DEUXIÈME PARTIE
Grand Dieu ! Vous voyez ce ministre d'iniquité qui opère en secret : vous le découvrirez en son temps, et peut-être alors on verra qu'il se trouve en enfer bien peu de fidèles réprouvés qui ne reconnaissent dans quelque prêtre l'auteur ou le principe de leur éternelle damnation. »
« Oui, mes frères, continue le même Prélat, nous sommes les colonnes du sanctuaire, mais des colonnes qui, dispersées dans les places publiques, servent seulement de pierre d'achoppement à ceux qui passent. Nous sommes le sel de la terre ; mais si ce sel vient à perdre sa vertu, il corrompra ce qu'il devait préserver. Tout le pouvoir que le caractère sacerdotal nous donne pour la sanctification des peuples, se convertit en instrument de perdition, et les médecins deviennent la maladie la plus contagieuse et la plus incurable.
« Aussi le plus terrible châtiment que Dieu puisse envoyer aux cités et aux royaumes est d'y susciter de mauvais prêtres. Tel fut le fléau le plus funeste dont il menaça Jérusalem, quand il pensa à châtier ses abominables excès; ce fut le dernier châtiment dont il l'affligea. Quand il n'est qu'un peu irrité, il arme les rois contre les rois, les nations contre les nations ; il bouleverse l'ordre des saisons ; il répand l'aridité et la stérilité dans les campagnes, et il remplit la terre de famine, de désolation et de cadavres. Mais quand, dans l'excès de son indignation, il se demande : Quels châtiments ai-je encore en réserve contre mon peuple, quel dernier signe, quelle dernière marque puis-je lui donner- de ma fureur? — Super quo percutiam vos ultra, omne caput languidum (1)? » C'est alors qu'il tire du trésor de ses vengeances des ministres infidèles, des pasteurs mondains et corrompus, pour les donner à son peuple. »
Tenue séculière.
L'habit ecclésiastique. « Quoique l'habit ne fasse pas ie moine, il est nécessaire, cependant, que les clercs portent toujours des habits convenables à leur propre état, afin de
(1) Is. i, 3.
Trésor II. 3
faire paraître par la bienséance de leur habit, l'honnêteté, la pureté intérieure de leurs mœurs; mais tels sont, dans ce siècle, le mépris de ia religion et la témérité de quelquesuns, que. sans avoir égard à leur propre dignité et à l'honneur de la clèïicature, ils n'ont point de honte de porter publiquement des habits tout laïques, voulant mettre, pou: ainsi dire, un pied dans les choses divines et l'autre dans celles de la chair. Pour cetle raison, le Concile ordonne que tous les ecclésiastiques, même exempts, qui seront dan^ les ordres sacrés, ou qui posséderont quelques dignités, personnes, offices ou bénéfices pcelésiastiques, quels qu'ils puissent être. si. après en avoir été avertis par leur Eveque ou par son ordonnance publique, ils ne portent point l'habit clérica', décent et convenable à leur ordre et dignité, conformément à J'ordonnance et au mandement de leur Eveque, pourront et devront y être contraints par la suspension de leurs ordres, offices et bénéfices et par la soustraction des fruits, rentes et revenus de leurs bénéfices; et rnëme. si, après avoir été une fois repris, ils tombent dans ia même faute, ils seront privés de leurs offices et bénéfices (1).
C'est ainsi que s'exprime le saint Concile de Trente, rappelant et amplifiant la Constitution de Clément V. publiée au Concile de Vienne 2 ; et telles sont ies graves paroles dont il se sert pour prescrire à tous les clercs et à tous ceux qui sont dans les ordres sacrés de porter le vêtement correspondant à leur dignité. Et ce n'est pas sans raison. Car la soutane, en inspirant au peuple le respect dû au prêtre, oblige celui qui la porte à se conduire avec la circonspection voulue. Et pomment pourrait-il prétendre au respect et à la vénération des fidèles., s'il se confondait avec les séculiers, s'il s'habillait à leur manière, s'il conversait, négociait et agissait comme l'un d'entre eux? Si l'on rencontrait sur la place publique deux généraux dont l'un porterait l'un-forme, et l'autre l'habit bourgeois, lequel respecterait-on le plus? S. Bernard assure que. mettre facilement de côté les insignes du sacerdoce, c'est un indice de mauvaises mœurs et d'un grand manque d'esprit ecclésiastique; c'est un outrage que nous faisons à Jésus-Christ, en rougissant de porter les livrées de l'état auquel il nous a appelés ; c'est un signe
(i) 0<vv:. Trid. scss. 14. c. 6. (2) Conc. Vienne, const. Quoniam»