V. pièces justificatives VU, Viil et IX
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Néanmoins, tel qu'il était encore lorsqu*éclata la Révolution, il avait une importance que nous pouvons constater, mais en énumérant avec douleur les pertes nouvelles qu'il était destiné à subir.
Le premier acte qui sexapporte à son existence, pour la période que j'ai encore à parcourir, est le décret du 2 septembre 1790,. qui supprima les Chambres des Comptes. La loi du 25 août 1791 yint ensuite régler de quelle manière seraient rendus les comptes qui se yérifiaient par ces compagnies, et prescrivit l'apposition des scellés sur leurs greffes, dépôts et archives.
Dans sa séance du 50 septembre 1791, le Directoire du département de la Meurthe désigna deux de ses membres pour procéder à cette opération. Elle eut lieu le V^ octobre, à la suite d'un réquisitoire du procureur général syndic, et les commissaires nommèrent, pour veiller à la conservation des scellés, le sieur François Eioy, ci-devant commis-greffier, huissier audiencier et archiviste de la Chambre des Comptes de Nancy.
Le nom de ce modeste et laborieux employé se retrouvera encore sous ma plume ; mais je dois, dès à présent, consacrer quelques mots d'éloges à sa mémoire, beaucoup trop oubliée. Eloy n'a pas seulement travaillé à la rédaction d'un grand nombre d'inventaires auxquels on est heureux de pouvoir recourir aujourd'hui , il a encore protégé , autant qu'il était en son pouvoir, le dépôt dont la garde lui fut confiée, et qui, grâce à lui peut-être, a échappé à une complète destruction. Ses fraudes^ pieuses ont, je n'en doute pas, sauvé plus d'un registre que l'aveuglement révolutionnaire avait voué aux flammes, comme entaché d!aristocratisme. Aces titres, il mérite notre reconnaissance, et c'était un devoir pour moi de rappeler au
moins les services qu'il a rendus dans des fonctions auxquelles ne s'attachait plus aucun des honneurs dont elles avaient été autrefois entourées.
Un an ne s'était pas écoulé depuis la promulgation du décret qui mettait sous les scellés les archives des Chambres des Comptes, qu'une loi, expression fidèle des idées du temps , venait menacer une partie des titres conservés précieusement Jusqu'alors. Cette loi, qui porte la date du 24 juin 4792, est assez concise pour que j'en puisse donner le texte :
« L'Assemblée Nationale , y est-il dit, considérant qu'il » existe dans plusieurs dépôts publics, comme la Biblio- » théque nationale, dans les greffes des Chambres des » Comptes, dans les archives des chapitres à preuves, etc., > des titres généalogiques qu'il seroit dispendieux de » conserver, et qu'il est utile d'anéantir, décrète qu'il y a » urgence.
» L'Assemblée Nationale, après avoir décrété l'urgence, » décrète ce qui suit :
» Article \^^. — Tous les titres généalogiques qui se » trouveront dans un dépôt public , quel qu'il soit , seront » brûlés. >
En conformité de cette loi, le Directoire du département de la Meurthe, dans sa séance du 30 juillet, nomma des commissaires pour procéder à la séparation des titres de noblesse qui pourraient exister, < dans les chartes, archives et greffes de la ci-devant Chambre des Comptes et du cidevant Parlement , et dans les archives des ci-devant chapitres de la Primaiiale de Nancy, des chanoinesses de Bouxières et de la Cathédrale de Toul , pour, les titres provenant desdites séparations, recueillis et transportés
dans la maison d'administration , être procédé à leur brûle ment ainsi qu'il serait procédé ultérieurement'. »
Eloy fut adjoint aux commissaires chargés d'inspecter les archives de la Chambre des Comptes, et, dès le 4 août 4792, on dressait l'inventaire des papiers ou registres destinés à faire les frais de l'auto-da-fé patriotique.
Cet inventaire , que je reproduis textuellement aux Pièces justificatives^, atteste combien de documents précieux, tant pour la généalogie de la maison ducale que pour l'histoire des familles , ont disparu , victimes de cette folle idée qu'on allait établir le règne de l'égalité absolue en détruisant des volumes et des parchemins. La science y a perdu sans que l'égalité y ait gagné quelque chose.
Quoiqu'il en soit, tous les registres contenant des titres nobiliaires furent impitoyablement mis de côté et conduits au lieu d'où ils devaient être ensuite menés au bûcher. Mais , ainsi qu'on pourra s'en assurer en lisant les notes dont j'ai accompagné le procès -verbal des commissaires, le vœu de la loi fut loin d'être complètement rempli. Des distractions assez nombreuses , et dont il faut remercier les auteurs, furent commises au préjudice des feux de joie par lesquels on se proposait d'amuser la populace ; des mains hardies détournèrent ce qui leur fut possible d'enlever, et c'est ainsi qu'on retrouve aujourd'hui, soit dans des collections particulières, soit au Trésor des Chartes lui-même, des registres que la Nation croyait réduits en cendres. Le gardien des archives ne dut pas rester étranger à ces soustractions, bien différentes de celles dont ce dépôt avait précédemment été victime.
i^y. pièce jasUficative X.