MINIATURE DU LIBER AUREUS
BIBLIOTHÈQUE. — IXP SIÈCLE
Le Liber aureus, écrit en lettres d'or à l'époque carlovingienne, présente deux groupes distincts de miniatures, les canons et les évangélistes.
La miniature que nous reproduisons ici donnera une idée exacte du talent de l'artiste. Qui en a vu une a vu les trois autres, de style identique.
L'évangéliste saint Luc est assis, non pas qu'il soit représenté en majesté, mais parce que sa mission a été d'écrire la vie du Sauveur. Ses pieds, chaussés de sandales à la manière antique, posent sur un vaste scabellum, adhérent au siège et décoré de rinceaux sur sa tranche. Le siège est un véritable trône, couleur rouge brique, gemmé aux montants et à la caisse, garni d'un coussin arrondi, avec une draperie violette jetée sur le dossier. Vêtu d'une robe où le cou est dégagé et d'un manteau négligemment posé sur l'épaule et ramené en avant, il tient, dans sa main droite levée, le stylet avec lequel il écrira sur le livre ouvert qu'il appuie contre sa poitrine. Sa figure est jeune et imberbe : un nimbe, plissé comme un éventail, entoure sa tète.
Deux colonnes, à fût d'agate et chapiteaux feuillus, supportent un cintre égayé de cinq imitations d'intailles antiques, deux sur fond bleu et les trois autres d'un ton rougeâtre. Aucun détail ne montre mieux que ces imitations le goût renaissant pour l'antique : on les retrouve aussi à la miniature de saint Marc. Toute l'architecture est de teinte cendrée, avec chapiteaux bleus et corniche verte.
De cette corniche s'élance le bœuf, les ailes déployées, les pattes en avant, comme s'il voulait gravir. Son pelage est blanc, son nimbe d'or ; la banderole qu'il déroule et ses cornes sont aussi or et brun.