JEAN-LOUIS DUSSEK
Jean-Louis ou Lanisras DUSSEK, artiste illustre comme pianiste virtuose, était fils d’un organiste. II naquit à Czaslau, en Bohème, le 9 février 1761. A l’âge de cinq ans il jouait déjà du piano, et, suivant le témoignage de son père, il accompagnait sur l'orgue à l’âge de neuf ans. Il fut ensuite envoyé comme sopraniste au couvent d’Iglau, où il continua d'étudier la musique, sous la direction du P. Ladislas Spenar, maître du chœur de l’église des Minorites. Dussek étudia les langues anciennes au collége des jésuites et alla achever ses études à Kuttenberg, où il avait été appelé comme organiste. Après avoir passé deux années et demie dans ce lieu, il alla suivre un cours de philosophie à l’université de Prague, et ses progrès furent tels, qu'il put soutenir avec honneur sa thèse de bachelier en cette science. Ce fut alors que le comte Mænner, capitaine impérial d'artillerie, l’emmena avec lui en Belgique et le fit entrer comme organiste à l’église Saint-Rombaut de Malines. Après avoir passé quelque temps dans cette situation, Dussek alla à Berg-op- Zoom, où il remplit les mêmes fonctions, puis il se rendit à Amsterdam. Arrivé dans cette ville, il y fit admirer son talent sur le piano. Sa renommée le fit bientot appeler à la Haye par le Stathouder, et il passa près d’une année dans cette résidence, pour y donner des leçons de piano aux enfants du prince. Ce fut là qu'il publia ses trois premiers ouvrages, qui consistaient en trois concertos pour le piano, deux violons, alto et basse, œuvre premier, six sonates pour piano et violon, œuvres deux, et six sonates du même genre, œuvre trois. Ces compositions sont comptées parmi ses meilleures.
En 1783, Dussek avait atteint sa vingt-deuxième année, et déjà son talent excitait la plus vive admiration ; cependant il était encore en doute sur lui-même : ce doute lui fit prendre la résolution de se rendre à Hambourg pour consulter Charles-Philippe-Emmanuel Bach : il en reçut d’utiles conseils et des éloges. L'année suivante, Le jeune virtuose était à Berlin, où des applaudissements lui furent prodigués pour son habileté sur le piano et sur l’harmonica à elavier, instrument nouvellement inventé par Hessel. De Berlin, Dussek alla à Pétersbourg, où il avait le dessein de résider que'que temps; mais le prince Charles de Radziwill lui proposa un engagement avantageux qu'il erut devoir accepter; et il demeura deux ans avec ce seigneur dans le fond de la Lithuanie. Vers la fin de 1786, il vint à Paris, y joua devant la reine (Marie-Antoinette) et recut de la part de cette princesse des offres avantageuses, qui ne purent le décider à se fixer en France, parce qu’il avait le désir de visiter son frère en Italie. Arrivé à Milan, il y donna des concerts dans lesquels il se fit entendre sur le piano et sur l'harmonica ; son talent y produisit une vive sensation, bien qu’à cette époque les Italiens fussent peu sensibles aux beautés de la musique instrumentale.
De retour à Paris, en 1788, Dussek y resia peu de temps : les premiers troubles de la révolution le décidèrent à passer en Angleterre; il s’y maria en 1792 et se fixa à Londres, où il établit un commerce de