‹ Le trésor des Chartes de LorraineChapitre 1 sur 58 · NANCY · texte numérisé non relu

NANCY

CHEZ WIENER, UBBAIHE, RDE DES DOUNICAIRS.

O- . Ja^.

Nancy, Imprimerie de A. LEPAGE.

LE

Au moment où s'élabore, d'après les ordres du Gouvernement, l'inventaire denosarchivesproyinciales,!! m'a semblé opportun de donner, comme complément à la part de travail qui m'est dévolue^ l'historique de notre dépôt, si précieux encore malgré les mutilations qu'il a subies.

LesArchives de la Meurthe comprennent deux catégories principales : la première se compose du Trésor des Chartes

i. Outre rinventaire sommaire prescrit par la circalaire ministérielle du 20 janvier 1854, j*ai rédigé et publié dans l'Annuaire de la Meurthe, à partir de 1856, des sortes d'inventaires généraux, dans lesquels je me suis efforcé de donner une idée des documents divers que renferment nos Archifes.

ou, en langage officiel, du fonds de la Chambre des Comptes de Lorraine ; la seconde renferme les papiers enlevés des maisons religieuses à l'époque de la Révolution et apportés au chef-lieu du département. Cette dernière catégorie a uip haute importance en raison du nombre , de la nature , et surtout de Tancicnneté des pièces qu'elle contient; mais il n'y a rien à en dire, si ce n'est de donner l'analyse de ces pièces. Il n'en est pas de même du Trésor des Chartes : il fut une des institutions de notre pays , et son histoire se trouve intimement liée à celle des événements dont celui-ci fut le théâtre; il en a ressenti le contre-coup et il a eu, si l'on osait le dire , sa part de souffrances dans celles qu'essuya la Lorrame par, suite de l'invasion et de la conquête.

J'di pensé qu'on aimerait à apprendre les vicissitudes par lesquelles ont passé , pour arriver jusqu'à nous , ces vieux parchemins , ces registres poudreux où se trouvent encore tant et de si utiles renseignements inconnus à ajouter aux annales de notre chère patrie.

C'était d'ailleurs un devoir pour moi de chercher à me rendre compte de l'état ancien de ce dépôt national ; de savoir à quelle époque il a reçu une organisation régulière; de connaître les noms et les travaux des hommes à qui sa garde fut confiée; de constater enfin les pertes qu'il a faites.

Tels sont les différents aspects sous lesquels j'ai dû envisager cette question, que j'ai essayé de résoudre à l'aide des documents que le Trésor des Chartes lui-même m'a fournis, et des notes , malheureusement bien sommaires, éparses çà et là dans les ouvrages consacrés à l'histoire de Lorraine.

Nos premiers ducs héréditaires n'avaient pas, on le sait,

de capitale qui leur servit de résidence habituelle ; ils demeuraient tantôt dans Tune , tantôt dans l'autre des petites forteresses de leurs états , comme Amance , Châtenois ou Neufchâteau,dont les murailles, solidement construites, leur offraient le plus de sécurité , et ils y renfermaient avec eux les titres qui composaient leurs archives. Ce fut surtout Amance qu'ils choisirent pour lui confier ce dépôt, et c'est pourquoi, au dire de nos historiens, des géographes qualifient ce lieu d'ancienne chancellerie dé Lorraine (an^t^uaJLotharingiœ cancellaria). Plusieurs écrivains prétendent que cette chancellerie fut détruite par les flammes*; mais ils ne disent ni à quelle époque, ni à quelle occasion. II est fort possible, du reste , qu'au milieu des guerres qui désolèrent si fréquemment nos contrées , le Trésor des Chartes ait eu à souffrir des ravages d'un incendie , et cette circonstance expliquerait peut-être comment on n'y trouve point de titres originaux du xi^ siècle , et comment ceux du xii* y sont si rares^.

Quoiqu'il en soit, Mathieu P' ayant acheté, en ii55 , de Drogon , chef de la maison de Lenoneourt , la portion

i. V. D. Calmet^ Notice de la LorraiDe, 1. 1^ col. 7, et Histoire de Lorraine, t. V, col. cxxxj ;LioDnois, Maison de Saintignon,p.cclxxvij.

