DEUXIEME PARTIE. uO
sanctuaire de leur patrimoine, de les humilier dans leur position sociale, de mettre des obstacles à leur ordination, a leurs études, à l'exercice de leur ministère ; elle a voulu de plus se prendre à leur honneur, calomniant leur zèle, exagérant leurs défauts, et employant tous les moyens pour leur enlever toute espèce de prestige et les avilir aux yeux de la multitude. Sans doute, le clergé n'est pas exempt de défauts, parce que les individus dont il se- compose ne sont pas des anges, parce que vivant dans une atmosphère viciée, ils ne peuvent s'empêcher d'en respirer quelques miasmes, parce qu'enfin les hommes même qui les accusent d'avoir des mœurs peu édifiantes et une science fort superficielle, sont précisément ceux qui se plaisent à mettre des entraves à leur sanctification et à leur instruction. Toutefois, grâce à Dieu, la conduite du clergé n'est pas aussi blâmable aue veulent bien le dire ses détracteurs (4). Il est beaucoup pW instruit, et peut-être bien meilleur qu'ils ne le voudraient. Il connaît généralement ses devoirs; sa doctrine est pure, il supporte les privations avec grandeur d'âme, et il possède des vertus que sont communément loin d'avoir ses adversaires. Cependant, il faut l'avouer ; il y a des taches dans le clergé; mais quelle corporation n'en. a pas? Dans le collège apostolique il y eut un Judas ; parmi les sept diacres, un Nicolas; dans le ciel, un Lucifer, accompagné de tant d'autres esprits mauvais. On ne doit donc pas être étonné de trouver au milieu d'un clergé si nombreux, des prêtres indignes du ministère si élevé dont ils sont revêtus. Faisons donc en sorte de n'être pas de ce nombre, d'éviter ce qui ne convient pas au caractère sacerdotal, et de donner le bon exemple à tout le monde.
Nous le savons parfaitement, et nous en faisons chaque jour l'expérience ; le bon exemple est un reproche muet pour les négligents, pour ceux qui n'ont pas souci de remplir leurs obligations sacrées ; il conserve les bons dans la Ferveur, il réjouit et anime les parfaits, et sous son influence, tous avancent dans la vertu, car il offre en chacun de ceux qui le donnent une vive image de Jésus-Christ. Par sa seule présence un prêtre exemplaire enflamme la dévotion des fidèles, ravive leur foi, augmente en eux la charité,
(l) Lettre past. de l'Arch. de Saragosse. 1861.
et les porte à l'observation de la ioi avec une force et une suavité irrésistibles. Quel pouvoir magique n'exerc '-t-il pas sur ies cœurs, le prèlre qui peut dire avec l'Apôtre r « Imitatores mei estote, sicut et ego Christi 1 9 »
Mais si, par malheur, ce bon exemple l'ait défaut, quels maux, quels préjudices lamentables l'Eglise n'a-t-elle pas à souffrir? Là, où les ecclésiastiques mènent une vie tiède, immortifiée, libre selon l'esprit du siècle; là, où le bon exemple des prêtres manque, qu'espérez-vous trouver parmi l(-s fidèles, sinon la corruption des mœurs, l'indifférence pour les pratiques religieuses, l'indévotion, l'impiété et toute sorte de vices .et de péchés? L° peuple voit l'ecclésiastique à l'autel, en chaire et dans les autres exercices du sacré ministère, et sa conduite préoccupe les esprits d'une telle manière, que personne* ne peut se persuader qu'il croit ce qu'il enseigne et ce qu'il prêche, si on le voit pratiquer le contraire. En ne confirmant pas par la sainteté et la perfection de notre vie la doctrine que nous prêchons, nos paroles ne produisent pas de fruits, et nous cessons d'être la lumière du monde et le sel de la terre.
Mais le mal ne s'arrête pas là ; écout<?z, vénérables Prêtres, comment s'exprimait sur ce sujet une des plus brillantes lumières de l'Eglise de France au dernier siècle : uand un prêtre mondain et scandaleux ne ferait pas autre chose que de se montrer au peuple, de quels maux ne se rend-il pas coupable? Quelle sécrète joie en éprouvent les libertins! Us croient trouver l'apologie de leurs égarements, en voyant dépeinte dans la conduite d'un mauvais prêtre leurs erreurs, leurs faiblesses et leurs passions. Que de pécheurs ébranlés par de saintes inspirations, opposent, dans le secret de leurs cœurs, aux mouvements de la grâce, le souvenir de ces exemples funestes! Que de séducteurs, pour tranquilliser dans le libertinage une âme timide, pour l'endurcir et la précipiter dans l'impiété, lui citent ces scandales ! Qu'il y aura peu d'âmes dont la réprobation ne devra pas être attribuée aux désordres d'un mauvais prêtre ! Que -de chutes secrètes dont on ne se relèvera pas et qui décit deront de l'éternité ! Et que de ravages, que de maux irréparables qui ont seulement pour témoins les anges du ciell
(1) I Cor. xi, 1.