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CONDUITE DU CURÉ AU SUJET DES FREQUENTATIONS

La jeunesse insensée de notre siècle ne s'abandonne jamais à des excès plus coupablrS, que quand il s'agit de contracter mariage, et de décider la plus importante question, dont dépend ordinairement le bonheur ou ie malheur éternel et temporel de l'homme. C'est pour cela que le pasteur zélé doit employer toute sa vigilance et sa sollicitude, pour que les jeunes gens se préparent à ce sacrement, et lé reçoivent saintement. Voici comment il pourra s'y prendre.

\o Faire en sorte que les jeunes gens évitent les fréquentations. Oui, les fréquentations : quel .piège de perdition il y a là pour les âmesl Et combien d'infortunés s'y laissent prendre! 11 est nécessaire de prêcher souvent sur ce sujet, et de faire en sorte, que des voix nouvelles et autorisées s'élèvent contre les jeunes gens qui attirent ainsi les malédictions du ciel sur le mariage ; centre les pères et les mères assez insensés, pour permettre à leurs fils et à leurs filles de se fréquenter dès leur jeunesse, et de former ainsi une chaîne interminable de péchés, bien des années avant de s'établir Cependant on peut considérer les fréquentations commf une occasion en partie nécessaire, et en partie volontaire, Car. communément parlant, il est nécessaire d'avoir quel* ques entrevues avec la personne qu'on désire prendre pout sa lemme; sans cela, comment saura-t-on si elle plaît, si elle convient, etc.? Mais là voir peu ou souvent; rester avec elle seul ou accompagné de quelqu un; lui parler en

présence de ses parents ou en secret ; continuer ces relations seulement durant quelques semaines, ou les prolonger des mois et des années entières, voilà ce qui est de tout point volontaire. Par conséquent, si le confesseur trouve des personnes encore trop jeunes qui se fréquentent, sans intention ni probabilité aucune de s'établir prochainement, quand bien même ces pauvres enfants ne seraient pas arrivés au comble du désordre, il doit leur différer l'absolulution, à moins qu'ils ne promettent d'abandonner ou d'interrompre leurs relations, jusqu'à ce qu'ils puissent réaliser leur mariage. Le châtiment des sept jeunes gens qui prétendirent à la main de Sara, et la maxime du jeune Tobie, serviront merveilleusement pour obtenir .d'eux ce sacrifice : « Filii sanctorum sumus, et non possumus ita conjungi, sicut gentes quœ ignorant Deum (1). »

2° S'efforcer d'empêcher les bals et les fêtes de nuit. Ces divertissements qui, en tout temps, ont fourni un aliment aux fréquentations et à d'innombrables péchés, sont, en notre siècle, la première cause de la démoralisation et du libertinage. Et quel prêtre, quel pasteur des âmes pourra donc voir avec indifférence ces bals, ces écoles pratiques et éternelles des vices se multiplier les dimanches? Les valses, la schotisch, la polka, etc., et tant d'autres danses immorales pourront s'introduire dans une paroisse; un jeune homme y pourra prendre part, sans perdre à l'instant la piété, la pudeur, l'innocence, l'amour de la retraite et du travail, et toute la soumission qu'il avait auparavant pour ses parents ! Il pourra aller trois dimanches de suite à ces bals, sans concevoir du dégoût pour la pratique des vertus et pour la fréquentation des sacrements! Non, cela n'est pas possible. L'expérience est là pour le prouver. C'est ce qui lait pleurer tant de malheureuses mères, c'est ce qu'avouent, mais trop tard, tant d'infortunées jeunes filles.

Toutefois, dans les localités où il n'a pas une autorité complète sur les paroissiens les plus influents, le curé ne doit point attaquer de front ces divertissements. Parfois cela ferait plus de mal que de bien... Si dans votre paroisse, vénérable frère, on ne danse que rarement dans l'année, et sur la place; et que les danses soient sufifisam-

{1) Tob. vin, 5.

TilÉSOR II. Zï

ment décentes, ne parlez pas contre cet abus. « Dans ma paroisse, me disait un curé, c'est à peine si on connaissait ces divertissements; vint une mission : les missionnaires dirent tant de choses contre la danse, qu'en quelques semaines seulement, au lieu des danses insignifiantes sur la place, je me trouvai avec trois salles de bals chaque dimanche. » Notre siècle est si irreligieux, qu'il suffit souvent que le curé condamne une chose et qu'il s'y oppose avec zèle, pour que cette chose s'établisse à l'instant. C'est au confessionnal qu'on attaquera sans courir tant de risques, et avec plus d'efficacité, ces abus et d'autres semblables. Que le curé parle à l'autorité, qu'il exhorte les parents à veiller, qu'il recommande aux jeunes gens de se retirer de bonne heure, et qu'il dise à tous de se récréer, mais honnêtement toujours : « Gaudete in Domino semper; iterum dico. gaudete (1); » cette manière d'insinuation portera remède au mal, mieux que les déclamations furibondes d'un zèle indiscret. Qu'il s'efforce, dirai-je avec S. Philippe de Néri et S. François de Sales, d'introduire la piété dans les âmes, par des cérémonies pieuses et par la fréquentation des Sacrements; et alors la jeunesse verra bientôt s'évanouir dans son cœur, cet amour de la vanité et des folies du monde. <■<• Ne voyez-vous pas, dit le saint évèque de Genève, que quand le feu prend à une maison, on jette les meubles par les fenêtres? Or, voilà précisément ce qui arrive, quand le feu de l'amour divin s'empare d'une âme : tout ce qui n'est pas Dieu lui semble si frivole, qu'elle n'a pas de cesse, qu'elle ne l'ait mis dehors. » En attaquant trop directement ces divertissements, vous éloignerez la jeunesse, non des bals, mais des sacrements ; et si elle ne les abandonne pas de suite, il arrivera qu'elle se confessera sacrilègement, parce qu'elle ne s'accusera pas des excès commis dans les danses. Et quand le prêtre, par une excessive sévérité, a dégoûté et éloigné des Sacrements une grande partie de ses paroissiens, quels moyens lui restent-il pour gagner à Dieu tant de pécheurs?

3° Qu'ils se marient de suite, mais saintement . Quand on ne peut pas empêcher les fréquentations, c'est presque l'unique remède efficace pour arrêter les péchés : « Melius est nu-

(1) PfllLlPP. IV, 4.

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