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RELIURES MODERNES

Les relieurs modernes, pour habiller les livres romantiques qui sont restés brochés jusqu'à ce jour, se sont spécialisés dans l'imitation de ces reliures dites « dans le goût du temps », et il faut citer comme y étant le mieux parvenus : Cuzin, Mercier et Noulhac. C'est du reste à eux que des bibliophiles délicats, comme les Legrand, les Montgermont, les Descamps-Scrive, les Mercier, les Bordes, les Villebœuf, les Vautier, etc., etc., s'adressèrent pour habiller leurs exemplaires de choix, éditions originales ou livres illustrés du xixe siècle.

Ces mêmes relieurs, sans oublier De Samblanx et Weckesser, de Bruxelles, composèrent aussi, pour les romantiques et pour les belles productions modernes, des décors nouveaux en harmonie avec les styles et les illustrations.

Vers 1869, un relieur qui était en même temps un érudit, Henri Marius-Michel, imprégné d'idées modernes, comprit qu'il y avait place à notre époque pour un créateur. Sa conviction fut telle qu'il entreprit une lutte tenace contre les errements qui consistaient alors à copier éternellement le passé.

Le jeune relieur, inspiré, continua l'art de la reliure en respectant la tradition, mais en composant des décors originaux pour les livres de notre temps.

La merveilleuse ornementation du xvie siècle séduit

tout d'abord Marins-Michel ; il en saisit admirablement l'heureuse harmonie, mais il s'efforce de la moderniser, de V adapter à notre époque. Il y réussit si bien que d'étape en étape les décors qu'il conçoit sont d'un style vraiment nouveau qu'il pousse jusqu'à la perfection.

Il sait cependant s'affranchir du modernisme outrancier où tombent ceux qui n'ont pas comme lui — outre sa technique incomparable d'exécutant — le sentiment de la couleur, le sentiment de la mesure, en un mot le génie créateur qui fait de ce grand artiste relieur le Maître incontesté du décor moderne. Il eut à juste titre ses principaux admirateurs dans les grands collectionneurs : Beraldi, Paul Gallimard, Descamps-Scrive, Barthou, Bordes, Borderel, le libraire Conquet, etc.; ses habiles et heureuses conceptions seront ainsi conservées dans leurs superbes collections.

Enfin il faut citer le bel éloge que lui a décerné M. Beraldi dans son Ouvrage La Reliure du xixe siècle, éloge bien mérité : Marius Michel est le plus grand relieur que nous ayons eu depuis la Renaissance.

Gruel, Canapé et Ch. Meunier méritent une mention spéciale, chacun dans son domaine, pour leur réussite, dans la composition et l'exécution de belles mosaïques modernes ou de style, sur les ouvrages les plus estimés des bibliophiles.

Il faut citer également les excellentes signatures des Affolter, Chambolle, David, Joly, Maylander et Magnin de Lyon. D'autres enfin, imprégnés d'art nouveau, ont conçu de fort beaux spécimens, comme Cretté le suct

cesseur de Marins Michel, Ruban et son successeur Lanoé, Kieffer, Creuzevault, Vermorel, Levitzky, enfin, dernier venu Legrain.

Enfin il convient de ne pas oublier pour les demireliures soignées : Champs, Stroobants et Farez, élève de Carayon, cet artisan de goût qui a laissé comme relieur un très bon remon.

Pour terminer, disons qu'il serait bon pour les grands et beaux ouvrages du XIXe siècle : La Peau de chagrin, Paul et Virginie, Chants et chansons populaires, etc., etc., de renoncer aux simples demi-reliures, et de leur faire l'honneur de la reliure pleine semblable au bel habit signé par les célèbres relieurs du temps, et dans lequel on aimerait à les rencontrer.

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