DEUXIÈME PARTIE
comme uno étincelle électrique. Il faut, pour soutenir les autres pratiques de ia religion, l'éclat et la pompe des cérémonies; autrement elles tombent bientôt en décadence; mais il n'en est pas ainsi pour le chemin de Croix. Une fois qu'il a été érigé avec solennité, et qu'une voix éloquente, à l'occasion de son inauguration, *» fait connaître au peuple les avantages et l'excellence extraordinaire de cette pratique ; pourvu que. tous les mois, le curé le fasse solennellement, ayant soin de répandre de l'agrément sur ces pieuses méditations par le chant de quelque dévote strophe ; pourvu que, le vendredi et le dimanche, il laisse la porte ouverte, afin que le peuple puisse visiter les stations, tandis qu'un homme ou une personne pieuse lit à haute voix les considérations voulues; cette dévotion se perpétuera pour ainsi dire d'ellemême et elle fleurira à la grande consolation du curé et à l'avanUge des paroissiens. Et quel mérite n'auront pas à ia mort, les curés et les fidèles qui auront institué ou favorisé dans la paroisse un si saint exercice, soit par leur exemple, en faisant fréquemment le chemin de la Croix à haute \oix, soit par de ferventes instructions, expliquant aux paroissiens quelles richesses renferme cette mine si féconde, soit par le soin qu'ils auront eu de joindre aux croix de pieuses images qui, placées à une hauteur proportionnée facilitent au peuple la méditation des souffrances endurées par Jésus à chaque station!
J'ai béni en Belgique des tableaux, dont chacun coûtait cent douros, tant est grande l'idée que les populations de ce pays ont du chemin de Croix (1 ). Dans une église de Bruxelles il y a un chemin de Croix magnifique; chaque tableau vaut 3000 francs. J'ai trouvé en Catalogne des populations parmi lesquelles il n'y avait presque personne qui ne fît ie chemin de la Croix chaque semaine; et, dans d'autres, on voyait plus de mille personnes qui le faisaient à toutes les fêtes. Heureux peuple ! Heureux curés ! Combien d'âmes du purgatoire leur doivent non-seulement un soulagement à leurs peines, mais encore la cessation entière -de leurs tourments! Combien de pécheurs se sont trouvés entièrement corrigés et convertis! Et combien de justes ont
(1) Un douro vaut 5 fr. 45.
Trésor II.
obtenu par ce moyen le don inestimable de l'oraison et la persévérance finale, recueillant ainsi des grâces et des mentes infinis pour le ciel. « Mon père, me disait un de ces curés zélés, j'ai fait donner une mission à mes paroissiens: deux ans après je leur ai procuré de nouveau cette grâce, mais rien n'a produit dans rna paroisse autant de fruits que l'exercice du Via Crucis. » Heureux curés, heureux peuples, je le répète, s'ils savent apprécier et pratiquer cette dévotion !
Moyen de bien faire le chemin de la Croix dans les églises ou dans les oratoires publics.
Pour jouir de ces immenses avantages et de ces indulgences nombreuses, il faut observer les conditions suivantes :
i° Le Via Crucis doit être érigé avec les pouvoirs nécessaires, et tout ce qui est requis.
2° Comme toute indulgence demande qu'on soit en grâce et en amitié avec Dieu, si votre conscience vous reproche quelque faute grave, vous devez commencer par faire avec ferveur un acte de contrition.
3° Unissez-vous en esprit à notre divin Rédempteur, quand il portait sa croix ; et ayez l'intention de gagner les indulgences accordées à un si pieux exercice.
4° Il faut changer de place à chaque station, à moins qu'on ne puisse le faire parce que l'église est remplie de monde (22 septembre 4 829) (4).
5o Surtout il faut méditer le trait correspondant de la passion, selon sa propre capacité, comme dit le décret du 8 février 4854. — Celui qui ne saurait pas méditer le point qui correspond à la station, devra au moins penser aux souffrances de notre divin Rédempteur; car, pour les personnes simples, il suffira qu'elles pensent d'une manière quelconque, suivant leur capacité* a La nass ion du Sauveur \\ 6 février 4839).
6° A chaque station on dira Pater noster, Ave Maria et
(1) Quand nous n'indiquons pas d'autres souices, le lecteur voudra bien regarder les décrets cités ici comme émanant de la Sacrée Congrégation des Indulgences.
Gloria Patri; et, à la fin des quatorze stations, on récitera ces mêmes prières cinq fois en l'honneur des cinq plaies de Iésus-Christ, n'oubliant pas de prier aussi selon l'intention du Souverain Pontife.
7o Celui qui ne ferait que quelques stations ne gagnerait pas les indulgences (dccr. 1842). — On ne peut pas en faire quelques-unes le matin, et les autres le soir; mais il est nécessaire de les faire de suite, uno tractu{\i décembre 1857; Pie IX, 22 janvier 1858).
8° Baiser la terre, réciter les oraisons qui se trouvent dans les livres de dévotion, et même les Pater noster, voilà sans doute des pratiques salutaires ; mais cela n'est pas requis essentiellement pour gagner les indulgences (3 avril 1731).
Des conditions requises pour gagner à la maison les Indulgences du Via Crucis.
Il arrive plus d'une fois que quelqu'un se trouve physiquement ou moralement empêché de visiter les églises, les calvaires, où le chemin de Croix est érigé canoniquement; mais la libéralité de la sainte Eglise est si grande, que, même dans ce cas, elle accorde ses trésors, et permet de gagner les indulgences au moyen d'un crucifix, aux conditions suivantes :
1o Le crucifix doit être bénit par un prêtre que le Souverain Pontife a autorisé pour y appliquer les indulgences du Via Crucis.
2° Il faut que la personne, en raison d'une infirmité ou d'un autre empêchement légitime, ne puisse aller à l'église, ni dans un oratoire ou lieu public où le chemin de Croix est canoniquement érigé.
3° Il faut que, le cœur contrit, et tenant dans ses mains le crucifix, la personne récite vingt Pater noster, Ave, et Gloria Patri, c'est-à-dire un pour chaque station, cinq en l'honneur des cinq plaies de Jésus crucifié, et un autre à l'intention du Souverain Pontife.
Ceci résulte de la concession elle-même de la Sacrée Con grégation des Indulgences. En voici le texte :