2. On lit> a ce sujet, dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine (n® 2), par M. Noël : « Quelques historiens assurent que, lors de la guerre qui eut lieu entre Frédéric II, roi des Romains, et Thiébault F^ duc de Lorraine, en 1218, les archives de la Maison de Lorraine furent brûlées. Elles étaient, selon eux, déposées dans une des tours de la forteresse d'Amance.... Soit que les archives aient été détruites à la suite de cette guerre, soit que les ducs de Lorraine aient eu de bonnes raisons *pour faire disparaître leurs plus anciens titres, il est constant que les nombreux auteurs qui ont traité de la généalogie et de rhistoire. de la Maison de Lorraine, n'ont puisé aucune preuve^ aucun document au Trésor des Chartes du prince, pour les faits antérieurs au xm^ sièle ; leurs preuves, pour ces temps anciens, sont toutes prises dans les archives des établissements ecclésiastiques. *

da bourg de Nancy qui appartenait à ce seigneur, et le château qu'il y possédait, cette ville naissante fut dès lors considérée comme la capitale du duché; le duc y fixa sa résidence ordinaire , et il est assez probable qu'il plaça ses archives , soit dans le château qu'il venait d'acquérir, soit dans celui où, en 4150, Simon P'' avait soutenu un siège. Ce dernier devait être Vantiquum palatium , qui s'élevait sur l'emplacement de l'hôtel actuel de la Monnaie , lequel aurait ainsi servi comme de berceau au Trésor des Chartes, qu'il était destiné à abriter encore après une période de sept siècles environ.

En 4298 , Ferry III céda une partie de ce palais aux dames prècheresses; ce qui indique qu'avant cet abandon, il s'en était fait construire un autre ou avait achevé celui que ses prédécesseurs avaient commencé* . Ce château fut bâti à peu prés à l'endroit où se voient aujourd'hui les restes du Palais ducal, et il reçut, sans doute , les archives de Lorraine , qui devaient y rester jusque vers la fin de la première moitié du xviii® siècle.

Hais ce ne sont là que des suppositions^. Les renseignements positifs ne remontent pas au-delà du règne de Charles II, et encore, tout ce que nous savons, c'est que, sous ce prince , le Trésor des Chartes était confié au prévôt et à deux chanoines âe la collégiale Saint- Georges^. Cette chapelle princière était contiguë au Palais, et ainsi voisine du dépôt précieux dont son premier dignitaire et deux de ses membres avaient la garde^.

i. V. ma dissertation sur l'origine et les commencements de Nancy. â. Il en est de même de Passertion de M. NoëI> lequel prétend qne ce fat le dnc Raoul qui fit construire un chartrîer dans son palais. 3. Dorival, Description de la Lorraine, 1. 1, p. 13. é, Dèt cette époque , le Trésor des Chartes de Bar avait on gard«

On ignore combien de temps dura cet état de choses; mais rhistorien auquel j'ai emprunté la particularité qui précède nous apprend qu'en 1485, René II, partant pour

son second voyage d'Italie , c laissa l'administration de la Lorraine à son conseil , pourvut aux réparations et à la conservation du Trésor des Chartes et voulut que les trois clés en fussent gardées, l'une par le prévôt des chanoines , l'autre par Antoine Warin, receveur général; la troisième par Johannes Lud, secrétaire^ . >

Le choix de ces personnages suffit pour montrer le degré d'intérêt que Charles II et ses successeurs portaient à leurs archives, lesquelles, du temps de René II, devaient déjà avoir acquis une certaine importance. Il semble qu'à cette époque elles se composaient de deux parties distinctes : l'une, qu'on

«n iitre^ qui était, à ce qu'il semble, ordinairement choisi parmi les chanoines de la collégiale Saint^Maxe ; c'est, da moins, ce qui parait résidter de la pièce suivante : « Robert, duc de Bar, seigneur de Gas- » sel. Savoir faisons que nous confians à plain de la loiauUé et souffi- » sance de nostre amé et féal conseiller maistre Jehan de Revigny, » doien de nostre église de Saint-M axe de Bar, ycellni avons ordonné, » commis et establis et par ces présentes ordonnons, conunettons et » establissons garde de nos Chartres à ycellui office porter et gouver- » ner bien et loiaulment, aux drois, proffis , franchises , prérogatives » et émolumens acoustumés tant comme à nous plaira. Du quel office » et de la garde de nos dites Chartres lui avons fait baillier les clefie

• par noslre amé Gérard de Yérey, chanoine de nostre dite église ,

• le quel aviens à ce commis après la mort et trespassement de feu » noslre amt et féal conseiller messire Jehan de Sorcey , doien de la

• dite église. Et pour sa poine et saillaire de vacquer en la dite garde, » lui avons tauxé et ordonné de gaiges chauscun an la somme de dix » frans En tesmoingnage de ce nous avons fait mettre nostre seel

• k ces présentes. Donné à Bar le xviij^ jour de décembre Tan mil

• quatre cens et six. » (Trésor des Chartes, layette Bar Chambre des Comptes I,n® 107.)

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