‹ Le trésor du prêtreChapitre 11 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE, Jl · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, Jl

moi douze hommes apostoliques animés de l'esprit de Dieu, et je vous rendrai le monde converti. »

Vous devez donc commencer par là : « Ordinavit in me charitatem (1J; et charitas bene ordinata incipit à seipso. » Il est nécessaire, écrivait l'iilustre et saint docteur Isidore à son frère saint Fulgence, il est nécessaire que les prêtres soient tous saints et irrépréhensibles ; car celui qui corrige les autres, doit se tenir loin du péché, et être pur de toute souillure. Mais de quel front reprendrez-vous les autres, si celui que vous corrigez peut vous reprendre? Prenez cela pour vous le premier, et faites ce que vous dites. Il faut que celui qui avertit le prochain, se corrige d'abord luimême Car, quoi déplus honteux, que de ne pas faire la

bien que l'on conseille aux autres? Quand on accomplit et pratique ce qu'on enseigne, c'est alors seulement qu'on prêche avec fruit ; commencez par bien agir, et vous enseignerez bien ensuite (2). » Tâchons, messieurs et vénérables Prêtres, vous dirai-je avec le doux et ingénieux saint Bernard, tâchons d'êtres des bassins et non des canaux : « Si napis, concham te exhibebis, et non canalem (3). » Le canal verse toute l'eau qu'il reçoit de la fontaine, et n'en garde pas une goutte; mais ie bassin ou le réservoir ne fait pas ainsi. Il se remplit d'abord d'eau, et le trop plein il le verse dans les champs, les fécondant ainsi, sans rien perdre de ce qu'il contient : « Sciens maledictum qui partem suam facit deteriorem. » Mais hélas ! s écrie le même Saint, l'Eglise a baucoup de canaux et très-peu de bassins : « Ganales mul-tos hodie habemus in Ecclesia ; conchas vero perpaucas. » Combien y a-t-il de prêtres, par les lèvres desquels passe, comme par autant de canaux, l'eau de la parole divine, et qui, tout en fertilisant les cœurs des autres, demeurent eux-mêmes arides et ne portent point de fruit! Celui qui donnerait à autrui tout son esprit, sans rien réserver pour lui agirait en insensé, non en homme charitable. Imitons notre divin Sauveur : tandis que nous recevons de sa plénitude les dons les plus abondants, il demeure toujours rempli, et il ne cesse d'être la source de biens infinis. Si les misères spirituelles du prochain vous émeuvent tant,

(1) Cant. u, 4. (2) luo, ftfûc. a*l, S. Fui*. (3) Bkrn. serai. 18, in Cant

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pourquoi ne pas avoir d'abord pitié de votre âme, dit le Sage, en vous efforçant de plaire à Dieu dans toutes vos actions? a Miserere animée tuae placens Deo (4). »

Pureté d'intention. N tre zèle sùra animé par la chante, s'il est accompagné d'une grande pureté et droiture d'intention, de manière à ce que nous ne prétendions pas étaler vainement nos talents, faire ressortir notre habileté, acquérir la popularité, ni avoir on vue un intérêt temporel ou un gain quelconque, travaillant, non pour un but terrestre, mais uniquement en vue de plaire a Dieu, de lui procurer de la gloire, et de sauver des âmes. Cette pureté d'intention est ce qui décide du. mérite et de la -bonté de nos œuvres; cest elle qui élève et sanctiûe jusqu'aux actions les plus indifférentes, les faisant fructifier et les divinisant aux yeux du Seigneur : « Secundum quod finis propter quem operaraurest culpabilis, aut laudabilis ; secundumhoc sunt opéra n stra culpabilia aut laudabilia (2). Ainsi s'exprime le Docteur do la grâce., et mieux encore, le Saint-Esprit dans l'Evangile de saint Matthieu, chapitre VI : « Si oculus tuus fuent simplex, totum corpus tuum lucidum erit : si autem oculus tuus fuerit nequam. totum corpus tuum tem brosum orit. » Par cet œil, les saints entendent la droiture d'intention qui doit accompagner toutes nos œuvres : si notre intention est droite et pure, nos entreprises seront droites, pures et agréables à Di ?u ; si notre intention est oblique et mauvaise, nos actions le seront aussi.

Comment connaîtrons-nous si notre intention est pu?*e, et si la charité anime vraiment notre zèle? Les saints indiquent différentes marques.

<o Vous réjouissez-vous quand votre rival est applaudi, quand le monde court après lui, qu'il produit de grands fruits dans les âmes; ou au contraire, vous contristez-vous quand vous l'entendez louer, et quand vous voyez une multitude considérable autour de sa chaire et de son confessionnal? Si la joie est dans votre cœur, remerciez Dieu; j'espère que vous serez de ces ministres bons et fidèles, <* qui non quaerunt quae sua sunt, sed quaa Jesu Christi (3). » Mais si la tristesse vous gagne à la vue des autres qui pros-

M) Eccli. xxx, 24. (2; Ace. ï. 2. De mor. Eed. xni. <3i Philip, u, 21.

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