‹ Le trésor des pianistes (volume 5)Chapitre 8 sur 37 · JÉRÔME FRESCOBALDI · texte numérisé non relu

JÉRÔME FRESCOBALDI

la musique de ce temps inséré parmi les œuvres de Jean-Baptiste Doni (tome II, p. 239), et daté du 16 janvier 1640, Délia Valle dit que Frescobaldi était un Hercule placé dans Saint-Pierre, et qu'il frappait d'étonnement tous ceux qui l'entendaient. L'artiste était alors dans sa cinquante -troisième ou cinquantequatrième année. Il est vraisemblable qu'il avait fait un voyage à Florence en 1630, car il y publia un de ses ouvrages dans la même année. L'époque de sa mort ne peut être déterminée avec précision, mais on a la certitude qu'elle n'eut pas lieu avant 1655, puisque Froberger, qui s'était rendu à Rome pour prendre de ses leçons et qui fut en effet son élève, ne retourna en Allemagne qu'à la fin de 1654. Dans tous les cas, sa mort aurait précédé de peu de temps le moment où Froberger s'éloigna de Rome.

Les compositions de Frescobaldi, tant pour l'orgue que pour le clavecin, et que nous possédons, nous dispensent de recourir aux éloges de ses contemporains pour nous former une juste idée de son mérite ; elles démontrent qu'il fut un de ces hommes rares dont l'influence sur l'art de leur époque est irrésistible. L'historien de la musique Hawkins a dit (a General Historj of Musïc, t. IV, p. 175-176] qu'il fut le premier italien qui joua des fugues sur l'orgue, et la plupart des biographes ont répété cette méprise ; mais il suffit d'examiner les pièces d'orgue d'André et de Jean Gabrieli, pour acquérir la preuve que ces artistes ont écrit des fugues à trois et à quatre parties aussi bien que l'organiste de Saint-Pierre. La seule différence est que les fugues d'André Gabrieli sont réelles, c'est-à-dire sans mutation dans la réponse du sujet, parce que la tonalité du plain-chant prévalait encore de son temps, tandis que la plupart des fugues de Frescobaldi, basées sur la tonalité de la note sensible, sont tonales, ou régulièrement modulées, et plaisent davantage à notre oreille, accoutumée à ce système de tonalité moderne. C'est à cette cause aussi qu'il faut attribuer l'harmonie gracieuse et piquante qu'on remarque dans les canzoni, les caprices et les toccates de ce célèbre artiste; et l'on ne peut mettre en doute que cet avantage, non moins que la féconde imagination empreinte dans les développements de ses sujets, n'ait contribué à l'éclat de sa renommée. Samuel Scheidt, son contemporain, grand organiste aussi et génie d'invention, est à peine connu, si ce n'est de quelques musiciens érudits, parce que ses pièces, bien que remarquables par leur mérite, sont toutes écrites dans la tonalité ancienne. Cette tonalité, excellente dans la musique religieuse et vocale, par sa noblesse et par son calme, est presque un contre-sens dans la musique instrumentale, dont les allures doivent être vives, et qui devient monotone si l'on n'y remarque pas de modulations inattendues. Frescobaldi s'est conformé à la tonalité du plain-chant dans ses Magnificat, hymnes et antiennes, dont il a traité les sujets d'une manière grave et convenable au service divin ; dans ces pièces, son style est tout différent de ce qu'il est dans les canzoni et dans les toccates.

Les plus grands artistes payent quelquefois un tribut au goût de leur temps, ce goût fût-il des plus mauvais : Frescobaldi offre un exemple de ces sortes d'erreurs dans ses Ricercari e Canzoni francesi sopra diversi oblighi, publiés à Rome, en 1615. Ces caprices sont destinés à être exécutés sur l'orgue ou joués par plusieurs instruments. Ils sont écrits à deux, trois ou quatre parties. Le plus grand nombre est digne de l'auteur, mais on en trouve quelques-uns entachés des folies imaginées par quelques compositeurs de son temps. Le trente-quatrième, par exemple, est établi sur l'obligation qu'aucune des quatre parties ne marche par degrés conjoints ; le trente-septième est un caprice chromatique avec des ligatures qui doivent toutes se résoudre en montant, ce qui produit de fort mauvaises successions d'harmonie ; dans le trente-huitième, il faut que l'organiste, en exécutant les quatre parties écrites, trouve à placer une cinquième partie composée de huit notes qui doivent toujours être répétées, et cette partie doit être chantée par lui. Ces tours de force et ces énigmes ne sont pas l'objet réel de l'art.

Voici la liste certaine des œuvres de Frescobaldi et de leurs diverses éditions : 1° Di Girolamo Frescobaldi il primo libro di madrigali a cinque voci, novamente composti e dali in lace. In Anversa, appresso Pietro Phalesio, 1608, in-4°. — 2° Il primo libro, Fantasie a due, tre e quattro. Milano, 1608, in-4. —

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