PREMIERS MOTS DE LA PREMIÈRE LIGNE
Texte original de 1842 Tirage de 1844
L'Huître se referme. Un vieux dromadaire.
Or, nous avons eu en mains, en livraisons, texte plié in-8 et non coupé, avec les figures sur chine, l'exemplaire de J.-J. Grandville (1842) qui commençait à la page 15 par:
Un vieux dromadairell ! Et nous pourrions citer de nombreux changements plus importants dans Y Histoire de Mapoh'on, de Norvins, illustrée par Raffet, dans les Fables de La Fontaine, de Grandville, etc.... N'oublions p;is (jue ces ouvrages ont été tirés à très grand nombre, tel le Paul et Virginie, de Curmer, imprimé à dix mille exemplaires, et que, durant l'impression, de notables corrections ont été faites sous presse, comme cela eut lieu pour le portrait de « la Bonne Femme », à la page 418 : « On nest heureux quavec une bonne femme ».
L'éditeur avait fait graver sur bois par Lavoignat le portrait de sa première femme, dessiné dans un médaillon par Pauquet. Cette vignette est indiquée à la table du livre; et l'on se demande pourquoi elle a été supprimée, puisqu'elle ne se trouve même pas dans les exemplaires en livraisons portant l'adresse de la rue Sainte-Anne, et que tous les exemplaires reliés pour le jour de l'an de 1838, magnifiques d'épreuves au surplus, ne la contiennent pas. Voici l'explication qui nous en a été donnée par M. Gauthier, employé de Curmer.
Pendant l'impression du livre, l'imprimeur Everat soumettait à Curmer, feuille à feuille, rue Sainte-Anne, le tirage de Paul et Virginie ; c'est alors que l'éditeur, sur le conseil d'amis, supprima la vignette de la Bonne Femme. Toutes les feuilles déjà tirées avaient été mises à l'écart, mais, par oubli, cette gravure ne fut pas supprimée de la table, où elle subsista, même avec, par erreur, le nom de Meissonier. Plus tard, quelques bibliophiles curieux ajoutèrent à leur exemplaire cette
page 418 contenant le portrait de Madame Curmer. En 1879, l'éditeur Conquet retrouva chez Curmer le bois en parfait état, qui paraissait avoir peu servi; il en fit l'acquisition. Après en avoir tiré 22 épreuves : 4 sur japon et 18 sur chine, le bois fut détruit.
Nous avons cité avec détails cet exemple pour démontrer que l'absence d'une remarque, d'une variante sous presse, etc., n'implique pas la tare de l'exemplaire; remarques et variantes ne sont à vrai dire que de piquantes curiosités sans plus.
Disons, pour terminer, que les ouvrages qui possèdent bien les remarques que nous indiquons : dates, noms d'imprimeur et d'éditeur, offrent toute garantie, qu'ils soient reliés de leur temps avec ou sans couverture, brochés ou en reliure moderne, avec leur couverture.