SOLLICITUDE DU CURÉ A L'ÉGARD DES MALADES
* Importance de ce ministère.
« Parochus imprimis meminisse débet, non postremas esse muneris sui partes segrotorum curam habere : quare cum primum noverit quempiam ex fidelibus curas sua? commissis segrotare, non expectabit ut ad eum vocetur, sed ultro ad illum accédât (4). » C'est avec ces paroles solennelles que le Rituel romain, publié par Paul V, s'efforce d'inculquer l'obligation si grave qui incombe au curé de visiter les malades. Obligation telle, que, selon les théologiens, il commet un péché mortel, si, /par sa négligence, il laisse mourir un paroissien sans sacrements ; et même, dans le cas où il les lui administre, il est également coupable d'une faute grave, si, parce qu'il est venu trop tard, le malade les reçoit sans fruit, et se damne (2). Mais quand bien même ce ministère n'engagerait pas à ce point la responsabilité du curé, est-ce que l'exemple de Jésus-Christ, le danger que le malade court de se perdre, les efforts du démon pour l'entraîner en enfer, est-ce que tout cela ne devrait pas suffire pour enflammer le zèle du prêtre, et pour
(1) Rit rom tit. 30. (2) Abreu, spec. par. 1 lib. 11, c. 2.
faire que, oubliant son repos et sa santé, il vole au secours de l'infortuné réduit à une teile extrémité ?
Et d'abord, non content de nous promettre, pour la visite d'un malade, la même récompense qu'il nous accorderait, si nous le visitions lui-même en personne (4), Jésus-Christ a voulu, de plus, nous porter par son exemple à cette œuvre de miséricorde. Le centurion lui dit qu'il a un serviteur malade,; Jésus-Christ n'attend pas qu'on le prie de venir, et i! ne fait pas attention qu'il s'agit d"un subordonné. Il s'offre li-même d'y aller : « J'irai, dit-il, et je le guérirai. » Aussitôt (2) qu'on lui parle de la maladie de la belle-mère de Pierre, il quitte la synagogue et se rend à la maison où se trouvait cette femme, atteinte d'une grande fièvre; et il le guérit. Quelle confusion pour le prêtre, dont on ne peut obtenir qu'à grand peine qu'il visite les malades, et qui ne leur administre les sacrements que sur l'ordre des médecine !
En second lieu, le curé doit faire cette visite à cause du grand danger où est le malade de se perdre éternellement. Ah ! qu'ils sont peu nombreux les chrétiens qui vivent en état de grâce, et qui font de leur salut tout le cas qu'il mérite! Or, si lorsque la foi était vive, les mœurs innocentes et pures, le cur^ devait assister les malades avec promptitude et zèle, en raison de l'obligation générale qui lui incombe de préparer les fidèles à comparaître devant le tribunal de Dieu: maintenant que la foi est languissante, que les fidèles négligent le salut de leur âme, n'est-ii pas juste de redoubler d'empressement et de soins? Si autrefois, quand médecin, parents et malades, quand tout le monde avait tant de zèle pour demander à temps les secours spirituels, le curé devait montrer une telle diligence ; maintenant que tous négligent la réception des sacrements, et souvent y mettent des obstacles, est-ce que sa sollicitude ne doit pas augmenter (3] ? Quoi ! au moment où le démon redouble de zèle pour perdre cette âme : « Descendit diabolus ad vos, habens iram magnam, sciens quod modicum tempus ha-
(\) Màtth. vui, 7. (2) Màtth. vtii.
(3) On va jusqu'à former des associations dont les membres jurent de ne pas recevoir les sacrements, et d'accompagner avec des instruments de musique et un grand nombre de torches, ceux qui meurent volontairement sans les secours de la religion.