‹ Le trésor des pianistes (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · JEAN-LOUIS DUSSEK · texte numérisé non relu

JEAN-LOUIS DUSSEK

musique. Enthousiaste de son art et aimant le plaisir, il était peu propre à diriger des affaires commerciales ; de là vint que son établissement ne prospéra point. Poursuivi par ses créanciers, ce grand artiste fut obligé de s'éloigner de l'Angleterre et de se réfugier à Hambourg en 1800. Dans cette ville, une princesse du Nord s’éprit de passion pour lui, l'enleva et vécut avec lui dans une retraite située vers les frontières du Danemark. Cette liaison dura près de deux ans. En 1802, Dussek fit un voyage en Bohême pour y revoir son père, dont il était séparé depuis vingt-cinq ans. À son retour, il passa par Magdebourg, fut présenté à l'infortuné prince Louis-Ferdinand de Prusse et s’attacha à sa personne. Ce prince ayant perdu la vie au combat de Saalfeld, en 1806, Dussek passa d’abord au service du prince d’Ysenbourg, puis, en 1808, il se rendit à Paris et prit un engagement avec le prince de Talleyrand, dont il devint le maître de concerts. Fatigué de la vie agitée qu’il avait eue jusqu'alors, il ne songea plus qu’à jouir en paix du repos qui lui était offert.

Doué du caractère le plus aimable, d’une bonté parfaite et de beaucoup d’obligeance pour les artistes, d’un esprit naturel orné, d’une instruction variée, d’une gaieté douce et de manières nobles qu'il avait puisées dans la haute société où il avait vécu, Dussek avait pour amis tous ceux qui le connaissaient. On ne lui reprochait qu’un défaut : c'était une insouciance incurable qui lui faisait négliger le soin de ses affaires, et qui le mit souvent dans de grands embarras. Dans les dernières années de sa vie, son embonpoint était devenu excessif, ce qui ne lui avait rien Ôté de son agilité pour le piano; mais la difficulté de se mouvoir lui avait fait contracter l'habitude de passer au lit la plus grande partie des jours. Pour sortir de l'espèce d’apathie qui résultait de ce genre de vie, il était obligé de faire un usage immodéré du vin et des liqueurs fermentées, comme de stimulants, qui finirent par altérer sa constitution, et par lui donner la mort. Il cessa de vivre, à Paris, le 20 mars 1812.

Également célèbre comme exéculant et comme compositeur pour son instrument, Dussek a mérité sa double réputation par de rares talents. On s’est longtemps souvenu de l'effet prodigieux qu'il fit en 1808 aux concerts qui furent donnés à l'Odéon par Rode, Baillot et Lamare. Jusque-là, le piano ne s’élait produit qu'avec désavantage dans les concerts ; mais sous les mains de Dussek il éclipsa tout ce qui l’entourait. Le style large et sage de cet artiste, sa manière de chanter sur un instrument privé de son soutenu, enfin le brillant et la délicatesse de son jeu, lui procurèrent un triomphe dont il n’y avait point eu d'exemple auparavant. Ses compositions se distinguent par des formes qui lui sont propres, par des motifs brillants, par des mélodies heureuses et par une harmonie riche, bien que parfois incorrecte.

Dussek a publié soixante-seize œuvres pour le piano, lesquelles consistent en douze concertos avec orchestre, une symphonie concertante pour deux pianos, un quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contre-basse, un quatuor pour les mêmes instruments sans contre-basse, dix œuvres de trios ou sonates accompagnées, quatre-vingts sonates pour piano et violon, neuf sonates à quatre mains, trois fugues édem, cinquante-trois sonates pour piano seul. Une collection complète de ses œuvres a été publiée à Leipzig, chez Breitkoff et Hærtel. Parmi ses ouvrages, ceux que Dussek estimait le plus sont les œuvres 9, 10, 14, 35, la sonate intitulée 4dieux à Clementi, et celle qui a pour titre le Retour à Paris. I avait publié à Londres une méthode pour le piano, en anglais; il l’a traduite en français et en allemand : elle a eu plusieurs éditions à Paris et à Leipzig. Dussek a fait représenter aussi deux opéras anglais, qui ont eu peu de succès ; enfin on connaît de lui une messe solennelle qu'il composa à l’âge de treize ans, et plusieurs oratorios allemands, entre autres celui de /a Résurrection, sur la poésie de Kloptock. Il y a aussi beaucoup de musique d'église de sa composition, conservée à l’église Sainte-Barbe, à Kuttenberg, ainsi qu'à l'église collégiale de Czaslau.

F.-J. FÉTIS

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