‹ Le trésor du prêtreChapitre 256 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Une seule communion bien faite et ainsi précédée d'une bonne confession suffit pour sanctifier une âme. Comme presque tout le monde s'approche des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, d'où vient donc que le plus grand nombre des chrétiens se trouve rempli de défauts et de vices? Gela tient à ce que les uns reçoivent rarement ces divins Sacrements, et que les autres le font avec un esprit dissipé, tenant leur cœur attaché aux créatures, et étant sujets è certaines fautes, dont ils s'accusent toujours, mais dont ils ne se corrigent jamais. Or, le piège le plus dangereux que le démon puisse tendre à une âme, c'est de l'éloigner des sacrements ou de faire qu'elle les reçoive indignement; il est donc nécessaire que le prêtre mette en pratique les avis que nous allons donner.

Le curé et le directeur zélé feront tout ce qui est en eux pour amener la fréquentation des sacrements si recommandée par le Concile de Trente (1). Car les sacrements étant la rosée vivifiante qui rend féconde la terre stérile du cœur humain, c'est en vain qu'on chercherait des vertus solides, là où Tes fidèles ne communient pas plus d'une ou deux fois par an. « Si on vous demande, disait S. François de Sales, pourquoi vous communiez si souvent, dites leur que c'est pour apprendre à aimer Dieu ; pour vous purifier de vos imperfections; pour vous délivrer de vos misères; pour vous consoler en vos afflictions ; pour vous appuyer en vos faiblesses. Dites-leur que deux sortes de gens doivent souvent communier ; les parfaits, parce qu'étant bien disposés, ils auraient grand tort de ne point s'approcher de la source et fontaine de vie ; et les imparfaits, afin de pouvoir justement prétendre à la perfection. Les forts, afin qu'ils ne deviennent faibles, et les faibles, afin qu'ils deviennent forts; ceux qui n'ont pas beaucoup d'affaires mondaines, parce qu'ils en ont la commodité ; et ceux qui ont beaucoup d'affaires mondaines, parce qu'ils en ont la nécessité. »

Quelle doit être la fréquence de la communion ? Généralement parlant, les pénitents ne doivent pas communier moins de quatre fois par an, ni plus de quatre fois par semaine. Car, si on ne communie pas au moins quatre fois par an, comment aura-t-on la force nécessaire pour combattre et

(1) Sess. xxn, c. 6.

arracher les vices de son cœur? Qui dissipera les lénëbres de l'erreur, dans lesquelles les mondains sont ensevelis? Qui calmera les feux de la concupiscence, et cicatrisera ies plaies du péché? Où trouverons-nous des armes, pour triompher des implacables ennemis qui nous entourent? Si, au contraire, le directeur permet à des âmes d'une vertu ordinaire, d'approcher chaque jour de la table sainte, combien il est facile que, familiarisées avec ce sublime aliment, elles le reçoivent par habitude, vanité, sans avoir les dispositions nécessaires; et que, ne faisant pas d'efforts pour vaincre leurs inclinations, elles soient remplies d'orgueil et se croient des saintes, tandis que, comme tant de fausses dévotes, tendres brebis pleines de douceur à l'église, elles sont à la maison des lions indomptables; elles trouvent ainsi la mort dans le sacrement de la vie; objets de scandale pour un grand nombre, elles sont le jouet des impies, et la honte de la sainte Eglise.

On ne permettra donc la communion quotidienne, ou presque quotidiennne, qu'aux personnes 4<> qui peuvent la faire sans manquer à leurs devoirs; 2° qui vivent retirées de tout tumulte, plaisir, divertissement profane; 3° qui tiennent leurs passions sous le joug de la mortification, et qui pratiquent l'oraison mentale; 4° qui, examinant chaque jour leur conscience, s'efforcent d'éviter les fautes volontaires; o° qui savent soumettre sans grande difficulté leur jugement à celui du confesseur ; 6° qui se préparent à la communion, et qui font leur action de grâce avec une telle ferveur, que les fruits abondants, surtout la profonde humilité qu'elles puisent dans la sainte Eucharistie, soient fiour ainsi dire visibles. Même alors, pour conserver ces ruits précieux et la sainte humilité, il sera bon, d'après le conseil de S. Liguori, qu'elles se tiennent éloignées de la table des Anges une fois la semaine.

Comment l'obtenir? Comment le curé pourra-t-il amener la pîus grande partie des fidèles, à recevoir les sacrements quatre fois Vannée? Voilà, ce me semble, une ambition beaucoup plus digne d'exciter le zèle d'un bon directeur, que celle d'avoir un petit nombre de personnes communiant presque tous ies jours. Combien de prêtres qui, employant chaque jour quatre ou cinq heures au confessionnal, n'ont pas au bout de l'année confessé plus de trente

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