côté pratique de notre oeuvre qui, nous l'espérons, contribuera au progrès de la science archéologique.

INTRODUCTION vu

Un mot, en terminant, sur la salle du trésor, afin de montrer les objets pour ainsi dire en place. On y accède en passant derrière le maître-autel et gravissant le double escalier qui conduit à la plate-forme où se fait l'ostension de la sainte robe. Là on traverse le décor un peu théâtral destiné à former la niche de l'exposition et l'on se trouve en présence d'une double porte ferrée.

Le trésor forme un bâtiment à part, soudé à l'abside orientale. De vastes proportions, en manière de rotonde voûtée, bien éclairée par huit grandes fenêtres grillées, quatre hautes et quatre basses, la salle date du siècle dernier. On lit au-dessus de la porte d'entrée ce millésime ainsi écrit : 17LC, soit dix-huit cents moins cinquante, ce qui fait 1750. Toute l'ornementation est en stuc et dans le goût du temps, avec force feuillages et rinceaux. Au sommet de la voûte apparaît le Père éternel, une étole croisée sur la poitrine, chape, sortant des nuages, le globe et le sceptre en main et bénissant à trois doigts : il est entouré d'un groupe d'anges tenant les instruments de la Passion. Au fond, dans une abside, se dresse un autel consacré et sur les côtés sont disposées des armoires vitrées, trop spacieuses maintenant pour ce qui leur reste à contenir. En effet, le trésor, à l'époque de la Révolution, a subi des pertes notables. Une partie avait été cachée, l'autre exportée. Celle qui émigra à Limbourg n'est pas revenue : le fait est d'autant plus regrettable que le trésor est privé de deux pièces capitales, un tableau byzantin de la vraie croix et le bâton de saint Pierre. Les chanoines de Trêves ont introduit une instance auprès du Saint-Siège pour revendiquer leurs droits. Le grand ivoire du vc siècle n'est rentré qu'après avoir voyagé à Coblentz et en Russie.

Outre les objets d'art et d'archéologie, le trésor possède de nombreuses reliques, enfermées dans des boîtes et que l'ordinaire devra un jour visiter canoniquement pour leur rendre le culte dont elles sont depuis si longtemps dépourvues, malgré leur authenticité.

Le trésor est peu visité, car il faut pour y être admis une autorisation spéciale de M. le Prévôt du chapitre, qui ne l'accorde qu'à bon escient. Nous n'avons eu qu'à nous féliciter de sa courtoisie. Grâce à sa bienveillance, que nous avons sollicitée jusqu'à trois fois, nous avons pu jouir de la vue du trésor pendant plusieurs jours

vin INTRODUCTION

consécutifs, lesquels ont été soigneusement employés à prendre tout ensemble des photographies et des notes.

Nous serions ingrats si nous n'ajoutions pas ici l'expression de notre gratitude envers tous ceux qui, s'intéressant à nos travaux, en ont facilité la réalisation par leur complaisance Mgr Korum ne s'est pas contenté de nous recommander : il a mis à notre disposition son secrétaire et nous devons à son initiative d'avoir été parfaitement accueillis par Messieurs les vicaires de Saint-Mathias, de Saint-Paulin et de Saint-Gengoulf. Enfin, à la bibliothèque de la ville, nous avons eu la chance de rencontrer le plus sympathique des érudits, M. le professeur Keuffer. C'est grâce à son obligeance que certaines formalités ont pu être abrégées, que la plus grande facilité nous a été accordée pour voir et étudier les précieux trésors confiés à sa garde.

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