G.-P.- EMMANUEL BACH
BACH (Charles-Philippe-Emmanuel), deuxième fils de Jean-Sébastien , naquit à Weimar le 14 mars 1714. II fit ses études musicales à Leipzig, sous la direction de son illustre père, qui, pendant plusieurs années, lui enseigna le clavecin et la composition. Emmanuel suivit en même temps un cours de jurisprudence à l'université , puis il alla se perfectionner dans cette science à Francfort-sur-1'Oder. Il fonda dans cette ville une académie de musique dont il eut la direction, et pour laquelle il a écrit divers ouvrages. En 1738, il se rendit à Berlin pour y professer la musique; deux ans plus tard, il entra au service de Frédéric II qui venait de monter sur le trône. Il conserva cette position jusqu'en 1767, époque à laquelle il se rendit à Hambourg pour y remplacer Telemann comme directeur de musique.
Ce n'est pas sans beaucoup d'obstacles qu'Emmanuel Bach parvint à s'affranchir de l'espèce d'esclavage où il était à la cour de Prusse , le monarque guerrier étant habitué à traiter les artistes à peu près comme il traitait ses soldats. « Plusieurs fois , dit M. Fétis , il avait demandé son congé sans pouvoir « l'obtenir : on se contentait d'augmenter ses appointements. N'étant pas né Prussien, il semble qu'il « devait être libre de se transporter où bon lui semblait ; mais il s'était marié à Berlin , et , dans les usages « despotiques de ces temps-là, sa femme et ses enfants ne pouvaient quitter la Prusse sans la permission « du gouvernement dont ils étaient les sujets. Le souvenir de ce qu'il avait souffert en cette occasion lui rendit « si chère la liberté dont il jouissait à Hambourg , qu'il ne voulut jamais quitter cette ville , quels que « fussent les avantages que lui offraient plusieurs princes d'Allemagne, pour l'attirer à leur service. »
Lorsqu'en 1773 le docteur Burney terminait le voyage qu'il avait entrepris pour visiter la France, l'Italie et l'Allemagne, à l'effet d'y recueillir des matériaux pour son Histoire de la musique, il vit Bach à Hambourg. Burney parle avec enthousiasme du grand artiste. Celui-ci se plaignait du peu de ressources que lui offrait la ville où il résidait pour l'exécution de ses œuvres. « Vous êtes venu cinquante ans trop tard , » lui disait-il (et il voulait faire allusion à l'état florissant de la musique et du théâtre de Hambourg du temps de Kayser, Mattheson, Haendel et Telemann). «Si j'étais, ajoutait Bach, dans une ville où je pusse faire « exécuter mes ouvrages avec exactitude et où l'on pût m'entendre avec plaisir, je mettrais tous mes soins « à plaire ; mais adieu la musique à présent ! Les Hambourgeois sont de bonnes gens , et je jouis ici d'une « tranquillité et de plus d'indépendance que je ne pourrais trouver dans une cour. Depuis que j'ai cinquante « ans, j'ai quitté toute ambition. Je me suis dit : Vivons en paix, car demain il faudra mourir, et me voilà « tout réconcilié avec ma position. »
Telles sont les paroles de Bach, rapportées par Burney dans la relation de son voyage. Écoutons encore les réflexions de l'historien anglais : « Hambourg n'a plus aujourd'hui d'autre artiste de mérite que « Charles-Philippe-Emmanuel Bach; mais à lui seul il en vaut une légion. J'avais longtemps admiré ses