‹ Le tresor du bibliophileChapitre 14 sur 514 · A MON FILS · texte numérisé non relu

A MON FILS

C'est à toi, mon ami, que je dédie mon ouvrage; je remplis en cela le vœu de mon cœur: tu penses bien que ce n'est pas un hommage que je te rends, c'est plutôt une sorte d'encouragement que je veux te donner pour t'engager à bien faire.

A dix-sept ans, tu es mon premier ouvrier; à dix-sept ans tu sais à peu près un art que je ne commençais à apprendre qu'à vingt-sept; tu n'as plus qu'à t'y perfectionner.

C'est bien moins dans mon livre qu'il faut étudier, que d'après nos grands ouvriers que fu dois t'efforcer d'imiter.

Fais toujours bien pour le plaisir de bien faire.

Pénètre-toi bien que l'état le plus simple devient un art dans la main de celui qui l'exerce avec distinction ; et que l'art le plus sublime n'est plus qu'un vil métier pour celui qui travaille avec routine, et dans la seule vue de pourvoir à son existence.

Mais tu ne seras pas de ce nombre; déjà tu brûles de te distin guer, déjà tu discernes ce qui est bien ou mal fait dans les ouvrages de nos grands maîtres modernes : que les célèbres anciens soient aussi l'objet de tes méditations ; ils avaient leurs mérites particuliers. Sans négliger l'embellissement, comme ils ont souvent fait, à leur imitation, que la solidité soit ta principale étude : les amateurs trouveront toujours assez d'ouvriers pour leur faire de belles choses ; ils n'en trouveront jamais trop pour leur en faire de bonnes.

LESNÉ.

Après vinrent Bauzonnet, Trautz et Capé, qui se signalèrent par de sobres reliures de maroquins choisis. Bauzonnet était maître pour parer les belles peaux à gros grains qui sont aujourd'hui très recherchées. C'est au cours de cette dernière période que fut abandonné le dos plat pour le demi-rond, vers 1847, époque correspondant à une très forte transition dans la reliure, qui devint plus sobre de décor, le filet dominant.

C'est surtout après 1870 que des bibliophiles distin-

gués, comme M. Henri Beraldi1, le président actuel de la Société des Amis des Livres, mirent à la mode les livres en reliure romantique. M. Beraldi a été du reste un véritable apôtre en bibliophilie, faisant des prosélytes et portant la bonne parole.

Certains amateurs du début du xixe siècle se sont livrés à des débauches de reliures romantiques sur des livres souvent dénués d'intérêt; il y avait une question de mode. C'est ainsi que l'ouvrage Le Mérite des femmes fut relié toujours très richement, tandis que les éditions originales d'auteurs célèbres, comme Hugo, Vigny, Stendhal, Balzac, etc., étaient recouvertes de simples demi-reliures exécutées par des relieurs secondaires.

Il y eut cependant, et fort heureusement, des exceptions. On trouve en effet, quoique fort rarement, quelques classujues bien imprimés, éditions Lefèvre ou Didot, et des éditions originales ou des illustrés du xixe qui eurent les honneurs de ces beaux habits; la lutte est âpre quand le hasard d'une vente ou d'un catalogue les produit sur le marché.

Hésiter entre l'exemplaire broché revêtu de la plus fraîche couverture et le chef-d'œuvre d'un Simier ou d'un Thouvenin, cela est permis : mais préférer à l'exemplaire broché et en parfaite condition un exemplaire misérablement couvert d'une reliure médiocre ou même d'une basane de camelote parce quelle est d' époque I cela nous parait la négation de toute bibliophilie.

1. H. Beraldi. La Reliure du XIX' siècle. Paris, Conquet, 1895-97, 4 vol. in-8.

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