DE L'EMPLOI DES PEDALES
Abuser de la pédale qui lève les étouffoirs nuit essentiellement à la belle exécution , lors même qu'on l'emploie convenablement, c'est-à-dire en la quittant et la reprenant successivement lorsque l'harmonie change. J'ai bien souvent témoigné mon aversion pour cette manie des pianistes modernes en général. Aujourd'hui, je sens que ma voix seule pourrait peut-être manquer d'autorité, et je veux lui donner pour appui celle du plus grand pianiste du dix-neuvième siècle, de l'élève de Mozart, de Hummel enfin. Voici ce qu'on lit dans la Méthode de piano de ce célèbre artiste :
« L'usage de lever les étouffoirs presque continuellement est devenu assez général : c'est un excellent moyen pour cacher un jeu défectueux !
« Quoique le véritable artiste n'ait besoin d'aucune des pédales pour émouvoir ses auditeurs , il serait injuste de les rejeter entièrement ; car celle qui lève les étouffoirs et celle du jeu céleste peuvent s'employer quelquefois avec avantage pour varier les effets ; mais c'est principalement dans les mouvements lents et dans les endroits où les accords ne changent pas trop vite qu'on peut en faire usage.
« .... En général , on fera bien de ne se servir de la pédale qu'avec ménagement ; car il est faux de croire qu'un passage bien exécuté sans son concours , et dans lequel on distingue chaque note , ait moins de charme pour l'auditeur que lorsqu'il est rendu avec les étouffoirs levés, qui laissent entendre le bourdonnement d'une foule de sons.
« Les oreilles peu délicates peuvent seules supporter un tel abus : les hommes de goût seront assurément de mon avis. Ni Mozart ni Clementi n'ont eu recours à ces moyens pour acquérir le titre glorieux de premiers pianistes de leur temps. »