‹ Le trésor de TrèvesChapitre 45 sur 47 · MINIAIURE DU LIBER AUREUS · texte numérisé non relu

MINIAIURE DU LIBER AUREUS

De chaque côté de l'arcade, deux rinceaux affrontent deux canards roses, à pattes jaunes, tètes et ailes bleues.

Cette miniature atteste une main habile, qui a étudié à la fois les monuments et les statues. Si la figure est un peu petite pour le corps, en revanche, elle ne manque pas d'expression : la main aussi est trop forte, mai* ces défauts sont compensés par une perspective qui s'essaie, l'harmonie des couleurs et l'intelligente combinaison des plis. La physionomie du bœuf est réellement vivante et sort de son caractère hiératique. Nous avons donc là un remarquable spécimen de l'art mosan et peut-être monastique, à l'époque carlovingienne, qui fut réellement une ère de progrès marqué sur la décadence des temps mérovingiens, en même temps que de haute culture intellectuelle, grâce à l'impulsion donnée par Charlcmagne et Alcuin.

pl xxviii.

Miniature du Liber Aureus

IXe Siècle.

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EVANGELIAIRE D'EGBERT

BIBLIOTHÈQUE — Xe SIÈCLE

Nous serons très brefs sur cet admirable manuscrit, car, l'année dernière, il faisait l'objet, à Fribourg en Brisgau, de la part de l'éditeur Herder, d'une reproduction complète par la photographie, sous ce titre : « Picturee codicis Egberti in bibliotheca publica Treverorum asservati, nunc primum publici juris factae cura Francisci Xaverii Kraus. » Cependant, nous en donnerons la première page pour un double motif. Nous tenons d'abord à rendre cet hommage public au prélat qui a tant fait pour l'art, puis nous croyons qu'une comparaison avec la miniature de saint Grégoire est indispensable, parce que si celle-ci est attribuée avec vraisemblance à un artiste byzantin, celle-là ne peut être que l'oeuvre distinguée (nous en convenons sans peine), mais inférieure, d'un artiste latin.

La bordure est pourpre, avec rehauts d'or : des tètes de lion, à face humaine, y mâchent des rinceaux qui, en s'enroulant, prennent la forme d'oiseaux allongés, dont le bec avide engoule les tiges ondulées.

Le champ du tableau est aussi teint en pourpre. Il nomme l'archevêque qui y est figuré : EGBtTTUS. TREVERORam ARCHIEP^o/^S. C'est un véritable portrait.

Assis sur un siège d'or, où saillissent, aux extrémités, des tètes rugissantes et des griffes vigoureuses de lion, l'archevêque trône en majesté. Sa tète nue, car il n'avait évidemment pas l'usage de la mitre, porte une petite tonsure circulaire, semblable à celle que la tradition attribue à Simon le Magicien, en opposition à la tonsure d'origine apostolique, qui est beaucoup plus large et placée autrement. Un nimbe rectangulaire l'encadre : en iconographie, il ne s'accorde qu'aux vivants, parce que, dit Guillaume Durant, il est par ses quatre angles le symbole des quatre vertus cardinales, qui sont une préparation à la sainteté consommée, exprimée par

EVANGELIAIRE D'EGBERT

la rondeur du nimbe réservé aux saints. Le menton est sans barbe, non en signe de jeunesse, mais parce qu'il est rasé, suivant la coutume ecclésiastique du temps. L'œil est vif, plein d'énergie, dur même : on sent, à ce regard, l'homme élevé à la Cour et dont le commandement est prompt et impérieux. La chasuble, à plis singuliers qu'on retrouve à l'époque romane, surtout pour accuser la proéminence du ventre, est rose, couleur que l'Eglise n'a gardée que pour deux dimanches semi-joyeux de l'Avent et du Carême. Le pallium, de laine blanche, n'a pas de croix, fait insolite; l'extrémité se replie sur le genou gauche. La dalmatique est jaune, autre couleur liturgique absolument tombée en désuétude et qui s'obtenait avec le styrax, d'où l'étoffe prenait son nom. La chaussure d'or est rehaussée de galons rouges.

De la main droite, Egbert donne un livre d'or à Kéraud, 1CERALDVS ; Héribert, HERIBt'rTVS, reçoit de même un autre livre. Tous les deux sont qualifiés d'Augia, célèbre monastère plus connu sous le vocable moderne de saint Georges d'Oberzell : AUGIGENSES est donc un nom de résidence. Leur tonsure indique des clercs, mais la dalmatique et la tunique dont ils sont parés dénotent leur ordre et leurs fonctions. Remplissant près du prélat l'office de diacre et de sousdiacre (car nous nous refusons à y voir deux moines calligraphies et miniaturistes), ils ont en conséquence comme attribut spécial l'évangôliaire et l'épistolier dont ils font la lecture solennelle aux jours des pontificaux. Leur attitude debout est celle, non de subalternes d'un rang trop inférieur, mais presque de familiers, comme étaient les chanoines. Leur petite taille cependant, en vertu de l'usage reçu, les montre, relativement à l'archevêque, qui est très grand, bien au-dessous de lui dans la hiérarchie sacrée.

Nous ne parlerons que de la miniature qui représente la Pentecôte, parce qu'il est curieux d'observer que son symbolisme s'est maintenu à Trêves jusqu'au xive siècle dans l'évangéliaire de Cuno de Falkenstein. Saint Pierre préside la réunion des apôtres dans le Cénacle : il y en a douze, car Judas a été remplacé par saint Mathias, élu au sort. Le résultat final est la vie commune, commuais vita, sous la forme d'une piscine octogonale, huit étant le nombre de la béatitude; la vasque est remplie par le vin eucharistique, des hosties surnagent à la surface. Les nations, gentes, se précipitent vers cette piscine, qui sera à la fois leur ressource spirituelle et le gage de la félicité future.

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