‹ Le trésor des pianistes (volume 4)Chapitre 6 sur 54 · DES NUANCES · texte numérisé non relu

DES NUANCES

Pour celui qui déjà a su se rendre maître du mécanisme, l'art de nuancer est l'art de jouer parfaitement. Je ne borne pas la signification du mot nuances au soin que doit apporter l'exécutant à observer le piano , le forte et le mezzo forte, le crescendo et le decrescendo ; je le prends dans son acception la plus vaste. L'art de nuancer est donc la faculté de rendre à la fois les détails les plus exquis de la pensée et toutes les délicatesses du sentiment. Mais si l'on peut donner des préceptes pour les nuances qui marquent les divers degrés de sonorité, comme leur augmentation ou leur dégradation, il en est qui échappent à l'analyse et qui constituent ce qu'on peut appeler le génie de l'exécution. La musique de Haydn et celle de Mozart n'admettent nullement les nuances exagérées de certains compositeurs modernes ; il faut donc bien se garder d'exécuter les F comme s'il y avait FF ; il faut aussi , dans les œuvres de ces deux grands maîtres , s'abstenir d'un maigre pianissimo dans les phrases de chant : celles-ci doivent être exécutées avec un son doux, moelleux, mais plein ; en un mot, il faut que le jeu ait toujours de l'ampleur et de la noblesse. Ces

oppositions d'un pianissimo excessif au forte qui, il y a une vingtaine d'années, avaient été mises à la mode au théâtre par les Grisi et les Rubini, pouvaient trouver leur place dans des cavatines italiennes, mais elles sont du plus mauvais effet et complètement déplacées dans la musique où l'exécutant doit constamment s'effacer, en renonçant à ces petits moyens de parade , et ne songer qu'à mettre en relief le plus possible la pensée du compositeur.

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