A CHARLES-PHILIPPE-EMMANUEL BACH
manuscrit de l'œuvre complète d'Emmanuel Bach que possède M. Fétis donne les thèmes de six pièces portant le même titre, composées en 1759 et 1766, et publiées à Hambourg, en 1770, dans le recueil intitulé : Musikàlisches Vielerley.
Je possède enfin de ce grand artiste : 1° Menuet de Locatelli, avec vingt et une variations pour le fortepiano ; Vienne, Jean Traeg. 2° Les Folies d'Espagne, avec douze variations pour le forte-piano ; Vienne, chez le même éditeur.
Outre ces ouvrages, tous pour le clavecin, il en a été publié beaucoup d'autres du même compositeur pour divers instruments , parmi lesquels on remarque : Trio pour violon , en ut mineur, avec des observations , suivi d'un autre trio pour flûte, violon et basse; Nuremberg, 1751. — Symphonie en mi mineur pour deux violons, alto et violoncelle; ibid.; 1759. — Quatre symphonies pour douze instruments; Leipzig, 1780. — Preludio e sei sonate per l'organo; Berlin, 1790, grand in-fol. obi.
Dans les préliminaires d'un recueil de sonates d'Emmanuel Bach que M. Fétis a publié chez l'éditeur Schœnenberger, on lit les paroles suivantes :
« Jean-Sébastien Bach était encore dans toute la force de son talent lorsque son fils Emmanuel publia ses « premiers ouvrages. Il serait curieux de savoir quelle fut l'opinion de ce grand homme sur des choses si « différentes de son style ; vraisemblablement il les aura considérées comme des bagatelles, car tel était le « mot dont il se servait pour désigner les opéras italiens de son temps et toute la musique libre qui n'avait « d'autre base que l'imagination , quoiqu'il eût lui-même l'imagination la plus riche et la plus libre. Quoi « qu'il en soit, Emmanuel Bach montra, dans son premier œuvre de six sonates, dédié au roi de Prusse et « publié en 1742, la route nouvelle où il voulait s'engager, quoiqu'il y eût encore quelque incertitude dans « son style. »
Au sujet de ce qu'on vient de lire, la vérité historique m'oblige à faire les observations suivantes : — Emmanuel Bach publia, en 1731, un menuet à mains croisées; il était alors âgé de dix-sept ans. Cet ouvrage m'est inconnu. Entre celui-ci et les six sonates dédiées au roi de Prusse, qui parurent à Nuremberg, sans date, mais en 1742, au dire de Burney, de Forkel et de Gerber, les bibliographes n'indiquent aucune publication d'Emmanuel. Pendant un intervalle de onze ans, son talent s'était mûri par l'étude, la réflexion et l'expérience; en un mot, son individualité s'était développée. Il avait alors vingt-huit ans ; il n'offrait donc point au monde musical le produit de ses essais, de ses tâtonnements, mais une œuvre de longue haleine , une œuvre complète, dans laquelle son talent apparaissait sous sa véritable physionomie. Je ne vois point là cette route nouvelle que montrait Bach et où il voulait s'engager, quoiqu'il y eût encore quelque incertitudedans son style. — Dans les six sonates en question , il n'y a plus le moindre rapport entre la manière de l'auteur et celle de son illustre père. L'affinité de style, de caractère, avec les autres ouvrages d'Emmanuel, est complète. Et si, faisant un examen très-attentif des dix-huit morceaux dont se composent les six sonates, on voulait y chercher rigoureusement la trace de la manière de Jean-Sébastien, on ne pourrait tout au plus la trouver que dans l'adagio de la troisième sonate, morceau dans lequel la figure du thème et ses déductions se reproduisent pendant toute sa durée sans épisodes et sans aucun mouvement dramatique.
Après l'observation de M. Fétis que j'ai citée, l'éminent critique ajoute : « Mais il (Emmanuel) caractérisa « davantage sa manière dans les six autres sonates qu'il fit paraître en 1753. Là, les formes qu'il a repro- « duites plus tard dans ses autres œuvres sont arrêtées, et l'on n'y retrouve plus rien de l'ancienne école. »
Il paraît hors de doute que M. Fétis a voulu parler d'un recueil de sonates qui, selon lui, aurait été publié le premier après celui dédié au roi de Prusse. — Eh quoi! après une telle création, Emmanuel aurait mis un intervalle de onze années avant de donner suite à son œuvre de progrès, on peut même dire de découvertes !... Non, et M. Fétis n'a pas connu les six belles sonates dédiées au duc de Wurtemberg, portant sur le titre l'indication Œuvre H. Ce recueil est pourtant cité avec sa date de publication par Forkel , dans