IVOIRE LATIN
Largeur : o, 26 ; hauteur : o, 14.
CATHÉDRALE. — Ve SIÈCLE
L'ivoire de Trêves est célèbre dans le monde savant : aussi a-t-il été plusieurs fois reproduit et commenté. Sa facture large, non moins que le sujet représenté, lui donne un intérêt exceptionnel. Sans nous arrêter outre mesure à ce qui en a été écrit, même par les archéologues les plus graves, nous exposerons notre propre sentiment en le motivant.
De la première question dépend la solution du problème. L'ivoire est-il latin ou byzantin? A notre avis, l'architecture et la taille en fort relief sont essentiellement d'art occidental : les costumes impériaux pourraient seuls prêter à l'équivoque. L'artiste avait un talent incontestable, d'ordre supérieur, ce qui prouve qu'il avait sous les yeux les bons modèles de l'antiquité, dont il s'inspirait autant que possible, tout en no parvenant pas à hausser ses personnages et ses chevaux sur des jambes suffisantes.
La présence de l'ivoire dans le trésor de Trêves fait naître, dès l'abord, une grave présomption en faveur d'une origine toute latine. Autrement, quelle signification propre aurait-il en ce lieu ? On doit présumer, jusqu'à preuve contraire, qu'il figure un fait important, capital, de l'histoire locale. S'il n'en est pas ainsi, ce n'est qu'une épave rapportée de Constantinople, à qui l'on s'efforce de le raltacher d'une façon quelconque, tandis qu'il est tout naturel d'y voir, d'après la chronique publiée par Brower et Pertz, une translation de reliques, faite à Trêves sous les auspices de l'empereur Constantin, à la demande de sainte Hélène. L'ivoire aurait même fait partie d'un coffret destiné à renfermer plusieurs de ces reliques, comme le saint Clou.
Dans cet ordre d'idées, tout s'explique logiquement. Une basilique vient d'être construite par l'impératrice dans sa ville natale. L'identité de sainte Hélène n'est pas discutable, puisqu'elle tient à la main la croix du Sauveur,