DEUXIÈME PARTIE
reux, songea à mettre cette sainte pratique à la portée de tous les chrétiens. Plusieurs souverains Pontifes donc, en particulier Clément XII, Benoît XIII, Benoît XIV, Pie VI et Léon XII, ouvrant largement le trésor de l'Eglise, accordèrent aux fidèles qui visiteraient les quatorze croix bénites en vertu d'un pouvoir spécial du Pape, et avec l'autorisation de l'Ordinaire, les mêmes indulgences que celles qui sont attachées aux lieux saints de Jérusalem (S. C. 1. 44 juillet 4694).
Telle est l'origine et l'excellence du Via Crucis. Il se compose de quatorze stations, ni plus, ni moins. C'est le nombre fixé par les souverains Pontifes (4).
Indulgences et fruits du Chemin de la Croix.
Quel précieux trésor 1 Quelle grâce extraordinaire! Par ce moyen, transportée en quelque sorte à Jérusalem, l'âme chrétienne peut s'enrichir, avec une prodigieuse facilité, des immenses trésors qu'allèrent chercher au prix de tant de sacrifices les Paule, les Brigitte, les Jérôme, les Jean deKanty, les Ignace de Loyola et tant d'autres saints. Et quels trêsorsl Benoît XIV défend de déterminer le nombre des indulgences qu'on gagne en faisant le chemin de Croix (2) ; il est néanmoins certain que plusieurs indulgences plénières et un grand nombre d'indulgences partielles sont attachées à cette pratique, et cela avec un avantage et une particularité très-considérable, consistant en ce que si, pour les autres indulgences plénières, il est nécessaire ordinairement de se confesser et de communier, pour gagner celles du Via Crucis, l'état de grâce suffit, d'après l'opinion commune.
En outre, cette pieuse pratique a une valeur souveraine, non-seulement parce qu'elle nous offre chaque jour, à toute heure, un immense trésor de grâces et d'indulgences, mais
(1) Il est ici question de quelques divergences sur ce point existant en Espagne. Le vénérable .uteur, en Les constatant, conseille avec raison de se confo/mer à l'usage adopté par Rome.
(2) Ce serait donc une témérité d'affirmer et de réimprimer, comme quelques-uns le font, qu'on gagne 5040 indulgences plénières, et qu'on fait sortir du Purgatoire 156 âmes, etc.
encore parce que c'est une dévotion solide et très-facile à entretenir. Quant à la solidité de cette dévotion, j'ose dire d'elle ce que Ste Térèse de Jésus affirmait de l'oraison : c Les autres dévotions peuvent subsister avec le péchc, mais pécher et faire oraison est une chose impossible. » Oui, quelqu'un pourra porter le scapulaire, réciter le rosaire, faire l'aumône aux pauvres, recevoir même tous les jours les sacrements, et cependant vivre dans le péché; mais faire souvent avec ferveur le chemin de la Croix, méditer attentivement ce que les stations représentent, et continuer de pécher est une chose difficile, pour ne pas dire moralement impossible. Vous pouvez en faire l'épreuve, vénérables frères ; inspirez à une âme une grande dévotion pour le chemin de la Croix, faites qu'elle médite les touchantes considérations que nous avons mises dans V Ancre du Salut, ou dans le petit livre du Via Crucis, qui contient trois séries de réflexions, et vous verrez quel changement rapide s'opérera dans votre pénitent. Comme il deviendra doux et patient, d'irascible qu'il était ! Comme il deviendra circonspect et réservé, lui autrefois si libre dans ses paroles! De distrait, de dissipé, de mondain qu'il était, comme on le verra recueilli, ennemi du bruit et de la vanité! Et comment pourrait-il en être autrement? A la seule vue du serpent d'airain que Moïse avait fait élever dans le désert, ceux qui avaient été mordus par le serpent de feu (4) se trouvaient guéris; et le pécheur blessé par le serpent infernal et le péché ne le serait pas en contemplant le Fils de Dieu cloué et immolé pour l'homme sur la Croix! Il n'y a pas jusqu'aux pierres insensibles qui n'aient été émues ; on les a vues se fendre à la mort de Jésus-Christ, et le pécheur pourrait s'obstiner dans le mal, en méditant avec l'Apôtre combien Dieu a souffert pour nos péchés! Quel cœur ne serait pas touché en considérant ce « dilexit me, et tradidit semetipsum pro me (2)? »
D'un autre côté, celte dévotion est très-facile à entretenir. Si les peintures du Via Crucis sont pieuses et expressives, elles parleront avec une telle éloquence au cœur du peuple, quelque grossier et ignorant qu'il soit, que pour peu que le prêtre fasse d'efforts, il verra cette dévotion se propager
(1) Num. xxi, 9. (2) Gai. n, 20,