‹ Le trésor de TrèvesChapitre 32 sur 47 · TABLEAU DE LA VRAIE CROIX · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA VRAIE CROIX

AB. VLMENA. ATTVLIT. LIGNVM. SCE. CRVCIS. DE. CIVITATE. CONSTANT1NOPOLITANA. ET. HANC. PORTIONEM. ISTIVS. SACRI. LIGNI ECCLESIE. SANCTI. EVCHARII. CONTVLIT.

Ce texte est très important, par ce qu'il affirme et surtout par ce qu'il ri2 dit pa;. Hsnri d'Ulmen paraît n'avoir donné que la vraie croix, qui, suivant la tradition, proviendrait de la basilique de Sainte-Sophie. S'il eût fait exécuter en même temps le tableau pour la contenir, l'inscription n'eût pas omis de mentionner un don aussi précieux; de plus, ses armes y eussent été inévitablement apposées et son effigie eût été ajoutée à celle des bienfaiteurs. La date de 1207 se rapporte donc exclusivement à l'acte même de la donation, non à l'exécution du tableau, qui ne cadre pas avec ce millésime. En effet, son style reporte plutôt vers le milieu du xiup siècle, et, sous ce rapport, nous sommes parfaitement à l'aise pour prendre nos coudées franches, puisque l'abbé qui est figuré au revers ne mourut qu'en 1257. Mais voici une autre preuve non moins décisive : cet abbé, nommé Jacques , ne fut élu qu'en 1211, c'est-à-dire quatre ans après la donation.

La croix occupe en entier le champ du tableau, délimité par un bandeau filigrane et iremmé. Elle est contournée de vingt locales carrés, circonscrits par des bandes semblables à la précédente, mais plus étroites. Sous le cristal, taillé en table, on distingue des suaires de soie ou de toile, et une étiquette en parchemin désigne les reliques qui y sont enfermées.

Ces reliquaires, huit dans le haut, à droite et à gauche de la tête de la croix, douze dans le bas, près de la tige, escortent la relique par excellence, qui est la croix du Sauveur. Saint Paul l'avait dit dans une de ses épîtres : « Les saints ont participé à la passion de leur maître, il est donc juste qu'ils soient associés à son triomphe et à sa gloire. » Ici le symbolisme marche de pair avec l'esthétique.

Didron avait bien raison, en faisant graver la face du tableau, de l'accompagner de cette note enthousiaste : « Dites si vous connaissez une oeuvre d'orfèvrerie plus délicate, plus riche et plus belle, que cette table d'or, d'émail et de pierreries? » (Annal. arch.,t. XIX, p. 226.) Non, certes, nous ne croyons pas que l'art du xinc siècle ait été poussé plus loin, et ait produit un monument plus véritablement beau dans son ensemble et ses détails.

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