REVERS DU TABLEAU
Une forte lame de cuivre, gravé et doré, d'un caractère magistral, fait le fond du tableau, auquel elle adhère par une série de petits clous à tête ronde. Si le tableau eût été, en toute circonstance, adossé à la muraille, l'artiste n'eût pas songé a lui faire un revers aussi riche que celui que nous admirons. A certains jours, le reliquaire était porté en procession et exposé sur le maître-autel, très certainement isolé : le tableau devait donc être vu et montré par ses deux faces. Comme il n'a pas de pied ou que, s'il y en avait un, ce que rend fort probable le tableau du Saint- Corporal, à Orvieto, il était alors mobile, deux anneaux, placés sur les côtés, nous indiquent le mode de fixation, à l'aide de courroies de cuir ou de cordons de soie, sur un brancard ou à l'autel.
Dès lors que le tableau comportait une décoration au revers, cette partie devait s'harmoniser, pour la composition, avec la partie antérieure, sous peine de rompre l'équilibre esthétique et de constituer une disparate choquante. L'artiste a compris la difficulté et il s'en est tiré habilement. 11 est parti de cette idée, fournie par l'Evangile, que la croix reparaîtra au dernier jour pour être la règle d'après laquelle sera jugé le genre humain. La représentation du jugement dernier s'imposait donc pour ainsi dire comme suite de l'iconographie de la face principale ; on l'avait déjà, sous cette même forme, aux portails romans des cathédrales d'Angers, du Mans et de Chartres.
La plaque est composée d'une large zone, serrée entre deux bandeaux étroits, le tout historié. Une croix feuillagée, du style le plus gracieux et le plus souple, traverse la zone centrale : le milieu est coupé par un losange, sur chacun des côtés duquel se soude un disque. Le losange enveloppe le Christ comme une auréole : le champ en est étoile, car il figure le ciel. Le Sauveur, pieds nus, avec le nimbe crucifère, deux signes distinctifs de la divinité, est assis sur un trône : sa main droite