QUELLES QUALITÉS DOIT AVOIR LE VÉRITABLE ZELE
\o Le véritable zèle doit être inspiré par la charité.
2° Dirigé par la prudence.
3° Soutenu par la constance.
Oui. assurément, il n'y a pas d'occupation plus excellente,, pliih sublime, plus divine que celle de procurer efficacement le salut des âmes. C'est déifier les hommes. Deificare homines, selon l'expression de Saint Denis (1). Précisément à cause de cela, l'ennemi déploie une ardeur incroyable, pour que le prêtre néglige d'exercer ce noble zèle; et quand il ne peut pas obtenir ce résultat, il fait au moins en sorte que cette vertu divine, ce feu sacré que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre, s'altère dans son cœur, dégénère en vice, et ne produise pas ainsi les fruits admirables attendus par Dieu et par les âmes. Le zèle, pour être légitime, doit avoir trois qualités décrites admirablement par saint Bernard dans un de ses sermons (2) ; « Zelum tuum inflammet charitas, informet scientia, firmet constantia. Sit fervidus, sit circumspectus, sit inv?ctus. »
(1) Dion, de cœl. Hier. 3. (2) Bern. serm. 20, in cantica.
£J TRÉSOR DU PRÉTRt
Zelum tuum inflammet charitas.
La première condition du véritable zèle sacerdotal est qu'il soit inspiré et allumé par la charité ; et cette flamme sacrée, où devra-t-elle se trouver d'abord, sinon dans le prêtre lui-même? Si nous voulons rendre les autres fervents, il faut avant tout que la ferveur soit dans notre âme ; si nous voulons allumer dans les autres le feu du divin amour, il est nécessaire que nous recevions préalablement la plénitude du Saint-Esprit. Qu'étaient les Apôtres, avant que l'Esprit consolateur descendit sur eux? Des ignorants : « Et ipsi nihil horum intellexerunt, et erat verbum istud absconditum ab eis, non intelligebant quse dicebantur (1). » Des ambitieux : « Facta est contentio inter eos quis eorum videretur esse major (2). » Des lâches : « Omnes, relicto eo, fugerunt (3). » Des incrédules: « Nisi videro, non credam (i). » Mais à peine le Saint-Esprit les a-t-il remplis de sa grâce, qu'ils comprennent aussitôt la vérité ; éclairés par la lumière d'en haut et revêtus de la force divine, ils sortent intrépides du Cénacle: et, en un seul discours, ils convertissent trois mille, cinq mille auditeurs à la religion catholique. Quelle efficacité auraient nos paroles, si nous pouvions dire avec le divin Maître : « SpiritusDomini super me (5). » Si l'Esprit-Saint descendait dans nos cœurs, s'il les pénétrait ; si, détruisant en nous l'esprit du monde, il daignait avec nous et par nous combattre, vaincre et détruire le vice dans le cœur du prochain ; s'il nous prenait pour ses instruments, de façon à ce que dans toutes nos actions, dans toutes no? paroles, on vit resplendir l'esprit de Dieu, nous convertirions alors plus d'âmes avec de courtes réflexions, que n'en ont ramené au Seigneur les prédicateurs les plus célèbres avec une longue série de sermons. « Oui, s'écriait Saint Philippe de Néri, vous dites que le monde est perdu ; vous avez raison ; mais donnez-
1) Luc. xvm, 34. (2) Luc. xxii, 24. (3\ Mattd. xxvi, bc, 4) Joan'. xx, 25. (5) ts. i.x. 1.